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À Douchy, derrière les hautes grilles du domaine du Loiret, le silence s’est définitivement refermé sur le mythe en août 2024. Mais Alain Delon n’a pas seulement laissé derrière lui un demi-siècle de chefs-d’œuvre cinématographiques : il a abandonné une famille en lambeaux. Diffusé ce soir sur La Une, l’implacable documentaire écrit par Vanessa Schneider et réalisé par Virginie Linhart dissèque les rouages intimes d’une dynastie brisée, où l’amour paternel s’est toujours monnayé dans la douleur et le ressentiment. Chez les Delon, le traumatisme est viscéral. Blessé par le divorce de ses parents à 4 ans, endurci par la guerre d’Indochine, Alain Delon s’est forgé une armure de fer. Enrichi de témoignages rares – de son demi-frère cadet Jean-François « Titi » à sa nièce Marie Boulogne, en passant par son ex-compagne Rosalie van Breemen –, le film éclaire cette faille originelle. « Alain, ce n’était pas qu’un dieu ou un diable, c’était un humain », confie pour la première fois Anne Parillaud, qui partagea six ans de sa vie.
Ce manque d’amour, le patriarche le reproduira sur sa propre lignée. Anthony, l’aîné né en 1964 à Los Angeles de ses amours volcaniques avec Nathalie – pour qui l’acteur avait brutalement quitté Romy Schneider –, sera le premier à en payer le prix fort. Élevé dans l’ombre écrasante d’un géniteur qui projetait sur lui des ambitions démesurées avant de l’expédier en pension, il subira colères et humiliations. Même miroir tragique pour Alain-Fabien, le benjamin sommé de « devenir un homme » et d’apprendre à manier les armes, jusqu’à ce coup de feu accidentel qui blessa grièvement une jeune fille dans l’appartement genevois de la star... Face à ces deux garçons tenus à distance, une seule a échappé à la sentence : Anouchka. « L’amour de ma vie », assumait le samouraï, quitte à creuser un fossé affectif – et financier – vertigineux avec ses frères. Adoubée sur la scène du Festival de Cannes en 2019 lors de l’ultime hommage au patriarche, elle cristallise depuis toutes les rancœurs.
De la guerre ouverte contre la dame de compagnie Hiromi Rollin après l’AVC de l’acteur en juin 2019, à l’âge de 83 ans, jusqu’aux déchirements actuels autour du sanctuaire de Douchy, le film retrace l’échec d’un homme qui rêvait d’une lignée unie et n’aura bâti qu’un champ de ruines... Anthony, Anouchka, Alain-Fabien : les trois enfants portent les initiales glorieuses du père. Ils en partagent aujourd’hui le fardeau.
« Le clan Delon, l’impossible héritage », 20h50, La Une.






