Podgorica, 12 juillet 2011: Nicolas, le prince qui s’ignore
Le retour en grâce d’un Parisien devenu, par une faveur gouvernementale, l’héritier officiel du trône déchu du Monténégro.
Si vous le croisez à Paris, ne soyez surtout pas étonnés. Nicolas Petrovitch ne paie pas de mine. Un look un brin baba cool, jean, gros pull et cheveux grisonnants en bataille, le parfait architecte parisien qu’il est. Et pourtant, cet homme-là descend d’une dynastie des plus notoires, née du prince-évêque de Monténégro, Danilo Scepcev, qui régna dès 1696 sur ce petit bout de terre au milieu de notre vieille Europe. Une famille qui acquit ses galons dans la lutte contre les musulmans. De princes-évêques, ils sont devenus princes souverains au milieu du XIXe avant de faire de l’héritier un roi. C’est Nikola Ier, couronné en 1910 et dont le pays inspira la Syldavie à Hergé. Malheureusement, son histoire fut brève. En 1915, Nikola est contraint de quitter le Monténégro après la défaite de ses troupes devant l’armée d’Autriche-Hongrie. Pire : trois ans plus tard, le royaume voisin de Serbie décide d’engloutir unilatéralement son territoire, déposant la maison Petrovic-Njegos. Et voilà deux siècles d’histoire violemment balayés à la faveur d’une annexion. Le roi Nikola, déchu, lassé de s’être battu – en vain – pour sa nation, se retire dans sa villa des "Liserons", sur les hauteurs d’Antibes, et succombe à une hémorragie cérébrale, le 1er mars 1921, entouré de ses quatre enfants. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais elle va très vite rattraper notre paisible architecte.
« Moi, prince héritier ? »
Un matin d’octobre 1989, Nicolas Petrovitch reçoit un courrier très officiel du gouvernement communiste yougoslave. Il lui demande l’autorisation de rapatrier la dépouille de son arrière-grand-père Nikola, mort en France mais inhumé à San Remo. On lui rappelle dans la missive que « Nikola Ier était roi de Monténégro ». Lui qui était né à Saint-Nicolas-du-Pélem en Bretagne d’un père exilé et d’une fille du cru, avait connaissance d’une racine aristocratique yougoslave, mais il ne s’en préoccupait guère, absorbé par sa vie française. Il se souvient tout de même d’un épisode saisissant, lorsqu’il visita son pays – en autostop ! – comme étudiant en 1967. À l’entrée d’un musée, il a montré sa carte de l’université et le personnel s’est incliné. À sa sortie, 300 personnes l’attendaient, l’appelant "Monseigneur" ! Il passa cinq jours parmi une population avide de retrouver son "souverain", alors qu’elle vivait sous le régime de Tito. Et voilà donc notre architecte contraint de prononcer un discours devant 250.000 personnes. Face au cercueil de son aïeul, il lit en phonétique, ne parlant pas le serbo-croate. On lui baise les mains, on le prie de revenir. Tout français qu’il est, Nicolas se prend au jeu. Il retourne faire de petits séjours avec son épouse Francine, propulsée princesse, fonde une biennale au Monténégro et... réclame à l’État la restitution des biens et propriétés de sa famille spoliés par le régime serbe depuis la fin de la Grande Guerre. Pour les monarchistes, il est "Nicolas II", l’espoir d’un retour du trône. D’autant que la situation politique évolue. En 2006, à la faveur d’un référendum, le Monténégro retrouve son indépendance. Scènes de liesse dans les rues de Podgorica, la capitale. Nicolas ne réclame ni gloire ni couronne, seulement justice pour ses ancêtres. L’histoire est belle car, le 12 juillet 2011, le Parlement du Monténégro adopte la loi sur le statut de la dynastie Petrovic-Njegos : la famille est reconnue, elle pourra représenter le pays à l’étranger et, surtout, 4 millions d’euros sont alloués à la fondation familiale. Nicolas, le chef de la Maison royale, percevra un revenu mensuel équivalent à celui du président. Un tel retour de l’Histoire, il n’en demandait pas tant. À sa manière, l’architecte parisien est devenu "monarque dans sa République".









