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Dans l’imaginaire collectif et sur les fresques millénaires, la silhouette du pharaon est presque toujours masculine, coiffée du némès et brandissant les attributs du pouvoir absolu. Pourtant, l’histoire de l’Égypte ancienne ne s’est pas écrite qu’au masculin. Si les fastes de Cléopâtre ou de Néfertiti ont traversé les siècles, d’autres souveraines ont régné seules, au sommet d’un empire qu’elles ont guidé d’une main de fer. Diffusé ce soir sur Arte, le documentaire réalisé par Christiane Streckfuß lève le voile sur ces femmes de pouvoir dont l’histoire a longtemps sous-estimé l’importance.
De Meret-Neith, figure pionnière de la première dynastie, à la grande bâtisseuse Hatchepsout, les découvertes égyptologiques récentes reconstituent un puzzle sciemment fragmenté. Absentes des listes royales officielles gravées par les dynasties postérieures, elles eurent leurs noms parfois martelés et leurs cartouches effacés de la pierre. Une entreprise d’amnésie qui répondait au besoin des successeurs de rétablir la Maât – l’ordre cosmique et la norme dynastique traditionnelle – en reléguant ces règnes peu communs au rang d’anomalies…
Comment ces femmes sont-elles parvenues au sommet de l’État ? Souvent propulsées au pouvoir lors de crises de succession ou de régences après la mort d’un époux, elles ont su transformer une fonction provisoire en autorité absolue. Puisque le statut suprême était par définition masculin, elles durent endosser le titre de « roi » d’Égypte pour régner. Première souveraine attestée à s’imposer ainsi, Néférousobek s’appuie sur le culte du dieu crocodile Sobek. Deux siècles plus tard, Hatchepsout pousse l’audace plus loin : elle se fait couronner pharaon, adopte la barbe postiche et proclame son ascendance divine sur les murs de Deir el-Bahari.
D’autres, à l’image de Taousert à la fin de la XIXe dynastie ou probablement de la princesse Mérytaton durant la complexe période amarnienne, ont dû naviguer dans des eaux politiques troubles, entre famines, tensions géopolitiques et querelles de succession. Pour légitimer leur trône ou leur influence, ces souveraines ont dû jouer de tous les leviers : habile syncrétisme religieux, appropriation des codes du panthéon féminin et, pour certaines, adoption des attributs masculins traditionnels sans jamais renoncer à leur identité.
En exhumant ces figures de l’oubli, ce film rend toute leur épaisseur à leurs trajectoires politiques majeures.
« Les femmes pharaons, au pouvoir dans l’Égypte ancienne », 20h55, Arte.







