«Bimbo», «tentatrice», «fille facile»: les émissions de téléréalité, bastions du sexisme

La première de la nouvelle saison des «
Marseillais
», au cinéma
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La première de la nouvelle saison des « Marseillais », au cinéma ! - BelgaImage

Absence de diversité, représentations stéréotypées, femmes hypersexualisées : les médias audiovisuels, en particulier les émissions de téléréalité, véhiculent trop souvent une image caricaturale des femmes, en « toute impunité », dénonce ce lundi 1er mars le Haut Conseil à l’égalité femmes-hommes. Pour la deuxième édition du « rapport annuel sur l’état du sexisme en France », cette instance consultative indépendante a choisi de s’intéresser à ces émissions de divertissement où est filmée la vie quotidienne de personnes sélectionnées au préalable.

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« Les émissions de téléréalité valorisent d’un côté l’hyperféminité des candidates et de l’autre l’ultramasculinité des candidats », constatent Brigitte Grésy, présidente du HCE, et Sylvie Pierre-Brossolette, ancienne du CSA et présidente de la commission « Lutte contre les stéréotypes » du Haut Conseil, dans ce travail remis lundi à la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa. « De cette dichotomie découle une vision des rapports entre femmes et hommes stéréotypée et inégalitaire », où « des Don Juan dominateurs » font face à « des tentatrices », dénoncent-elles.

« Koh-Lanta » n’échappe pas à la critique

Sur plusieurs mois en 2019, une quinzaine d’épisodes de trois émissions phares : « Les Marseillais VS Le reste du monde » (W9, groupe M6), « Les Anges de la Téléréalité » (NRJ12) et « Koh-Lanta : La guerre des chefs » (TF1) ont été scrutés. Premier constat, ces émissions traitent majoritairement des querelles, clashs verbaux, et de la compétition entre candidats. Premier ressort sexiste, il y règne une « culture de la virilité » avec des hommes « forts », « musclés », qui ont « la gagne », et des femmes « considérées comme susceptibles de plaire aux adversaires et donc de créer des rivalités ».

Dans « Koh-Lanta », par exemple, rares sont les épreuves gagnées par les femmes, sauf les épreuves d’agilité ou celles effectuées en binôme. Dans cette émission, tournée sur une île, les candidats sont peu vêtus, donnant ainsi d’eux une représentation hypersexualisée. Dans les deux autres émissions étudiées, les participants, en particulier les femmes, apparaissent également au moins une fois partiellement dénudés par épisode, parfois en inadéquation avec la situation du moment : en bikini dans le salon ou en peignoir transparent et talons aiguilles au petit-déjeuner, est-il relevé.

Cherchez la femme non-blanche ou handicapée

« Bimbo », « cagole », « 2 de QI », « blonde un peu limitée », « fille la plus facile de France » : bien que volontaires pour participer à ces émissions, les femmes y sont « dénigrées », « souvent présentées comme stupides », et « mises en compétition entre elles », constate également le HCE, citant nombre de passages où les insultes sexistes font florès et où les propos injurieux, haineux, voire racistes, sont fréquents.

Tous trois auditionnés, les groupes TF1, NRJ et M6 ont « affirmé veiller à éviter de recourir trop fréquemment aux clashes, et aux scènes violentes ou empreintes de stéréotypes sexués », précise le Haut Conseil, déplorant toutefois qu’en matière de sexisme, « les médias audiovisuels et numériques sont encore des bastions où règne l’impunité ». Ainsi, parmi la trentaine de recommandations du rapport, il préconise de faire signer à toutes les chaînes qui produisent des émissions de téléréalité une charte d’engagement avec le CSA.

Faible taux de parole

Dans les clips musicaux, qui sont très vus par un public jeune à la télévision ou sur les plateformes de vidéos en ligne, le sexisme est également très prégnant, est-il dénoncé. « Les femmes sont globalement sous-représentées (40 % contre 60 % d’hommes) et presque exclusivement cantonnées aux rôles secondaires ou de figuration », ajoute le HCE, demandant de conditionner les financements publics des clips au respect de la dignité et de l’image des femmes.

De façon plus générale, le décalage est « énorme » entre la place et l’image des femmes à la télévision et la réalité, estime-t-il. Il rappelle que la part des femmes à la télévision est de 42 % pour 58 % d’hommes, une proportion qui baisse aux heures de plus forte audience à partir de 18H00. D’autant que si elles sont parfois visibles, elles ne parlent pas pour autant, leur taux de parole étant estimé à 32,7 %. Souriantes, douces, agréables à regarder, les femmes sont en outre davantage caractérisées par leur apparence physique, leur âge et leur situation familiale que les hommes, et sont majoritairement des femmes blanches, plutôt jeunes, et quasiment jamais en situation de handicap, est-il regretté.

 
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