Sexe: dans quelle division jouez-vous?

Sexe: dans quelle division jouez-vous?
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L’amour serait-il comme le foot ? Aurions-nous des capacités érotiques qui nous font appartenir à la première division, celle de la Champions League, ou au contraire à la dernière et cinquième ? Ou une catégorie intermédiaire ?

À en croire le dr Iv Psalti, sexologue belge et auteur de l’ouvrage « La sexualité positive », chacun de nous a un degré de compétence sexuelle que l’on peut comparer avec le niveau sportif des joueurs de football. Et la comparaison entre sexe et foot, aussi amusante soit-elle, permet de comprendre que l’on peut s’entraîner et travailler sa compétence sexuelle pour passer d’une ligue à l’autre, passer de la troisième à la deuxième puis à la première ou que la même personne peut s’offrir tantôt une nuit torride, tantôt un « quicky », tantôt se masturber. Tout comme le joueur de foot peut se produire soit dans un match de haut niveau, soit lors d’une rencontre amicale, soit dans une salle de fitness pour améliorer sa condition.

Mais identifier la ligue dans laquelle on joue permet aussi de cerner les personnalités érotiques de chacun et de comprendre certaines situations problématiques dans la vie intime et surtout d’y remédier.

On ne joue pas tous dans la même ligue

C’est que tous nous aurions des compétences sexuelles différentes qui nous classent en Ligue 1 – la plus élevée –, 2, 3, 4 ou 5 – la plus basse, celles des asexuels.

La première catégorie, la Ligue 1, est celle des « sexophiles », des personnes qui aiment le sexe et le pratiquent sans a priori, ni tabou. Ces individus sont compétents au niveau sexuel, pouvant donner, recevoir et prendre du plaisir. Ils font l’amour dans le respect mutuel.

À l’opposé, la Ligue 5, est celle des asexuels. Elle rassemble les personnes qui n’ont aucune activité sexuelle et n’en désirent pas. Ces asexuels sont dits « primaires » quand ils le sont depuis toujours. Ils ne forment pas moins d’1 % de la population pour être ainsi pas moins de 70 millions dans le monde. Ils peuvent aussi être des asexuels secondaires, ayant abandonné toute activité sexuelle parce qu’ils n’en retiraient aucune satisfaction.

La Ligue 4 est formée par celle des « sexophobes », des hommes et des femmes pour qui le sexe est une perte de temps et d’énergie. Ces personnes font peu l’amour et ont pas mal de troubles sexuels. Quant aux personnes des Ligues 2 et 3 qui sont les « intermittents du sexe », Iv Psalti ne les décrit pas ; à chacun de préciser les comportements sexuels qui y sont liés.

Vous n’hésitez pas à catégoriser les comportements sexuels. N’est-ce pas une démarche réductrice ?

Je ne pense pas qu’elle soit réductrice car je catégorise les personnes sans les y enfermer. Avec le désir d’évoluer et de l’entraînement, on peut passer d’une catégorie à l’autre. On peut rester toute sa vie dans la quatrième Ligue mais on peut aussi en sortir. De plus, ces catégories sont intéressantes car savoir dans quelle ligue on joue, permet de savoir qui on est et de comprendre les éventuels problèmes de couple afin de les dépasser. Il faut se rendre compte que tout le monde ne joue pas dans la même division et ce positionnement a des conséquences dans sa vie amoureuse. Certains couples ressentent qu’ils sont mal assortis sexuellement et la raison est liée au fait qu’ils n’évoluent pas dans les mêmes ligues. À l’inverse, les couples pour lesquels cela marche bien au lit, sont ceux qui jouent dans la même division, s’entendent sur la fréquence des rapports comme sur les comportements et fantaisies.

Comment une personne peut-elle monter d’une catégorie pour rejoindre celle de son ou de sa partenaire ?

Pour monter de catégorie, il y a 3 conditions préalables essentielles. Il convient d’abord d’être curieux de savoir ce qu’on doit faire. Il faut ensuite être motivé car il faut travailler sa sexualité et enfin, il faut se dire que « le sexe est pour moi » et vouloir améliorer sa sexualité non pour faire plaisir à son partenaire mais pour soi. Quand ces trois conditions sont remplies, on travaille la compétence sexuelle. On améliore d’abord son image corporelle si elle pose problème. Il existe de nombreuses techniques pour cela. Ensuite on veille à érotiser son corps en apprenant à se masturber et à bien se masturber. Pour cela on se caresse avec les deux mains et en développant des fantasmes. Puis on érotise le corps de l’autre, trouve l’autre désirable, l’intègre dans son monde fantasmatique. On apprend ensuite le lâcher prise. Pour cela, il faut avoir confiance en l’autre et avoir la capacité d’offrir son corps l’autre. Il faut se dire : « mon corps m’appartient mais je le mets à la disposition du couple ». Enfin il faut introduire des jeux sexuels dans le couple.

Et cela marche ? Peut-on passer d’une division à l’autre ?

Il faut travailler bien sûr ! Seul et avec son conjoint. Si on a un partenaire qui est un « joueur talentueux « - je reprends l’image du football – on est poussé vers l’avant et on peut s’améliorer et passer d’une catégorie à l’autre. Mais on peut passer d’une ligue à l’autre en se faisant aider par un thérapeute. Mais attention, une sexothérapie ne fonctionne pas quand il y a trop de tensions dans un couple. Si c’est le cas, il faut commencer par une thérapie de couple au cours de laquelle on apprend à gérer ses conflits, on se prend dans les bras, se regarde dans les yeux.

Pour qu’un couple soit bien assorti, il faut qu’ils jouent dans la même catégorie sexuelle. L’un peut monter pour rejoindre l’autre. Mais l’un peut-il descendre pour rejoindre son partenaire moins compétent sexuellement ?

Le plus compétent peut descendre pour guider l’autre vers un mieux et pour aller à son rythme. Mais il ne peut rester définitivement dans une catégorie plus basse au risque de frustrations.

On peut rester toute sa vie dans la première catégorie ?

De manière générale, nous passons toute notre vie dans la même ligue même si certains passent d’une catégorie à l’autre. Mais ceux qui sont en première ligue ne peuvent y rester toute leur vie car ils peuvent connaître des problèmes de santé, psychologique ou physique. Ils peuvent devoir faire face à des problèmes financiers ou des deuils qui vont fragiliser momentanément leur sexualité.

La sexualité positive est parue aux éditions La Musardine, 192 p., 16 euros Vous pouvez également retrouver Dr Iv Psalti sur sa chaine YouTube et sa page Facebook.

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