Et si les prostituées dominaient les hommes?

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Petite robe rouge pailletée et talons hauts, Véronique de Miomandre monte sur scène. Sur la pointe des pieds. C’est que la belle conteuse veut aborder en douceur, avec nuances et sans préjugés un sujet aussi complexe que la prostitution. Et pendant une bonne heure, dans « Sous les néons du désir », elle donne la parole aux femmes qui offrent leur corps dans les vitrines de la rue d’Aerschot à Bruxelles. Une parole vraie, nuancée, jamais vulgaire, faite de souvenirs tantôt doux et drôles, tantôt amers et piquants, mais toujours émouvants. C’est que durant une année, Véronique de Miomandre a rencontré une trentaine de femmes âgées de 30 à 75 ans qui ont choisi ce métier et l’exercent librement. Au fil des rencontres et des cafés partagés, certaines sont même devenues des amies. Elle signe ainsi un spectacle profond et riche, mis en scène par Max Lebras. On sourit parfois et on s’interroge beaucoup, perturbé par la complexité de la problématique de la prostitution (et non de la traite des êtres humains qui voit des femmes obligées de vendre leur corps). Et on doute plus que jamais de la pertinence des positions tranchées par rapport à la problématique mais surtout on se dit que les travailleuses du sexe méritent le respect car « Sous les néons du désir » aide à comprendre les vies en marge de ces femmes et à voir la possible humanité de leur métier. Ce n’est pas pour rien qu’il a été choisi pour une tournée Asspropro « coup de cœur » des programmateurs professionnels belges. Dans ce cadre, il y aura plus d’une vingtaine de représentations à Bruxelles et en Wallonie dès ce début du mois de mars.

Pourquoi ce spectacle ? Quelle est votre intention ?

Je voulais donner la parole aux prostituées et faire entendre leur voix. Mon ambition est humaine et non politique. Ces femmes ont droit au respect car elles sont courageuses, fortes, patientes. Je crois aussi qu’elles ont un rôle dans la société comme celui d’éviter des viols.

Vous avez rencontré de nombreuses femmes prostituées. Quel est le point commun entre elles ?

Au-delà de leurs différences d’âge ou de nationalité, elles ont souvent eu des parcours de vie difficile mais toutes parlent avec fierté de leur métier. Elles répètent qu’elles ne vendent pas leur corps mais leur temps. Elles disent qu’elles ne sont pas une marchandise mais offrent de l’amour. Mais elles sont des prostituées qui choisissent leurs clients, rembarrent ceux qu’elles perçoivent mal et décident des actes qu’elles font et ne font pas. Il n’est pas question des femmes qui sont emprisonnées dans des réseaux.

Ces femmes que vous avez rencontrées, ont-elles choisi librement la prostitution ?

C’est une question complexe. Elles ont décidé librement de vivre de la prostitution. Elles l’ont choisi pour l’argent facile et rapide que l’activité offre et le fait de ne pas avoir de boss. Elles décident de leurs horaires et se sentent libres de continuer ou d’arrêter. Mais certaines, souvent d’origine étrangère, estiment que c’est la seule possibilité qu’elles ont pour ne pas mourir de faim. Je pense ici à cette jeune Albanaise qui m’explique que grâce à l’argent qu’elle gagne, elle nourrit sa petite fille restée au pays et toute sa famille. Mais elle me dit que si ses parents savaient comment elle gagne son argent, elle serait coupée en morceaux ! Souvent parmi les étrangères, ce sont des copines qui leur proposent d’essayer. Il y a un écolage des filles entre elles et une entraide.

Ces prostituées libres sont – elles nombreuses ? Ou des exceptions par rapport aux femmes qui se retrouvent dans un réseau ?

Autre question très délicate... Sans parler de pourcentage, il est certain que les prostituées libres sont largement majoritaires par rapport à celles qui sont dans les réseaux

Pour nombre de féministes, la prostitution est le symbole de la domination masculin. Qu’en pensez-vous ?

Je suis féministe mais pour ne pas entrer dans ce débat si délicat, je vous dirais que ces femmes que j’ai rencontrées, ne se soumettent pas à ce que les hommes veulent. Elles décident et choisissent. Elles m’ont souvent dit qu’en faisant ce métier, elles ont même l’impression de dominer les hommes qui sont conduits par leurs désirs. Je pense encore à cette prostituée qui me dit qu’il lui arrive de jouir quand son client n’y parvient pas. Elle dit sa fierté de le voir payer.

Le plaisir peut être là ?

Certaines jouissent et d’autres pas. Comme je le raconte dans le spectacle, cette question peut irriter. J’ai ces mots : « C’est pas pour le plaisir qu’on fait ça ! Ça m’énerve ! Parfois, il y a des hommes qui me demandent : Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? J’ai envie de leur répondre : Que tu ne me touches pas, que tu me payes le triple et que tu te tires. »

Faut-il selon vous se battre pour faire disparaître la prostitution ?

Je crois qu’on n’arrivera jamais à faire disparaître la prostitution. Il faut surtout aujourd’hui changer le regard que nous avons sur ces femmes et les respecter.

Sous les néons du désir

À partir du 5 mars dans différentes salles de Belgique

Je 05/03 CC Habay

Ve 06/03 CC Beauvechain

Sa 07/03 La Vénerie à Bruxelles

Ma 10/03 CCR Action-Sud

Je 12/03 CC Gembloux

Ve 13/03 CC Nassogne

Sa 14/03 Boabop (Vieusart)

Ve 20/03 CC Ittre/L’Etable d’Hôtes

Sa 21/03 CC Remicourt

Ve 27/03 CCL Bouillon

Je 02/04 Jardin de Ma Sœur (Bruxelles)

Ve 03/04 Jardin de Ma Sœur

Sa 04/04 Jardin de Ma Sœur

Je 09/04 Jardin de Ma Sœur

Ve 10/04 Jardin de Ma Sœur

Sa 11/04 Jardin de Ma Sœur)

http://www.veroniquedemiomandre.be/neon-du-desir.htm

 
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