Coronavirus: la part du vrai et du faux

L’épidémie est désormais bien présente en Belgique, tout comme les rumeurs.
L’épidémie est désormais bien présente en Belgique, tout comme les rumeurs. - Isopix

Si l’on revient d’une destination où le virus circule, il faut courir aux urgences : faux

Surtout pas ! Si vous avez un doute, ne vous rendez ni dans un service d’urgence ni chez votre médecin traitant (les autres patients dans la salle d’attente vous remercient). Surveillez votre température, respectez les consignes d’hygiène de base et ne rendez pas visite à des personnes fragiles. Si vous avez de la fièvre, que vous toussez ou que vous avez des difficultés à respirer, appelez votre généraliste et ne contactez le 112 que s’il vous le conseille.

Le coronavirus est plus contagieux que la grippe  : vrai

Le coronavirus est extrêmement volatil. Selon le quotidien « Libération », des chercheurs australiens ont démontré que le coronavirus présente « une affinité pour les cellules humaines 10 à 20 fois supérieure à celle du SrasCoV… qui avait fait 8.000 cas et tué 800 personnes ». En revanche, son taux de transmission est neuf fois moins élevé que celui de la coqueluche ou de la varicelle.

On risque plus de mourir du coronavirus que de la grippe : vrai

Le taux de mortalité du coronavirus est d’environ 2,5 % et celui de la grippe est de 0,5 à 1 %. Pour des personnes en bonne santé, le risque d’en mourir est moindre que pour le Sras (10 %) ou le Mers (30 %) mais plus élevé que pour la grippe qui, lors de l’hiver 2017-2018, a tué 3.000 personnes en Belgique. Attention : le fait d’être vacciné contre la grippe ne protège pas du coronavirus !

On peut contracter le coronavirus via un colis postal : faux

Le coronavirus ne tient que quelques heures sur une surface. Même si quelqu’un a postillonné sur votre paquet en provenance de Chine, le temps d’arriver chez vous et le virus sera devenu inopérant. De même pour la lunette des WC : le virus ne s’attrape pas comme une gastro-entérite et si quelqu’un de positif au coronavirus a touché la planche… comme vous vous lavez les mains au savon après, pas de souci.

Un fidèle peut infecter une église entière : vrai

C’est arrivé d’ailleurs en Corée. La promiscuité joue en faveur de la propagation du virus : comme pour tous les virus, les lieux de rassemblement (salles de spectacle, transports en commun, festivals, églises, cinémas…) augmentent le risque. Là où l’on chante, où l’on est proche les uns des autres, où l’on s’embrasse, où l’on éternue… des gouttelettes de salive sont expulsées. Comptez un bon mètre entre vous et votre voisin !

Le coronavirus devrait disparaître avec les beaux jours : vrai

mais… On a constaté en 2002 que le virus du Sras avait commencé à diminuer à l’arrivée du printemps et l’on peut donc espérer que cela se produise également pour le coronavirus. Ce qui est sûr, c’est que le virus de la grippe aura disparu fin mars début avril et que si des personnes se présentent alors avec des symptômes similaires à ceux de la grippe… il y aura de fortes chances pour qu’il s’agisse de ceux du coronavirus.

Les personnes âgées de 80 ans et plus figurent parmi les plus fragiles face au virus.
Les personnes âgées de 80 ans et plus figurent parmi les plus fragiles face au virus. - BelgaImage

Il existe plein d’autres coronavirus : vrai

Le nom exact de la maladie est Covid19. Mais elle se décline en plusieurs « versions » dont celle actuelle qui est le SrasCov2 contre lequel la population n’est pas immunisée. Le SrasCov1 auquel il ressemble circulait en 2002. Il existe encore quatre autres coronavirus qui donnent des viroses bénignes. Il se peut qu’un jour, le SrasCov2 devienne usuel à son tour, à l’instar du virus grippal H1N1 qui circule encore.

Les personnes âgées sont les plus exposées : vrai

Car le système immunitaire s’affaiblit avec l’âge. Une étude chinoise révèle que le taux de mortalité dû au coronavirus est de 14,8 % chez les plus de 80 ans. Les hommes semblent plus touchés que les femmes (l’explication tiendrait au fait qu’en Chine, ce sont surtout les hommes qui sortent pour faire les courses). Mais les personnes présentant des maladies cardiovasculaires sont aussi plus fragiles (risque augmenté de 10,5 %). Ensuite viennent les diabétiques (+ 7,3 %), les patients souffrant de maladies respiratoires chroniques (asthme, cancer du poumon… risque augmenté de 6,3 %) ou d’hypertension (+ 6 %). Sans oublier les fumeurs. Pour les autres, en bonne santé, le risque de mourir du coronavirus n’est « que » de 0,9 %.

On peut contracter le coronavirus plusieurs fois : vrai

Mais pas au cours de la même saison car nous développons dans ce cas des anticorps censés nous protéger pour le reste de l’année. Voilà pour la théorie. Reste que plusieurs personnes guéries ont été diagnostiquées positives une seconde fois. Un scientifique interviewé sur LCI avance trois hypothèses : soit il s’agit d’un virus « dormant », autrement dit la personne est toujours porteuse et la maladie risque d’apparaître en cas de grande fatigue. Soit la personne a été contaminée par un coronavirus d’une autre souche. Ou alors le test était défectueux et avait donné un faux résultat négatif.

Une bonne hygiène peut vous sauver : vrai

Lavez-vous régulièrement les mains au savon, utilisez des mouchoirs en papier et jetez-les dans une poubelle à couvercle, évitez les contacts physiques (serrer la main, embrasser), éternuez ou toussez dans le creux du coude, gardez une distance d’au moins un mètre entre vous et une personne qui présente des symptômes « grippaux ». Enfin, n’oubliez pas de préserver votre immunité en mangeant beaucoup de fruits et légumes, en vous aérant et en pratiquant de l’exercice physique. Une bonne santé, rien de tel pour résister au coronavirus !

Pénurie de masques dans les hôpitaux!

La question devient cruciale : alors que le port d’un masque destiné à se protéger du coronavirus n’est pas recommandé à la population générale, celle-ci s’est malgré tout ruée dans les pharmacies, tant sur les masques respiratoires (qui protègent la personne qui le porte) que sur les masques chirurgicaux (qui protègent la personne qu’on a en face de soi). Résultat : même les stocks destinés aux travailleurs de la santé se sont vidés à vue d’œil. « C’est une catastrophe, on n’en a plus en réserve que pour un mois, déplore la Dre Michèle Gérard, infectiologue à l’Hôpital Saint-Pierre.

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Et nous en avons absolument besoin, pas seulement pour affronter le coronavirus, mais aussi pour les chirurgiens et le personnel infirmier amené à opérer, à intuber des personnes, à placer des perfusions, à assister à des chimiothérapies… On finira peut-être par devoir nous contenter de masques vendus sur internet, qui ne filtrent qu’à 50 %, alors qu’un masque chirurgical de type 2 filtre à 98 % ! J’ai même un collègue qui a suggéré qu’on en couse nous-même, avec du coton, comme autrefois… » Même topo pour « la Rolls » des masques respiratoires, ceux de type FFP2 et FFP3, utilisés en routine pour traiter les cas de tuberculose, de varicelle et de rougeole. « Et si encore les gens le portaient correctement ! Mais non : ils le placent à moitié, se touchent les yeux, l’ôtent pour se gratter le nez… », a observé le médecin, redoutant que si une pandémie se déclare, il n’y ait plus de masques.

Voici le plan d’action en Belgique

L’épidémie a désormais atteint la Belgique. Notre pays est-il prêt à y faire face? Les experts nous répondent.

L’épidémie de coronavirus a passé notre frontière. Si elle s’étend au point d’atteindre la planète entière, on parlera alors de « pandémie », un terme qui, au moment où nous écrivons ces lignes, n’est cependant toujours pas utilisé par l’OMS qui estime que la propagation du virus n’est pas encore mondiale et que les décès sont limités. Si l’on en croit le SPF Santé publique, la Belgique serait prête pour affronter l’épidémie.

Pourtant, si, sur le plan médical, les hôpitaux semblent prêts à réagir à l’épidémie qui s’annonce, force est de constater que, contrairement aux pays alentours, aucun plan d’action concret n’a encore été mis en place au niveau national. Le SPF Intérieur « soutient » le SPF Santé mais estime qu’à l’heure actuelle, la Belgique se trouve simplement face à un risque sanitaire, pas à une épidémie. Les mesures prises sont donc essentiellement médicales. Benoît Ramaeker, porte-parole du SPF Intérieur, estime qu’il est trop tôt pour fermer des écoles, mettre une région en quarantaine ou interdire des rassemblements. « Nous n’en sommes pas encore à devoir envisager un scénario catastrophe, ce serait une réponse disproportionnée à l’heure actuelle », nous dit-il.

« Si la situation nécessite d’autres mesures, nous les prendrons en temps utile. » Vincent Grassa, porte-parole de l’aéroport de Charleroi (18 destinations en provenance d’Italie), nous confirme qu’en l’absence de consignes précises du SPF Santé publique, le port de masques et la prise de température des voyageurs en provenance de pays à risque ne sont pas organisés : «  Mais si nous avons un doute par rapport à un passager, nous appelons le service de secours de l’aéroport pour qu’il prenne ses paramètres. » Le conseil des ministres qui s’est réuni ce dimanche rappelle que la Belgique est en phase 2 du plan de gestion du risque par le SPF Santé publique, ce qui implique qu’il vise à endiguer la propagation du virus. Dans son communiqué de presse, le conseil des ministres a tenu à signaler que « le gouvernement considère la gestion du Covid-19 dans toutes ses dimensions comme étant prioritaire ». Nous voilà rassurés…

La ministre De Block entourée des experts.

Vous pensez être atteint, que devez-vous faire ?

•  Vous présentez les symptômes (vous revenez ou non d’une destination à risque ou avez été en contact avec quelqu’un qui en revient), vous toussez, avez de la fièvre et/ou un problème d’essoufflement, soit les symptômes que présentait ce week-end la Belge de retour du nord de la France, qui a été hospitalisée à l’UZ Antwerpen.

1. Vous restez chez vous et vous isolez en restant à au moins un mètre de distance de votre entourage.

2. Vous appelez votre médecin traitant et lui signalez vos symptômes. Celui-ci a connaissance de la procédure à suivre qu’a envoyée Sciensano (ex-Institut de Santé publique) à tous les généralistes.

3. S’il dispose du matériel nécessaire, votre médecin traitant procédera au test de dépistage du coronavirus, sinon il vous conseillera de vous rendre au service d’urgence le plus proche APRÈS avoir téléphoné à celui-ci pour signaler votre arrivée. Le test consiste en un prélèvement de cellules, à l’aide d’un écouvillon, dans la région naso-pharyngée. Des tests sanguins, d’urine ou de selles peuvent également être requis. Si le résultat est négatif, il peut vous être malgré tout conseillé de rester chez vous quelques jours.

4. Si le test est positif, vous serez isolé, selon décision médicale, soit chez vous si les symptômes sont légers et que vous avez la possibilité de rester éloigné(e) de votre entourage (notamment en faisant chambre à part), soit à l’hôpital. Les deux hôpitaux de référence sont l’Hôpital Saint-Pierre à Bruxelles et l’UZ Antwerpen, habilités à endiguer une éventuelle pandémie. Pourquoi eux ? Parce qu’ils offrent toutes les mesures de sécurité indispensables pour contenir une épidémie, notamment des chambres « à pression négative » (l’air n’en sort pas). Mais d’autres hôpitaux, le plus souvent universitaires, ont également établi un plan d’urgence et ont des lits disponibles, en tout cas pour le moment.

5. On vous demandera de lister tous les contacts à moins d’un mètre que vous aurez eus durant les jours qui précèdent.

6. Durant votre mise en quarantaine, vous bénéficierez des soins adaptés à votre cas… tout en sachant qu’il n’existe pas (encore) de médicament spécifique pour le coronavirus. Les deux médicaments dont on dispose aujourd’hui sont le Kaletra (un ancien médicament utilisé pour soigner le virus du sida) et la chloroquine (utilisée pour prévenir et traiter la malaria). Un troisième, le Remdesivir (un antiviral à large spectre utilisé pour l’ebola, la rougeole et le Mers) est actuellement testé en Chine mais, s’il s’avère efficace, devra être approuvé en Belgique avant de pouvoir être administré.

• Vous revenez d’une destination à risque mais ne présentez aucun symptôme.

« On ne fait rien dans ce cas. C’est un non-sens de tester des gens qui sont asymptomatiques parce que la période d’incubation (entre 2 et 14 jours) est telle qu’ils peuvent être testés négatifs à leur descente d’avion et positifs quelques jours après. Qui plus est, on ignore encore si les personnes asymptomatiques participent ou non à la chaîne de transmission », nous explique la Dre Michèle Gérard, infectiologue à l’Hôpital Saint-Pierre.

Infos officielles : www.info-coronavirus.be/fr/. Des questions ? : info-coronavirus@health.fgov.be ou tél. : 0800/14 68 9.

3.000 morts et une économie qui dérape

Avec huit contaminations avérées lundi midi, au moment de mettre cette édition sous presse, la Belgique est officiellement touchée par l’épidémie de coronavirus. Celle-ci n’en est visiblement qu’à ses débuts chez nous. L’épidémie s’est désormais propagée bien au-delà de la Chine, son foyer de départ (près de 80.000 contaminations et plus de 2.750 décès, en début de semaine). Elle est entrée désormais dans une « phase décisive », selon l’OMS, avec 3.000 décès recensés. Des mesures drastiques se multiplient dans le monde : l’Arabie saoudite, par exemple, a décidé de suspendre l’entrée des pèlerins vers La Mecque, la Suisse a interdit les rassemblements de plus de 1.000 personnes, le Japon a fermé ses écoles, la France empêche les réunions de plus de 5.000 personnes dans un endroit confiné, comme une salle de spectacle.

L’épidémie s’est répandue en une semaine dans plus de 50 pays, parfois très éloignés de la Chine. Corée du Sud, Iran et Italie étaient les plus touchés. La Corée du Sud a fait état la semaine dernière de plus de 500 contaminations. L’Iran a mentionné 245 malades (26 morts). En Europe, l’Italie a vu passer le nombre de cas à 1.700 (35 morts). En Italie, les foyers sont localisés en Lombardie et en Vénétie. La plupart des pays européens sont désormais touchés, y compris des voisins directs de la Belgique (France : 130 contaminations ; Allemagne : 129 ; Pays-Bas : 6 ; Luxembourg : 1). En Allemagne, un millier de personnes ont été placées en quarantaine à Heinsberg, dans l’ouest du pays. Toutes les écoles et administrations y ont été fermées. En Espagne, les 700 touristes (dont une centaine de Belges) d’un hôtel de Tenerife, le H10 Costa Adeja Palace, ont été placés à l’isolement en raison de la présence de plusieurs vacanciers testés positifs.

L’épidémie a des répercussions importantes sur l’économie mondiale, qui montre des signes de ralentissement. Les Bourses mondiales ont dévissé, traversant la pire semaine depuis la crise de 2008. Plus concrètement, l’épidémie entraîne des problèmes d’approvisionnement de produits (pièces électroniques notamment) venant de Chine, dérègle le fonctionnement de firmes ou contrarie fortement le tourisme. Ainsi, faute de passagers, Brussels Airlines a diminué de 30 % son offre de vols vers le nord de l’Italie.

 
Signé duBus
Signé Stéphane Bern