Roundup, le tueur d’abeilles

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Les néonicotinoïdes

On a appelé « colony collapse disorder » (CCD), syndrome d’effondrement des colonies, la situation d’une ruche qui perd presque tous ses occupants alors qu’elle est remplie de nourriture. Récemment, l’impact des pesticides néonicotinoïdes a été vigoureusement dénoncé et les instances européennes ont entamé le processus d’interdiction de cette classe de pesticides qui représente un tiers des pesticides à l’échelle mondiale. Ces molécules sont neurotoxiques pour tous les insectes, y compris les abeilles. Leur efficacité est telle que tout un chacun peut mesurer leur impact actuel rien qu’en circulant en voiture : il y a 30 ans, les pare-brise des voitures étaient couverts d’insectes écrasés ; de nos jours, on en compte sûrement 10 à 20 fois moins. Malheureusement, les insecticides ne sont pas les seuls à nuire aux abeilles. Le célèbre désherbant Roundup est aujourd’hui scientifiquement mis sur la sellette. Comment un herbicide pourrait-il nuire aux abeilles mellifères et, partant, à tous les pollinisateurs ?

La flore intestinale

La microflore intestinale est constituée par un ensemble de micro-organismes qui vivent en symbiose avec l’organisme qui les abrite. L’ensemble constitue un écosystème complexe dont on découvre un peu plus chaque année l’extrême importance pour la santé humaine, grâce aux techniques de biologie moléculaire (séquençage de gènes).

Appelée désormais microbiote intestinal, la flore intestinale est indispensable à la vie de l’hôte ; sa destruction, même partielle, contribue à fragiliser l’organisme, voire à le tuer. Elle comprend des micro-organismes nombreux ; bactéries, levures, virus, qui agissent en synergie pour asseoir une bonne protection immunitaire face aux pathogènes potentiels. Depuis une dizaine d’années, des scientifiques s’intéressent aux effets indirects possibles des fongicides sur la santé de l’abeille.

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On sait que les agriculteurs utilisent souvent des graines enrobées pour leurs cultures : pour le maïs, par exemple. Or, certains fongicides sont systémiques, ce qui signifie que le principe actif destiné à combattre les champignons parasites nuisibles aux végétaux remonte dans toute la plante. C’est comme ça que les pollens véhiculés par les pollinisateurs, et dont les abeilles se nourrissent, sont contaminés. Si des fongicides sont introduits dans l’intestin de l’abeille via les pollens contaminés, il paraît logique de penser que les levures qui participent à la flore intestinale de l’abeille seront impactées.

Le glyphosate fragilise l’abeille

La biologiste américaine Nancy Moran travaille à l’université du Texas (Austin) depuis 1972. Avec son équipe, elle a démontré en 2016 que toutes les abeilles dans le monde (dont des bourdons) hébergent un ensemble central de bactéries qui constituent jusqu’à 99 % de leur microbiome. Les huit espèces de bactéries, qui descendent toutes d’un ancêtre commun il y a 80 millions d’années, comprennent de nombreuses variantes génétiques qui colonisent principalement le gros intestin à partir de l’iléon. Ces bactéries, sujettes à évolution permanente (résistance antibiotique), digèrent notamment les parois cellulaires des grains de pollen qui sont indigestes, voire toxiques, pour l’abeille. La dernière étude publiée en septembre 2018 par l’équipe de Nancy Moran s’intéresse au Roundup dont le principe actif est le glyphosate. Et la conclusion est sans appel : l’herbicide Roundup a un impact négatif sur la flore intestinale des butineuses, rendant celles-ci plus vulnérables aux infections.

L’expérience consistait à exposer des centaines d’abeilles à des doses de glyphosate habituellement rencontrées par l’abeille dans les champs. Au bout de 3 jours, un remaniement bactérien est observé qui conduit ensuite à une mortalité plus élevée par rapport aux autres abeilles non exposées quand celles-ci rencontrent un pathogène. Les scientifiques en déduisent que l’évolution bactérienne induite par le glyphosate rend les abeilles plus fragiles. Voilà une nouvelle qui ne va certainement pas faire plaisir aux agriculteurs alors même que cela donne aux responsables politiques qui souhaitent réglementer l’usage des herbicides un argument supplémentaire pour chercher des traitements sanitaires alternatifs aux cultures.

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