Programme télé de ce mardi 20 octobre : notre sélection

À l’automne 2017, la déflagration de l’affaire Weinstein semblait marquer la fin d’une époque : en quelques semaines en effet, le raz-de-marée #MeToo libérait une parole muselée depuis un siècle, ébranlant les fondations d’une industrie bâtie sur le culte du secret et l’impunité des tout-puissants. Sur les tapis rouges des Oscars, les robes noires s’imposaient, les beaux discours enflammaient les cérémonies et les grands patrons de studios juraient, la main sur le cœur, que plus rien ne serait jamais comme avant.
Mais en réalité, derrière ce vernis progressiste très opportunément affiché, l’usine à rêves s’apprêtait à organiser un retour de bâton d’une redoutable violence…
Près de dix ans après ce séisme, où en est-on réellement ? C’est tout l’enjeu de cette enquête issue de la collection « La fabrique du mensonge », diffusée ce soir sur Tipik.
Fidèle à sa méthode, l’émission décortique les rouages de la désinformation. En disséquant cette stratégie d’intimidation, le documentaire montre comment les discours haineux sont orchestrés pour faire taire les femmes célèbres qui osent briser le silence. Ainsi, pour neutraliser les voix dissidentes, Hollywood s’appuie désormais sur une féroce contre-offensive numérique : influenceurs avides de clics, youtubeurs et commentateurs politiques s’allient dans des campagnes de cyberharcèlement coordonnées, promptes à discréditer méthodiquement la parole des actrices pour retourner l’opinion publique contre les victimes.
Cette mécanique du dénigrement prolonge une très vieille tradition d’éviction. Depuis l’âge d’or des majors et l’avènement du cinéma parlant dans les années 1930 – époque où les réalisatrices pionnières furent brutalement marginalisées –, l’industrie américaine a toujours su verrouiller ses postes de pouvoir. Aujourd’hui encore, les chiffres démentent le storytelling officiel : les femmes ne réalisaient en 2024 qu’à peine 11 % des 100 plus gros succès au box-office… De Cate Blanchett dénonçant un milieu pressé d’oublier #MeToo aux jeunes comédiennes alertant sur l’inaction des institutions, le constat est sans appel face à une amnésie somme toute bien pratique.
En mettant en lumière cette manipulation de masse 2.0 qui broie les carrières pour réinstaller l’omerta, ce film offre une indispensable piqûre de rappel. Un éclairage percutant sur l’envers d’un décor qui n’a rien perdu de son cynisme.
« La fabrique du mensonge – Hollywood et les femmes, l’empire du silence », 20h50, Tipik.








