Masturbation ou abstinence?

Combien de temps passons-nous à nous masturber ? Combien de minutes, combien d’heures, un homme - ou une femme, même si celle-ci a la (fausse) réputation de moins s’adonner à l’onanisme -, s’offre-t-il en plaisirs solitaires ? Si l’on croit certains qui se sont amusés à des calculs, un homme de 75 ans passerait 58.560 minutes, ou plus de 40 jours de sa vie, à se masturber.

Si le calcul est approximatif et fantaisiste, il semble en tout cas inférieur à celui qu’aurait passé Alexander Rhodes au soir de sa vie ! Ce jeune trentenaire américain confessa son addiction à la pornographie accompagnée de séances de branlette ; ado, il pouvait se masturber 14 fois par jour. Ce développeur Web se qualifiant lui-même de « looser » décida d’y mettre fin pour s’offrir du temps et des vraies relations humaines, amoureuses et sensuelles. Il semble y être parvenu puisque ravi de son abstinence, il ouvrit en 2011 le site NoFap pour aider ses congénères masculins à se libérer des films X et à abandonner les plaisirs solitaires.« J'étais accro à la pornographie sur Internet, le fait que j'étais si médiocre, me rend particulièrement qualifié pour aider l'humanité », a-t-il expliqué en 2016 dans une interview accordée au New York Times.

Tous les avantages de l’abstinence

Ainsi NoFap vante les mille et un avantages de l’abstinence masturbatoire : meilleures relations interpersonnelles, volonté plus forte, contrôle de sa sexualité, maîtrise de sa vie, hausse de la confiance en soi, augmentation du sentiment de bonheur, regain d'énergie, amélioration de la concentration, meilleur sommeil, augmentation de l'énergie, boom de la testostérone, voix plus grave....

On note que les avantages physiques de cette abstinence sont tous contestés par les scientifiques. Alexander Rhodes fait un bel amalgame entre addiction et masturbation. Si la masturbation compulsive peut engendrer des difficultés aussi bien sexuelles que relationnelles, l’onanisme en lui-même n’est pas problématique. Bien au contraire, il est un comportement naturel et un signe de santé sexuelle.

Mais à partir de quelle fréquence, la masturbation devient-elle problématique, demanderez-vous peut-être ? Pas de réponse simple en la matière. La masturbation est considérée comme anormale lorsqu'elle est mal vécue, provoque le mal-être et perturbe les relations sexuelles avec une tierce personne. Mais on le répète, elle n’est pas mauvaise. Bien au contraire. Elle permet de découvrir la sexualité, de connaître son corps, de maîtriser son excitation. Elle diminue encore le stress, prévient le cancer de la prostate, aide à l’endormissement, soutient le système immunitaire.

NoFap perpétue le tabou

En vantant les bienfaits de l’abstinence, NoFap serait ainsi la version 2.0 du tabou masturbatoire. Depuis des siècles, la pratique est accusée de tous les maux moraux et physiques. Aux yeux de l’Eglise, elle fut un péché et pour la médecine d’autrefois, elle engendrait surdité, folie, affaiblissement, diminution de la taille du pénis, ralentissement du développement...

Et n’allez pas croire que le phénomène NoFap est marginal car le site connaît un joli succès qui lui vaut d’avoir désormais un forum avec discussions, partages d’opinions et actions-défis proposées. La formule s’exporte aussi puisque certains pays ont désormais leur site national comme le Brésil, la Chine et même l’Allemagne.

Des hommes conservateurs et religieux

Mais si Alexander Rhodes se défend de toute préoccupation morale, il semble que ce ne soit pas le cas de ceux qui sont tentés par le no fap, fap, fap (le nom du site évoquant le bruit d’une masturbation). Intéressés par l’abstinence masturbatoire vantée par NoFap, deux chercheurs de l’Université Johannes Gutenberg de Mainz en Allemagne, Roland Imhoff et Félix Zimmer, ont voulu connaître le profil des personnes qui aujourd’hui veulent de se priver de ce plaisir solitaire.

Et les résultats de leur étude publiée en mai 2020 dans les Archives of Sexual Behavior (1) sont sans surprise mais intéressants. Menée auprès de 1063 hommes adultes, elle a conclu que plus les participants ont du mal avec la pratique, plus ils ont des opinions politiques conservatrices. Plus ils se méfient de la science. Plus ils sont religieux. Plus ils pensent la pratique malsaine et contraire à la productivité. Plus ils sont persuadés de ses conséquence négatives sur les relations amoureuses. Ce sont bien les croyances qui poussent à ce type d’attitude et non des déséquilibres psychologiques ou des problèmes sexuels. Pas d’hypersexualité ou de problème érectile comme moteurs à cette démarche

Osez la masturbation

Plutôt que de consulter le site NoFad, on préfère dèslors vous conseiller d’« Osez la masturbation masculine » (2). Le petit livre déboute bien des fausses croyances sur cette pratique et donne mille et un conseils pour bien la vivre. Il parle encore des zones érogènes, de fantasmes et propose des variantes : le pilier, le polissage, le flottement, le douillet, le massage, le V et autres joyeusetés. Il parle aussi de la masturbation tantrique qui nous vient de la philosophie indienne et propose de vivre ce plaisir solitaire en harmonie avec le cosmos.... À vous de choisir !

(1) «Abstinence from Masturbation and Hypersexuality». Article de Felix Zimmer et Roland Imhoff. Publié en mai 2020 dans Archives of Sexual behavior

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2) Osez la masturbation masculine, éd. La Musardine, 180 p., 8 euros.

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