Olivier de Benoist : « Je suis très féministe »

Comment expliquez-vous votre relation de longue durée avec les Belges ?
Les gens ici aiment beaucoup les humoristes, aiment rire… J’ai commencé à être identifié en 2010, et en 16 ans, j’ai fait cinq spectacles. Avec tous les trois ans un vrai rendez-vous avec les spectateurs, fidèles. Comme je travaille énormément mes spectacles, que je donne vraiment tout à chaque fois que je joue, les gens le sentent et ne sont pas déçus.
C’est un challenge de garder son public…
Si vous commencez à moins travailler et à produire un moins bon spectacle, les gens ne rient plus et ils ne viennent plus. C’est comparable à la restauration. Vous allez dix ans dans un restaurant, et un jour, ce n’est pas bon et vous n’y retournez plus. C’est un peu pareil pour les humoristes, d’autant plus qu’il y a une offre énorme. En tout cas, je suis obsédé par ce que je propose. Chaque spectacle représente un an de travail. Je veux que ce soit drôle tout le temps, sans temps mort.
Quelle est votre définition du bonheur aujourd’hui ?
C’est celle de Jacques Prévert qui dit : « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant ». Le bonheur, il n’est pas dans l’infiniment grand, mais dans l’infiniment petit. C’est prendre un café en terrasse, seul, sans contrariété. C’est le sourire d’un enfant, d’un inconnu, etc. Le bonheur, il faut le prendre là, il est là tout le temps. Il ne faut pas attendre le bonheur comme quelque chose d’énorme.
Vous aviez cette même définition, adolescent ?
Je ne me posais même pas la question, mais je crois avoir toujours été heureux. Quand j’étais enfant, mes dessins avaient pour particularité de toujours contenir un soleil. Il y a des gens qui sont doués pour le bonheur… J’ai toujours été doué pour le bonheur.
Vous aviez des rêves particuliers ?
J’ai toujours rêvé d’être dans le spectacle, sauf qu’étant issu d’une famille qui formait des généraux et pas des artistes, je n’osais pas faire le pas. Il y a eu un déclic à 19 ans, quand je suis monté à Paris. Un magicien m’a appris des tours. J’avais l’impression de faire du spectacle. Ça m’a mis le pied à l’étrier et m’a donné le goût du one-man-show. Et surtout, dans les années 2000, je suis allé dans une librairie théâtrale et j’ai trouvé « Modèle déposé » de Bruno Belvaux, Benoît Poelvoorde et Jean Lambert. Et je l’ai joué pendant un an ; un spectacle d’une heure, tout seul, alors que je n’étais jamais monté sur scène avant. Puis j’ai écrit mes propres textes.
Si vous pouviez retourner en arrière, vous diriez quoi à l’adolescent que vous étiez ?
D’y croire plus tôt. Je suis toutefois content du parcours qui est le mien. J’ai fait du droit, c’est comme ça que j’ai appris à écrire. Il y a un point commun entre le droit et l’humour : la synthèse, la quête du mot juste, qui fait mouche. Dans mon parcours, j’ai souvent douté. Mais le doute n’est pas forcément mauvais. Je pense qu’avoir joué dans des salles vides, d’avoir douté, d’avoir changé, c’était pas mal…
Qu’enseignez-vous à vos enfants ?
La confiance en eux justement, en permanence. Les gens qui ont confiance en eux font les choses, prennent des risques…
Ils sont une de vos sources d’inspiration pour le spectacle. Comment réagissent-ils à vos sketchs ?
Je teste quelques vannes sur eux. Mais pas beaucoup parce qu’ils n’ont plus l’enthousiasme du début (rires). C’est comme ma femme, ça fait 20 ans que je fais des blagues, je pense qu’elle n’en peut plus. Je ne ramène plus trop de travail à la maison.
Vous jouez un homme maladroit. Devez-vous faire plus attention qu’avant à ce que vous dites ?
Un jour, quelqu’un m’a baptisé « le macho rigolo ». Je vois plus mon personnage comme un con ! Les femmes se marrent, sifflent quand je dis que j’ai 4 enfants ; 2 garçons et 2 échecs. C’est une bêtise pour provoquer le public… Je déteste les misogynes, c’est la race d’individu la plus terrifiante du monde. Moi, je suis de l’autre côté. Je suis très féministe. Mon cheval de bataille, mon arme, c’est le foutage de gueule… et la mauvaise foi. J’adore être de mauvaise foi !
« Le droit au bonheur », le 5/12 et le 9/01/27 au Forum de Liège, les 6 et 7/12 au Théâtre Royal de Mons, le 16/12 à La Sucrerie de Wavre, le 8/01 au Cirque Royal.








