Les femmes sulfureuses de Manara à Bruxelles

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Leurs regards sont souvent francs et insolents et leurs attitudes provocantes et troublantes. Reins cambrés, jambes croisées ou cuisses ouvertes, les femmes de Milo Manara sont sulfureuses. Irréelles aussi. Elles incarnent sans doute les fantasmes de bien des hommes tout en étant pleinement femmes, sûres de leurs sensualités et de leurs plaisirs.

Ce sont ces femmes que l’on peut s’offrir pour un mois chez Huberty & Breyne. La galerie bruxelloise installée désormais au Châtelain, expose des œuvres récentes du maître italien de l’érotisme qui a aujourd’hui 73 ans. On peut ainsi voir des dessins noir et blanc qu’il vient de réaliser pour les couvertures de la collection « Artist » que publie le journal Corriere della Serra. Il y aussi les aquarelles coquines réalisées pour les cartes érotiques qui mettent en scène des fantasmes masculins de diablesse, infirmière et autre coquine émergeant de gâteau. Il y a encore des dessins réalisés pour le magazine Play-boy et qui sont des portraits dénudés d’actrices célèbres.

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Le nu féminin encore et toujours !

Bien sûr ! Le nu permet de se rapprocher de l’éternité. Il est en dehors du temps et de l’espace et cela depuis la Grèce antique.

Vous avez signé très tôt des dessins érotiques, en 1968, pour financer vos études. Votre démarche avait-elle une dimension contestatrice, comme celle que le sexe peut avoir ?

C’est évident. L’érotisme est le fruit des mouvements de 68. À l’époque, il y avait un livre qui était pour nous une véritable bible : « L’homme unidimensionnel » d’Herbert Marcuse et cet auteur avait écrit aussi « Eros et civilisation » dans lequel il expliquait que le sexe n’avait pas une dimension procréative mais récréative. C’était ma bible. C’est pour cela que j’ai commencé à faire des dessins érotiques.

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Dans les années 80, il y a eu l’album devenu mythique du « Déclic » qui raconte l’histoire d’une bourgeoise coincée qui après son enlèvement et une étrange opération – on lui implante une puce reliée à un émetteur — se libère complètement et vit une sexualité débridée. Comment expliquez-vous ce succès.

Je crois que « Le déclic » a eu beaucoup de succès car il met en scène des fantasmes que beaucoup d’hommes ont. Et pas seulement eux d’ailleurs si j’en crois les lettres que j’ai reçues de nombreuses femmes. Il a peut-être également eu du succès car il déculpabilise le désir. C’est la boîte qui est responsable de tout ce qui se passe.

Aujourd’hui, même si le sexe semble être partout, on assiste à un retour de la morale. Faire des dessins érotiques est-il à nouveau contestataire ?

Il est vrai que la société régresse par rapport à l’érotisme. Et l’art érotique a toujours une force transgressive.

Picasso déclara que « l’art et le sexe, c’est la même chose ». Qu’en pensez-vous ?

Je suis pleinement d’accord. Le sexe est la racine de l’art, nous poussant à rechercher le sublime dans la réalité. Le sexe a cela de mystérieux qu’il part du réel pour aller vers le surnaturel. Le tantrisme a en effet montré toute la dimension mystique, surnaturelle, de la sexualité. Sigmund Freud a lui aussi théorisé le sexe en nous montrant combien il est une pulsion vitale qui nous pousse à agir, accomplir et réaliser des choses.

Propos recueillis par Joëlle Smets.

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Milo Manara

Jusqu’au 5 janvier 2019

HUBERTY & BREYNE GALLERY

33 place du Châtelain 1050 BRUXELLES

Tél 02 893 90 30

Ouvert du mardi au samedi, de 11h à 18h

www.hubertybreyne.com