Jean-Marie Gustave Le Clézio annoncé mort: chronique d’une fake news qui vire à l’échec
Un compte Twitter ressemblant à celui des Éditions Stock a tenté de propager l’information. Tommasso Debenedetti serait à la manœuvre.

Tout paraît vrai. Le logo est bien celui des Éditions Stock. Le nom du compte également. Seul le sous-titre diffère de l’original mais peu d’internautes le consultent en lisant un tweet à la va-vite. À y regarder de plus près, d’autres indices sèment immédiatement le doute : le profil n’existe sur Twitter que depuis le mois de janvier 2019 et ne compte que trois posts à son actif. Encore faut-il ne pas s’arrêter à l’annonce initiale : « URGENT. Jean-Marie Gustave Le Clézio est mort ». Le tout suivi d’un message similaire, en anglais cette fois : « URGENT. French novelist Jean-Marie Gustave Le Clézio has died. An official note to be released soon ».
La fausse nouvelle est lancée à 15h28 ce lundi 7 janvier. Sans pour autant s’emparer du web comme l’espérait sans doute son auteur. Et pour cause, le véritable compte des Éditions Stock, certifié par un petit « V » entouré de bleu, n’a mis qu’un quart d’heure à se rendre compte de la supercherie et à diffuser un communiqué sur le même réseau social : « Attention ne soyez pas victimes du faux tweet qui circule sur JMG Le Clezio. Stock info n’est en aucun cas le compte des éditions Stock. Ce compte diffuse de fausses informations ». Virtuellement, l’écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature pour l’ensemble de son œuvre en 2008, ne sera pas mort bien longtemps. D’autant que sous les différentes publications, les messages criant à la fake news se sont répandus comme une traînée de poudre.
Un habitué des fake news
Âgé de 78 ans, l’auteur français serait donc la nouvelle victime du journaliste italien Tommasso Bedenedetti. Sauf que cette fois, ce dernier n’a pas eu gain de cause. Cet homme est néanmoins connu du monde entier pour avoir propagé des rumeurs totalement infondées. Avec une spécialité : les fausses morts de célébrités. Décrit par le Huffington Post comme « l’homme qui tue en 140 caractères », il peut désormais allonger ses annonces jusqu’à 280 caractères. Mais en général, il se contente de moins. Plus l’annonce est abrupte, plus le choc est puissant.
À son tableau de chasse, quelques personnalités notoires : Costa Gavras, le pape, Fidel Castro, Bachar el-Assad ou encore JK Rowling. Et aussi quelques médias qui sont parfois largement tombés dans le panneau du maître de la fake news mortelle. Même ceux dont la maîtrise journalistique n’est plus à prouver sont tombés dans ses filets : le New York Times ou encore le Guardian. Le procédé est toujours le même : un faux compte Twitter et un message ultra réaliste. Son but : que le message se répande à vitesse grand V et que son origine soit à peine vérifiée.
Son objectif avoué : « Démontrer la fragilité des médias sociaux, où n’importe qui peut être n’importe qui. C’est un danger énorme que je veux dénoncer ». Tommasso Debenedetti a pour habitude de révéler son identité peu de temps après avoir annoncé la mort de la personnalité qu’il a dans le viseur. Il n’a pas dérogé à la règle qu’il s’est imposée. Rapidement, le faux compte des Éditions Stock est apparu sous un nouveau nom : celui de l’imposteur italien. Aucun article de presse ne s’est emparé du sujet avant que l’auteur ne soit démasqué. Cette fois, il semblerait que la rapide réaction des Éditions Stock ait tué dans l’œuf son énième tentative.








