Grippe: nos seniors en danger

Grippe: nos seniors en danger

Comme de coutume en cette période automnale, le vaccin contre la grippe revient sur le devant de l’actualité. Et pour cause : cette maladie tue plus d’une centaine de personnes chaque année en Belgique et, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), entre 250.000 et 500.000 par an dans le monde ! Car si la grippe est souvent considérée comme bénigne, elle peut entraîner par contre chez les personnes fragiles des complications sévères, voire le décès. Le vaccin est dès lors vivement conseillé à l’approche de l’hiver. Idéalement administré entre mi-octobre et fin novembre, il est à renouveler tous les ans, entre autres parce que le virus de la grippe subit régulièrement des mutations génétiques et qu’il faut « adapter » le vaccin chaque année pour contrer ses souches les plus courantes. Outre les personnes atteintes de maladies chroniques, les plus de 65 ans sont fortement exposés à ces risques de complications graves. Une « catégorie » de la population pour laquelle l’OMS recommande un taux de vaccination de 75 %. On en est loin.

Solidaris a mené l’enquête

La mutualité socialiste a mené une étude destinée à déterminer les facteurs influençant le taux de vaccination chez les seniors et ce, afin de pouvoir mener des actions plus précises. « Pour cela, explique Solidaris, nous nous sommes appuyés sur les données de facturation des vaccins remboursés, délivrés en officine publique aux affiliés des Mutualités Socialistes-Solidaris pour l’hiver 2015-2016. ». De cette analyse ressortent plusieurs constats, parfois édifiants.

1. Un taux de vaccination en diminution

La première observation est une nette diminution du pourcentage des 65 ans et plus vaccinés contre la grippe saisonnière au fil des années ; stable entre 2005 et 2009 (environ 60 %), puis en légère hausse à l’hiver 2009-2010 (62,73 %), il diminue à partir de 2010 pour n’atteindre plus que 54,1 % en 2015-2016.

2. Les Flamands mieux vaccinés

Par ailleurs, le taux de vaccination est différent d’une Région à l’autre, et c’est en Flandre qu’il est le plus important avec 60,09 % de vaccinés en 2015-2016, alors qu’il n’atteint les 50 % ni en Wallonie (48,99 %) ni à Bruxelles (45,7 %). Ainsi, le taux de vaccination des 65 ans et plus dans les communes wallonnes oscille entre 19 % et 65 %. C’est dans l’est de la Wallonie, le sud du Luxembourg et la partie frontalière du Hainaut que l’on observe les taux de vaccination les plus bas.

3. Les « vieux » se vaccinent plus

L’étude révèle également que l’âge influence fortement le taux de vaccination : les « vieux » seniors, âgés de 75 à 95 ans, semblent plus sensibilisés à l’intérêt de la vaccination puisqu’ils étaient 64,61 % à avoir reçu le vaccin à l’hiver 2015-2016 contre 46,21 % pour les « jeunes » seniors, la tranche des 65-74 ans. En revanche, le sexe n’a que très peu d’influence sur ce taux – idem pour le statut socio-économique. Autre observation : les personnes âgées plus fragilisées sur le plan de la santé sont aussi davantage vaccinées contre la grippe saisonnière. Ainsi, 70 % des 65 ans et plus ayant le statut de malades chroniques ont été vaccinés contre la grippe.

Solidaris a aussi analysé la distribution des taux de vaccination par pratique de médecins généralistes et constaté d’importants écarts entre eux : seuls… 10 % de ces médecins atteignent le taux de 75 % recommandé par l’OMS, et 10 % ne dépassent même pas 38 %. Ici aussi, la différence entre les Régions est à souligner, puisque les écarts entre généralistes sont moins importants en Flandre qu’en Wallonie et surtout à Bruxelles.

La vaccination, un parcours du combattant

« Cette analyse démontre que des initiatives doivent être mises en place afin de promouvoir la vaccination chez les personnes à risque, conclut le rapport, soit une communication ciblée sur ce groupe mais aussi vers les personnes dès l’âge de 50-55 ans afin qu’elles puissent être le relais vers leurs aînés. » Afin de promouvoir la vaccination auprès de ces personnes plus fragiles, différentes pistes sont proposées, à commencer par le développement d’une communication « ciblée et proactive » permise par la mise en place d’une information adaptée, en concertation avec le médecin gestionnaire du DMG (dossier médical général) et le pharmacien.

Il s’agirait également de faciliter le véritable « parcours du combattant » que constitue la vaccination : en effet, le patient qui souhaite se faire vacciner contre la grippe doit d’abord obtenir une prescription de son généraliste, se rendre ensuite chez son pharmacien pour aller chercher son vaccin, pour enfin retourner chez son médecin pour être vacciné. Pour de nombreuses personnes, toutes ces démarches peuvent constituer un obstacle. Le circuit de vaccination doit donc être optimisé, simplifié, pour encourager les patients à se faire vacciner.

Enfin, les Mutualités souhaitent en quelque sorte rajeunir leur cible en communiquant spécifiquement vers les personnes dès 50-55 ans : « D’une part, ces personnes peuvent contribuer à être le relais vers la génération plus âgée, et d’autre part elles doivent aussi être sensibilisées aux risques spécifiques qu’elles encourent puisqu’un tiers de celles-ci présentent au moins un facteur augmentant le risque de complications. »

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern