La Belgique va-t-elle bientôt reconnaître le métier de sexologue?

La Belgique va-t-elle bientôt reconnaître le métier de sexologue?

Cela fait plus de deux décennies que les sexologues belges cherchent à faire reconnaître leur métier ! Vingt ans déjà que les associations qui les représentent, la Société des Sexologues Universitaires de Belgique (SSUB) du côté francophone et la Vlaamse Vereniging voor Seksuologie (VVS) du côté néerlandophone, frappent à la porte des bureaux des ministres fédéraux de la Santé publique successifs pour réclamer une reconnaissance officielle du statut de sexologue clinicien.

Maggie De Block les a autrefois écoutés et s’est montrée sensible à leurs arguments sans que rien pourtant n’aboutisse. Aujourd’hui le cabinet de Frank Vandenbroucke vient de recevoir les président.e.s des deux associations, Julien Lagneaux pour la SSUB et Ruth Borms pour le VVS. Les représentants du ministre fédéral se sont également dits concernés par la problématique. Le ministère de la Santé publique semble vouloir faire bouger les choses, suivant en cela les recommandations du Conseil supérieur de la Santé de décembre 2016 qui dans un épais rapport de près de 50 pages conclut à la nécessité d’un encadrement légal de la pratique de la sexologie clinique « afin de permettre à chacun de trouver une offre de soins de qualité en santé sexuelle ».

« Nous avons été reçus au cabinet du Ministre de la Santé publique et écoutés. Il s’est montré intéressé par notre demande d’une reconnaissance légale des sexologues cliniciens. Celle-ci est une nécessité pour que les personnes souffrant de problèmes sexuels bénéficient de soins sûrs et qualitatifs. À l’heure actuelle, elles n’ont pas toujours accès à de tels soins, étant donné que les canaux fiables ne sont pas clairement délimités », explique Julien Lagneaux, président de la SSUB.

De nombreuses personnes en souffrance dans leur vie intime

Aujourd’hui, sans cette reconnaissance légale du métier de sexologue clinicien, n’importe quel quidam non formé peut se déclarer sexologue et conseiller les personnes en souffrance dans leur vie intime. Et dieu sait si celles-ci sont nombreuses. Pour ne citer qu’une étude – celle de Sexpert réalisée auprès de 1832 Flamands et publiée en 2014 – pas moins de 43 % des femmes sexuellement actives et 35 % des hommes sexuellement actifs connaissent au moins un trouble des fonctions sexuelles : les plus fréquents chez les femmes étant l’absence ou l’apparition tardive de l’orgasme (17 %), le manque d’envie « spontanée » de rapports (16 %), et une lubrification vaginale insuffisante (13 %). Chez les hommes, les troubles les plus courants sont un désir excessif (13 %), l’éjaculation précoce (9 %) et les troubles de l’érection (8 %).

De plus aujourd’hui, en ces temps de pandémie, les personnes en mal-être sont plus nombreuses encore. La COVID fragilise les célibataires comme les couples – les violences conjugales ayant augmenté –, les individus plus vulnérables et les jeunes. La pandémie menace la santé de chacun.e, et pas seulement physique mais aussi psychologique, sociale et sexuelle ! On oublie trop souvent cette dimension intime qui participe pourtant pleinement au bien-être, nouant des liens multiples et complexes tant avec les dimensions biologiques que psychiques, culturelles, éducationnelles de l’individu. Ce n’est pas pour rien que l’Organisation mondiale de la Santé déclarait en 2006 que « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité. Elle ne consiste pas uniquement en l’absence de maladie, de dysfonction ou d’infirmité. Elle requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir et sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence. Afin d’atteindre et de maintenir la santé sexuelle, les droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et assurés. »

Une formation universitaire indispensable

La Belgique aura-telle enfin de sexologues cliniciens à part entière et non pas des professionnels de la santé voyant la sexualité comme une de leurs multiples préoccupations ?

« Le cabinet de Frank Vandenbouck nous a demandé d’objectiver la situation et de préciser le nombre de praticiens actuels et les formations proposées. Il en existe aujourd’hui plusieurs dispensées au sein de différentes universités belges. Pour que la sexologie clinique devienne un métier à part entière et non une spécialisation d’un autre métier, il faudra définir certains critères qui permettront de professionnaliser notre profession, cela impliquera forcément une formation universitaire en sexologie (master ou certificat) ainsi que des heures de stage, une pratique clinique régulière, et enfin une formation continue sous forme d’un nombre d’heures minimal annuel de supervisions/intervisions ou de participation à des formations ou colloques par exemple », précise Julien Lagneaux.

Notre pays s’achemine-t-il vers une vraie reconnaissance du titre de sexologue clinicien obtenu après un parcours de formation spécifique ? La sexualité participe pleinement à notre bien-être et notre bonheur. Il conviendrait que les problèmes sexuels soient traités au mieux et que chaque personne en souffrance puisse bénéficier de professionnels compétents !

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