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Pendant 21.000 ans, un éboulement a scellé une cavité des gorges de l’Ardèche, longtemps domaine exclusif des ours des cavernes qui en griffaient les parois. Le 18 décembre 1994, trois spéléologues – Éliette Brunel, Christian Hillaire et Jean-Marie Chauvet – découvrent par hasard ce sanctuaire orné de centaines de fresques : la grotte Chauvet vient d’entrer dans l’Histoire. Mais pour lui éviter le destin tragique de Lascaux et préserver le site, la cavité est aussitôt verrouillée. Seule une poignée de scientifiques franchit désormais la porte blindée, quelques jours par an.
C’est cette aventure scientifique hors norme que dévoile le documentaire « Chauvet, voyage aux origines », diffusé ce soir sur France 5. Façonnée il y a six millions d’années par les eaux souterraines, la grotte s’ouvre ici sous un angle rare. Grâce à un dispositif technique exceptionnel déployé dans la cavité, le réalisateur Guy Padovani emboîte le pas des préhistoriens et géologues qui auscultent le site depuis un peu plus de trois décennies. « On ne s’habitue jamais, confie l’archéologue Carole Fritz. C’est comme admirer un tableau de Raphaël ou de Léonard de Vinci. »
Jusqu’alors, la théorie d’André Leroi-Gourhan imposait « l’enfance de l’art » : l’Homo sapiens aurait en effet appris à dessiner avec lenteur et maladresse, pour n’atteindre la maturité qu’à Lascaux. Mais la découverte de Chauvet a balayé cette hypothèse. Datées de 33.000 ans, soit treize millénaires avant Lascaux, les fresques aurignaciennes affichent une virtuosité insolente. Lions, rhinocéros, aurochs, chevaux et mammouths jaillissent de la pénombre et courent sur les parois. Les artistes de l’époque maîtrisaient déjà l’estompe au charbon pour créer le relief – le fameux sfumato –, exploitaient les volumes et jouaient avec la perspective. Sur la spectaculaire fresque des lions, longue de dix mètres, la décomposition des mouvements suggère même, selon le chercheur Marc Azéma, les prémices du cinéma.
Mais ce chef-d’œuvre fragile affronte aujourd’hui un nouveau péril, insidieux celui-là : le réchauffement climatique. Sous haute surveillance, la grotte est bardée de capteurs qui contrôlent sa température et son humidité 24 heures sur 24, épaulés par des spécialistes de la mécanique des fluides.
Si une réplique grandeur nature accueille les visiteurs depuis 2015 à Vallon-Pont-d’Arc, le sanctuaire d’origine exige cette veille permanente pour transmettre intact ce patrimoine universel aux générations futures.
« Chauvet, voyage aux origines », 21h05, France 5.









