Développez votre érotisme!

Souvent le temps éloigne les amant.e.s. Les années et puis aussi la vie au quotidien, le sempiternel métro-boulot-dodo, le stress engendré par la course folle, les enfants, beaux-enfants, parents, beaux-parents, les emplettes, les tâches ménagères, les disputes, la fatigue fragilisent tant de couples. On croit que l’amour s’en est allé car les corps ne s’enflamment plus spontanément de désirs. Mais c’est oublier combien le poids de l’habitude fragilise et appauvrit la vie intime.

« Beaucoup de couples sont en difficulté par rapport à leur vie intime. Ils perdent le désir et se sentent coupables ; ils pensent que l’amour a disparu et envisagent de se séparer sans vraiment le vouloir », nous dit Capucine Moreau. « Mais ça a rarement à voir avec l’amour, au contraire. Ils ignorent qu’en fait il faut nourrir son espace érotique comme on nourrit les autres espaces du couple et de la famille. L’intimité perd de sa spontanéité par la force des choses ; elle doit dès lors être entretenue ».

Dans son ouvrage « La créativité érotique », la sexologue française nous explique que la vie sexuelle de couple se heurte au mythe du désir naturel et spontané durable comme au manque d’apprentissage et de connaissance de soi. La jeune femme qui a créé L’école de Capucine nous propose dès lors des pistes concrètes pour développer ses capacités érotiques en solo d’abord et entre partenaires ensuite. Elle nous apprend à écouter notre corps, et développer sa sensualité pour se connaître et mieux aller vers l’autre, se donner rendez-vous et casser la routine.

Capucine Moreau, vous proposez aux couples de nourrir leur espace érotique par de nombreux exercices, que vous nommez « exploration ». Nous n’allons pas tous les présenter mais nous focaliser sur quelques-uns qui ont ceci de particulier de devoir être faits en solo. Cela peut surprendre certaines personnes mais vous nous rappelez que le désir appartient d’abord à chacun et chacune. « Le désir part de soi et tourne en soi », écrivez-vous et il ne faut pas toujours attendre l’excitation de l’autre et son impact.

« Absolument, il ne faut pas tout attendre de l’autre et croire que c’est le ou la partenaire qui éveille le désir et offre le plaisir. Il vaut mieux commencer par développer son état érotique et son autoérotisme. Il faut se réapproprier sa puissance érotique en dehors du désir suscité par l’autre. Cela commence par un moment de réflexion !

On peut en effet s’interroger sur la place qu’a le plaisir dans sa vie et prendre le temps de se demander ce qui nous fait plaisir, quelle place on accorde aux plaisirs pas seulement érotiques, ce qui peut-être nous en empêche. On peut s’interroger sur le rapport qu’on a avec son corps, avec son image, les croyances que cela a engendré. On peut aussi se demander si le désir surgit pendant la journée, qu’est ce qui le facilite, ce que procure le surgissement de ce désir, comment on peut en profiter. Ou si au contraire c’est à nous de le susciter. »

Ces introspections qui interrogent la place du plaisir comme le rapport aux corps ou le surgissement du désir ne sont que des moments. L’essentiel est ailleurs dans l’exploration corporelle. Quels exercices à faire en solo présenteriez-vous ici ?

« Je conseillerais de toujours commencer sa journée en prenant quelques minutes pour soi. On avance son réveil et on se consacre ce petit temps. On choisit une position confortable et on se concentre sur ses sensations et émotions. En même temps, on observe sa respiration. Ensuite on se rappelle les moments de plaisir que l’on a vécus la veille et on en profite. Après avoir songé aux bons moments passés, on se focalise sur la journée qui vient avec les sensations positives vécues la veille. Vous pouvez ensuite écrire vos ressentis, ce qui vous est venu. Cet exercice paraît anodin mais cela vaut le coup de l’essayer car il permet de se retrouver régulièrement et de rester ainsi en lien avec soi-même. »

La psychologie positive donne des conseils semblables : se souvenir chaque soir de trois faits positifs vécus pendant la journée pour voir les bons côtés de la vie ! Mais à un niveau plus physique, plus sexo, quel conseil choisissez-vous de nous donner ici ?

« Je vous proposerais un exercice qui vous met en contact avec votre sexe, tout simplement, sans rien en attendre de spécial pour une fois ! On s’installe confortablement sur une chaise ou par terre et on se focalise sur sa respiration qu’on cherche à placer dans le ventre. On allonge ses temps d’inspiration et d’expiration en amenant le souffle dans le bassin. Imaginez que votre souffle inonde votre sexe partie par partie. L’air investit – si vous êtes une femme – votre vulve, vos lèvres, votre clitoris, votre vagin, votre utérus… comme votre pénis, votre gland, votre frein, vos testicules…- si vous êtes un homme —. Votre souffle irradie dans votre sexe. Laissez surgir les couleurs, matières, sensations et émotions. Vous vous sentirez peut-être en paix ou peut-être sentirez-vous des frissons, pétillements. Peut-être serez-vous à l’aise ou mal à l’aise. Acceptez ce qui vient tout en restant concentré sur la respiration. Vous pouvez ensuite écrire quelques mots. Là aussi, c’est un exercice puissant de connexion à soi. »

Cet autoérotisme est très méditatif. Pas de masturbation pour retrouver ce désir ?

« Si, bien sûr. Un dernier exercice : partez à la découverte de vous-même comme si vous ne vous ne vous connaissiez pas. Oubliez les gestes mécaniques de jouissance en solitaire. Attention, d’abord trouvez un moment et un espace à vous où personne ne vient vous déranger. Vous commencez alors à vous caresser et pas seulement le sexe mais tout le corps, votre visage comme vos membres, ventre, fesses, sexe. Caressez-vous comme vous aimeriez qu’on vous caresse et faites progressivement monter le désir mais lentement, progressivement. Sans images, pour une fois ! En même temps vous faites attention à vos émotions et vos pensées. Vous faites des allers-retours entre vos sensations et vos pensées. Ces exercices permettent de se reconnecter paisiblement avec tout votre corps ! C’est une approche globale du corps que je propose et pas seulement un focus sur le génital. »

Votre approche se veut d’ailleurs érotique plus que sexuelle !

« Pour moi, l’intimité est trop souvent réduite au coït mais le sexe, c’est bien plus que la pénétration ou la reproduction. C’est pour cela que j’emploie le terme d’érotisme qui est pour moi plus englobant. »

L

a créativité érotique dans le couple est paru aux éditions La Musardine, 210 p., 17 euros

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