La rivalité amoureuse change-t-elle la sexualité?

La rivalité amoureuse change-t-elle la sexualité?
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Baisers et caresses rapides, fellation et cunnilingus, pénétration dans la position favorite et dodo. Au fil du temps, les nuits ont tendance à se ressembler et les rituels sexuels à se répéter. On sait ce que l’autre aime et n’aime pas, comment la.e faire jouir. Et à force de répéter les mêmes jeux érotiques, le désir diminue. Pas forcément le plaisir. Mais la reproduction du même n’est pas le seul élément qui fragilise la libido. Ils sont malheureusement pléthore et parmi ces nombreuses causes, il y a la confiance qu’on a en l’autre. La force de l’amour et la belle sérénité qu’elle apporte ne nous poussent guère à nous dépasser érotiquement, à surprendre, imaginer, jouer, parler, caresser, se pénétrer, lécher, aspirer, mordiller, faire plaisir, se faire plaisir, gémir, faire jouir, orgasmer, s’embrasser et tout recommencer autrement, en variant légèrement.

Et qu’en est-il des amours des hommes et des femmes qui savent que leur partenaire connaît d’autres corps ? Les comportements sexuels des personnes dites « infidèles » ou « libérées » ou polyamoureuses » – chacun.e choisit son terme – sont-ils différents de ceux des individus qui restent exclusivement attachés à leur partenaire ?

Une nouvelle étude américaine (1) publiée en 2019 nous donnera des éléments de réponse. Rebecca Burch de l’Université d’État de New York et Gordon Gallup de l’Université d’Albany ont voulu savoir en quoi la connaissance du statut relationnel du partenaire de jeu affectait le comportement sexuel. Les deux psys américains ont ainsi lancé un questionnaire anonyme en ligne auquel ont répondu quelque 643 étudiants en couple de l’Université d’État de New York. Les jeunes participants ont accepté de dire quelles étaient leurs orientations sexuelles et leurs vies érotiques, précisant leurs comportements sexuels, aventures passées et présentes ainsi que leurs infidélités.

27,4 % infidèles

Les deux chercheurs ont alors constaté que 27,4 % des participant.e.s ont dit avoir trompé leur partenaire, et 34,3 % de ces participant.e.s ont déclaré que la personne avec laquelle ils avaient trompé, était dans le même vécu d’infidélité ; elle aussi donnait un coup de canif dans la relation amoureuse.

Mais les psys américains ne sont pas contentés d’enregistrer les comportements sexuels ; ils ont également demandé à ces jeunes étudiants de premier cycle universitaire de confier leurs ressentis et de commenter leurs jouissances. Hommes comme femmes, les deux sexes se sont dits plus satisfaits de ces relations ! Burch et Gallup ont voulu savoir le pourquoi du comment de cette satisfaction, interrogeant les participants sur la durée du rapport et la qualité des orgasmes. Sont-ils plus fréquents, plus longs, plus intenses ?

Des hommes en compétition

Au contraire des femmes, les hommes ont confié avoir changé leurs comportements sexuels quand ils savaient qu’ils avaient un rival. Ils ont fait plus d’effort pour satisfaire leur partenaire et cerise sur le gâteau, ils ont dit avoir des orgasmes plus faciles, plus intenses, plus longs !

Pourquoi ? Si l’on en croit Gordon Gallup qui s’est exprimé sur le site de PsyPost « ces hommes s’engagent involontairement dans des poussées pelviennes plus profondes et plus vigoureuses et éprouvent des orgasmes plus intenses » quand ils savent que l’autre femme est également dans une relation sexuelle engagée. Inconsciemment, ils cherchent à évacuer le sperme du mâle rival. Toujours selon Gallup, « les changements du comportement sexuel masculin sont censés représenter un ensemble de stratégies évolutives qui fonctionnent pour diminuer la concurrence des spermatozoïdes rivaux et ainsi augmenter la probabilité de conception par le mâle rival. »

Et on ne s’étonnera pas de ce commentaire ; Gordon Gallup est en effet ce psychologue qui quelques années plus tôt, en 2003, a reproduit en laboratoire un coït avec pénis et vagin artificiels ainsi que sirop de maïs en guise de sperme. Il a alors constaté, comme nous en parlions il y a quelques jours dans l’article « Pourquoi le sexe masculin ressemble-t-il à un champignon ? » que le pénis humain avec ce gland protubérant était un excellent « dispositif de déplacement de sperme ». Sa forme couplée aux mouvements de va-et-vient plus au moins profonds et appuyés de l’homme, permet d’évacuer le sperme laissé par d’autres partenaires dans l’appareil reproducteur féminin.

Sans doute mais sans devoir faire référence à ces arguments « spermatiques », tous, les hommes comme les femmes, quand nous savons que nous sommes en concurrence, nous avons envie de donner le meilleur de nous-mêmes, de paraître plus séduisant.e.s, plus sexys, plus drôles, plus intelligent.e.s, plus léger.ère.s. Et si les femmes ne semblent pas concernées par cette concurrence dans l’étude de Burch et Gallup, on sait par d’autres travaux qu’elles n’échappent pas à ces jeux de rivalité. La sociologue Marie Duru-Bellat explique (2) que les jeunes filles scolarisées dans un contexte mixte se présentent de façon beaucoup plus féminine quand elles sont dans une classe mixte plutôt que non mixte…

(1)The Other Man : Knowledge of Sexual Rivals and Changes in Sexual Behavior. Article de Rebecca L. Burch et Gordon G. Gallup Jr. Publié en avril 2019 dans Evolutionary Behavioral Sciences. (2)Toutes le même corps, toutes la même identité ? Article de Marie Duru-Bellat, dans « Féminin-Masculin », édition Sciences Humaines, 2019.

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