La « Star Academy » fête ses 25 ans ce mardi 20 octobre

Adaptée du format néerlandais « Star Maker », la « Star Academy » arrive sur TF1 trois mois seulement après la fin de « Loft Story » (sur M6), qui vient de bousculer la télé française. Derrière ces deux phénomènes, une boîte de prod, Endemol, et une femme qui passe de l’ombre à la lumière, Alexia Laroche-Joubert, qui s’offre à la « Star Ac » le poste de directrice. Elle incarne la première identité du programme qui penche plus du côté de la téléréalité que de la musique, même si les profs, les prestations et les candidats assurent le spectacle, rappelle La Voix du Nord.
Le générique de 2001 le confirme bien, car sur des images neutres de danse, aux airs de « Fame », la voix off donne le ton : « Amour, haine, rivalité, amitié, joie, peine… rien ne vous échappera. 84 jours de compétition, 16 candidats, 1 seul vainqueur. Vous allez tout voir, et vous allez décider. » Les romances et les coups de gueule sont largement relayés et la vie, parfois même l’intimité des jeunes artistes est largement montrée. Imagine-t-on aujourd’hui donner les mensurations des filles ou mettre en scène des séances de pesée parce que la production estime que telle candidate doit « maigrir », comme a pu le vivre Jenifer à l’époque ?
Des lancements de carrière
L’émission devient rapidement un phénomène des années 2000. Dans la cour de récré ou à la machine à café, on discute des cours de chant de l’excentrique Armande Altaï, des chorégraphies de Kamel Ouali, des débriefings hauts en couleur de Raphaëlle Ricci et des colères de Jean-Pascal ou Georges-Alain.
Les victoires de Jenifer ou Nolwenn sont suivies par 12 millions de téléspectateurs (contre 4 pour celle de Pierre Garnier ou de Marine ces dernières années). Les plus grandes stars viennent chanter avec les élèves (Beyoncé, Ray Charles, Mariah Carey, Céline Dion…). Jusqu’à la saison 4, remportée par Grégory Lemarchal, c’est l’âge d’or de l’émission. Le programme est très suivi à la télé et les artistes qui en sortent ont du succès. Le premier album de Jenifer s’écoule à plus d’un million d’exemplaires et la machine à tubes marche à plein régime.
Mais inévitablement le concept finit par s’user, et si Jenifer et Nolwenn se sont installées durablement dans le paysage, les gagnants suivants peinent à trouver le chemin des radios et les audiences finissent par s’émousser. La saison 5 est le point de bascule et le début d’un décalage entre le vote du public et le marché de la musique, qui touchera aussi « The Voice » et « Popstars ». D’autant que l’industrie musicale est en pleine mutation. TF1 éteint les lumières en 2008 et lance quelques années plus tard « The Voice », un télécrochet sans téléréalité, centré sur les voix et les auditions. Comme « Nouvelle Star », le programme concurrent sur M6.
Le retour
En 2012, la « Star Academy » opère un retour discret et furtif sur NRJ 12, avant de refermer à nouveau ses portes pour 10 ans.
Fin 2022, TF1 ressuscite le format. Le pari est risqué et, avec Endemol, la chaîne décide de mettre quelques garde-fous. Les rênes du château sont confiées à Michaël Goldman, producteur implanté dans l’industrie musicale, ce qui marque la volonté de réinscrire le programme comme avant tout un centre de formation, et de s’éloigner du côté téléréalité, même si on peut toujours voir les candidats se laver les dents ou se faire des confidences dans l’obscurité de leur chambre. Pour limiter les risques, la saison dure seulement six semaines, et les candidats ne partent pas en tournée. Entre une nouvelle génération qui n’a pas connu les premières saisons, et des trentenaires nostalgiques, le public est au rendez-vous et c’est un retour gagnant.
Sur les réseaux sociaux, le robinet à commentaires déverse toutes sortes de remarques, d‘encouragements et de tacles, dans un climat parfois délétère. Et ce, même entre les saisons. C’est l’ombre au tableau mais c’est le revers de la médaille de la grande mutation du programme, qui vit désormais toute la journée, toute la semaine et même toute l’année, notamment grâce à la tournée durant laquelle les candidats de la dernière promo enchaînent les concerts à guichets fermés. Les dernières saisons ont également permis de faire émerger des artistes au succès public et critique. Et c’est l’autre grand changement de cette nouvelle génération. Loin du mépris culturel qu’a pu subir Jenifer, qui a pourtant plusieurs disques de qualité au compteur, Pierre Garnier, Helena, Marguerite et Marine, pour ne citer qu’eux, bénéficient à la fois d’un fort soutien du public et des radios, et d’une bienveillance de la profession.
Un quart de siècle après ses premiers tours de piste, la « Star Academy » prouve qu’elle en a encore sous le capot. Elle a adapté ses codes sans renier son ADN : du travail, du show, des artistes en devenir et des histoires humaines.
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