Décès de John Lewis, icône de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis

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Cette icône de la lutte des Afro-Américains a mené toute sa vie une bataille acharnée contre la discrimination et l’injustice raciale, se faisant rouer de coups par la police et arrêter à de multiples reprises lors de protestations contre des génocides ou les lois sur l’immigration. « Aujourd’hui, l’Amérique déplore la disparition d’un des plus grands héros de l’histoire américaine  », a écrit la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, dans un communiqué.

Mme Pelosi a décrit Lewis, démocrate comme elle et qui souffrait d’un cancer du pancréas, comme « un titan du mouvement des droits civiques dont la bonté, la foi et la bravoure ont transformé notre nation ». Considéré comme une des voix les plus respectées du pays pour la justice et l’égalité, il a affronté à plusieurs reprises le président Donald Trump, boycottant son investiture et citant l’ingérence de la Russie dans les élections de 2016 pour remettre en question sa légitimité.

Et malgré son cancer, il avait fait son retour à Washington en juin en pleine tourmente née de la mort de George Floyd aux mains de la police à Minneapolis, pour participer à la mobilisation du mouvement Black Lives Matter contre les discriminations raciales. « Les vents soufflent, le grand changement arrive  », avait déclaré Lewis quelques jours plus tôt durant une discussion de parlementaires sur le racisme.

Militant de la première heure

Fils de métayers, ce militant indomptable est devenu à 21 ans un des plus jeunes Freedom Riders (voyageurs de la liberté) qui ont combattu la ségrégation dans le système de transport américain au début des années 1960. Il était le plus jeune meneur de la marche sur Washington en 1963, au cours de laquelle John Luther King a prononcé son fameux discours, « I have a dream ».

Deux ans plus tard, John Lewis a failli succomber sous les coups de la police en 1965 sur le pont Edmund Pettus, à Selma, en Alabama, où il menait une marche de plusieurs centaines de militants pacifiques contre la discrimination raciale. Il avait eu le crâne fracturé. En 2015, pour célébrer le cinquantenaire de ce « Dimanche sanglant », il avait repassé le pont, main dans la main avec Barack Obama, premier président noir de l’histoire des États-Unis.

Barack Obama avait décerné à ce militant historique la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile américaine lors d’une cérémonie à la Maison Blanche en 2011. « Peu d’entre nous vivent pour voir notre propre legs se développer d’une manière aussi remarquable et significative. John Lewis l’a fait  », a tweeté Barack Obama tôt samedi, soulignant que l’ancien militant « aimait tant son pays qu’il a risqué sa vie pour lui  ».

« La conscience du Congrès »

John Lewis est né à Troy, dans l’Alabama, le 21 février 1940, troisième enfant d’une fratrie de dix. Elevé dans une communauté presque entièrement noire, il a rapidement pris conscience de la ségrégation dans cet Etat du sud des États-Unis. Il a commencé par organiser des sit-ins aux comptoirs des restaurants imposant la ségrégation raciale, et a été arrêté à une vingtaine de reprises lors des protestations non-violentes, avant de fonder et plus tard diriger le Comité de coordination étudiant pour la non-violence.

Parlementaire depuis 1986, il incarnait « la conscience du Congrès », selon l’expression de Nancy Pelosi. Il avait cependant abandonné ses fonctions au Congrès au cours des derniers mois pour suivre un traitement contre le cancer. Les hommages sont également venus du camp républicain, avec notamment Mitch McConnell, président du Sénat, qui a loué ce « pionnier des droits civiques qui n’a pas hésité à mettre sa vie en jeu pour combattre le racisme, promouvoir l’égalité des droits et placer notre nation en accord avec ses principes fondateurs  ».

Une autre figure iconique de la lutte pour les droits civils est décédée vendredi aux États-Unis : le révérend CT Vivian, qui a mené des sit-in contre la ségrégation dans les années 1940 et a été un conseiller de la première heure de Martin Luther King, s’est éteint à 95 ans. Bernice King, la plus jeune fille de Martin Luther King, a tweeté des photos des deux hommes samedi, avec la mention : « des aînés, et maintenant des ancêtres. Alléluia  ».

 
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