Programme télé de ce samedi 10 octobre : notre sélection

Jean Aurenche à Marcel Carné : « Mon vieux, tes films manquent d’atmosphère… » Le mot est lâché. Selon de nombreuses sources, le coscénariste – triple César de la catégorie – serait à la base du fameux « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? » balancé par Arletty au cœur de cet « Hôtel du Nord » resté définitivement mythique. C’est simple : on ne retiendra rien d’autre d’un film… si peu tiré du roman d’Eugène Dabit, chantre de la littérature prolétarienne des années 20/30, artiste pluridisciplinaire surtout connu pour ses toiles et ses soies peintes. La belle idylle entre Jean-Pierre Aumont et Annabella, les apparitions des jeunes Bernard Blier et François Périer, tout cela s’efface devant la fameuse scène (dans les deux sens) entre Madame Raymonde, la prostituée, et Louis Jouvet, son protecteur. Le duo n’avait qu’un rôle presque mineur dans l’intrigue, disparaissant donc rapidement de la mémoire collective…
Alors âgée de 40 ans pile, l’ancienne mannequin de Courbevoie devient la figure emblématique de la gouaille parisienne, confirmée un peu plus tard par le « Fric-frac » de Claude Autant-Lara, où l’argot s’impose très gentiment, l’actrice ayant passé le plus clair de son temps à ménager les deux « non-Parigots » que sont Fernandel le Marseillais et Michel Simon le Suisse se détestant… cordialement.
La sortie du titre coïncide avec la déclaration de la Drôle de Guerre en septembre 1939. La production française se met en veilleuse, et Arletty choisit la voie de la continuation avant de verser dans la Collaboration manifeste. Ne va-t-elle pas s’afficher au bras d’un colonel de la Luftwaffe nommé Hans Jürgen Soehring. Pas n’importe qui, s’agissant du représentant personnel du chef de l’aviation nazie, Hermann Göring en personne ! Pire : l’élégant gaillard lui a été présenté par celle qui était sa meilleure amie, la fille de Pierre Laval, le pire adjoint de Pétain !
Quand tourne le vent de l’été 1944, elle reste toutefois en France, devenant la cible des premières purges. Arletty est enfermée à Fresnes mais en sort non sans blâmes. « Ma tête est française, mais mon cul est international » ou « Si vous ne voulez pas qu’on couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer. » Toujours le même franc-parler. Faute de grands rôles au cinéma, elle retourne au théâtre. Globalement, on lui a pardonné. En 1960, elle apparaît dans « Le jour le plus long » avec un fameux « chûûût ». Son antépénultième rôle. Pas muette mais bientôt aveugle. Rideau en 1992 à 94 ans.
« Hôtel du Nord », 00h20, France 3 – Trois étoiles









