Comment parler de sexualité avec les enfants?

Comment parler de sexualité avec les enfants?
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Combien de parents n’osent parler de sexualité avec leur petite fille ou leur petit garçon ? Il n’est guère facile d’aborder ce sujet avec un enfant, surtout quand il est très jeune. Pourtant le sexe appartient à la vie et est présent dès la naissance.

Être caressé, câliné, soigné, lavé offre des plaisirs sensuels qui, comme l’explique le professeur de psychologie Bernard Germain dans « La sexualité de l’enfant » (éd. Erpi), peuvent activer des réflexes sexuels ; une érection chez le petit garçon et une lubrification vaginale et une érection clitoridienne chez la petite fille. Puis au cours des premiers mois, le bébé explore son corps, touche ses oreilles, ses pieds et parfois ses parties génitales. Chez le petit garçon, cela se passe vers 6-7 mois et chez la petite fille, un peu plus tard vers 10-11 mois. À voir les expressions bienheureuses du visage et les réactions sexuelles, à entendre les gazouillis émis, ces touchers exploratoires engendrent des sensations de plaisirs.

Et puis au fil des ans, l’enfant va plus loin dans la découverte de son corps et l’exploration accidentelle devient volontaire : autour de 2 ans et demi - 3 ans, le petit garçon comme la petite fille cherche des sensations érotiques et peut se caresser. De 3 à 4 ans, il va plus loin, commence à observer ses organes sexuels, à s’intéresser à la nudité, à se montrer curieux de ce qui concerne l’autre sexe, il peut aussi se toucher en public. À partir de cinq ans, l’enfant poursuit sa découverte mais il peut dès lors comprendre ce que les adultes lui expliquent à ce sujet ; tout comme il peut percevoir si ces adultes sont mal à l’aise avec le sujet...

Ce développement de la vie sexuelle enfantine, observé et analysé par bien des spécialistes, rend l’éducation à la sexualité essentielle dès le plus jeune âge. Mais nombre de parents éprouvent de la gêne et ne savent ni comment réagir face à un enfant qui se toucherait, ni que lui dire quand il pose des questions. Deux petits livres « Eléphantine veut tout savoir sur sa zézette » et « Renardo veut tout savoir sur son zizi » réunis aujourd’hui en un seul coffret viennent d’être publiés qui peuvent les aider. Natacha de Locht, aidée au dessin par Laurent Carpentier raconte dans le premier album d’« Eléphantine » la vie d’une petite fille qui au hasard d’une après-midi avec sa grand-mère, lui confie que parfois sa zézette fait des guili-guilis. Tout comme dans le deuxième album de « Renardo », lors de la construction d’un bonhomme de neige, le petit garçon explique à son papy que parfois quand il touche son zizi, il est tout dur comme une carotte. Les deux enfants recevront des explications simples sur leurs sexes respectifs, les notions d’intimité et de consentement avant de retourner à leurs jeux... C’est avec légèreté et sensibilité que les deux auteurs belges abordent la sexualité et ses notions fondamentales. De plus les petites histoires se complètent de pages didactiques dans lesquelles les organes génitaux sont dessinés – le clitoris n’est pas oublié- et nombre de termes sont définis, qu’ils concernent le corps ou le comportement : le vagin, le pénis, l’intimité...

Natacha de Locht, comment est né ce livre ?

« Lorsque ma fille avait 5-6 ans, j’ai recherché un ouvrage adapté à son âge qui pouvait expliquer son sexe et sa constitution, sur base d’informations correctes. Je ne l’ai pas trouvé car ce livre n’existait tout simplement pas. J’ai écrit alors cette histoire et à l’époque j’ai cherché à l’éditer. En vain. Mais les mentalités ont évolué et l’année dernière, grâce au crowdfunding, le livre d’Eléphantine est sorti. Il explique aux petites filles leur corps et cette année, Laurent Carpentier et moi, publions celui de Renardo qui a été soutenu par davantage d’organismes et associations belges et étrangères. »

Parler du corps et de la sexualité aux jeunes enfants est tabou ?

« Lorsque je travaillais dans le scolaire ou le parascolaire, j’ai entendu beaucoup de choses de la part des surveillant(e)s qui surprenaient les enfants qui touchaient leurs parties génitales: des phrases telles c’est sale, si tu continues, tu deviendras sourd ou ton zizi va tomber, Ce n’est pas bien... Parfois j’ai vu une tape sur la main, un froncement de sourcil… Cela me choquait, car si l’adulte gronde l’enfant et lui dit que c’est mal ce qu’il fait, il y a beaucoup de chances que l’enfant, s’il se touche à nouveau, associe ce plaisir à un sentiment de honte et de culpabilité. Mais comme je l’ai dit, la société change et elle a aujourd’hui conscience de l’importance de l’éducation sexuelle à donner aux enfants. »

À qui s’adressent ces petits albums ?

« Ils s’adressent aux enfants à partir de 5- 6 ans. Ils sont des outils que les parents ou les professeurs peuvent utiliser pour répondre aux questions des enfants. »

La sexualité est abordée avec légèreté et pudeur. Les personnages des grands-parents répondent aux questions d’Eléphantine et de Renardo avec naturel, sans gêne aucune mais sans entrer dans les détails.

« Bien sûr ! La sexualité des enfants n’est pas celle des adultes. Les enfants sont en pleine découverte et ils ne doivent pas savoir comment on fait l’amour. Les adultes doivent seulement aborder la question sans tabou car s’ils sont gênés, ils risquent d’influencer négativement leurs enfants et engendrer des comportements sexuels problématiques.

Mais il est vrai qu’une certaine pudeur nous semblait importante. Avec Laurent Carpentier, nous avons cherché à éviter des images qui pourraient amener à choquer ou déstabiliser, nous ne voulions pas de styles trop vagues, trop explicites, didactiques, scientifiques ou médicaux, mais surtout, nous avons cherché à éviter les clichés rétrogrades...

Dans ces livres, j’ai essayé d’aborder le sujet de la sexualité avec pédagogie, dans un langage concret et sans tabou, avec la nécessité de souligner l’importance des notions de plaisir, d’intimité et de consentement mutuel. »

Vous abordez aussi la masturbation.

« La masturbation est abordée pour dire sa normalité et non pour inciter les enfants à se toucher. Mais elle n’est pas le sujet principal des livres. C’est davantage le fonctionnement du corps qui est au centre des histoires. »

Vous avez intégré le clitoris dans vos schémas. Il est dessiné dans son entièreté. C’est rare ! On sait qu’en France, l’organe figure depuis la rentrée 2017 dans un seul manuel scolaire ; tous les autres l’ayant négligé. Cette méconnaissance a des conséquences puisque des études récentes menées en France par le Haut Conseil à l’égalité ont montré qu’un quart des filles de 15 ans ignoraient qu’elles avaient un clitoris et que pas moins de 83 % des étudiantes de 4e et 3 e années ne savaient pas qu’il avait une fonction érogène.

« Je suis très fière de dire que nous sommes le premier livre pour enfants qui en parle ! »

L’éducation sexuelle que vous initiez passe aussi par l’apprentissage des notions d’intimité et de consentement. L’éducation n’est pas seulement physique mais aussi comportementale !

« Absolument, il me semble plus que nécessaire d'apprendre dès la petite enfance les notions de respect de soi et des autres. N’oublions pas que ce sont les enfants d’aujourd’hui qui bâtirons l’avenir de demain, alors aidons les dès le début à se connaître et à se respecter mutuellement. C’est d’autant plus important que la majorité des agressions et viols sur mineurs se font parmi les proches familiaux et que nos familles d’aujourd’hui sont bien souvent éclatées avec des gardes alternées, avec les mouvements tels que ”Balance ton porc” et ”Mee Too” qui dénoncent les abus, viols et comportements sexuels non consentis. Avec Laurent Carpentier, je travaille d’ailleurs sur un troisième tome qui sera un outil de sensibilisation au respect de soi et des autres et fournira des pistes d'aide en cas d'abus. Le livre « Charlie veut savoir si c’est oui ou si c’est non, si c’est d’accord ou pas d’accord, on peut ou on peut pas » sortira probablement fin 2020 »

Les livres sont en vente sur le site www.lesnezanez.be

DEDICACES

Le samedi 30 novembre et 7 décembre, de 14 à 18 heures, Natacha de Locht et Laurent Carpentier dédicacent leurs ouvrages à la Factual Art Gallery, 33 avenue Paul Dejaere à Saint Gilles.

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