Guerre de spermes

Guerre de spermes

Jusqu’à 300 millions de spermatozoïdes! Pourquoi diable à chaque éjaculation, l’homme peut-il répandre autant de spermatozoïdes ? De quoi permettre de combler bien des femmes de la planète... Ce nombre impressionnant est un maximum – on le reconnait - et un summum de plus en plus rare en Occident puisque depuis une cinquantaine d’années, les 3-4 millilitres d’éjaculat des mâles occidentaux ne contiennent plus qu’environ 90 millions de spermatozoïdes.

Avant de tenter de comprendre pourquoi ces hordes de petits spermatozoïdes partent à l’assaut d’un ovule, il faut d’abord savoir que tous ne se valent pas. Pas moins de la moitié présente des défauts morphologiques, ont des têtes de forme atypique quand ils n’en ont pas deux. Leur queue aussi peut ne pas être conforme, être courte, courbe, enroulée et même double. Ces cellules reproductrices peuvent aussi se déplacer avec quelques difficultés. Seulement un quart des spermatozoïdes bougent d’ailleurs avec suffisamment d’énergie pour passer le col de l’utérus, traverser la glaire cervicale, arriver dans la cavité utérine et parvenir jusqu’à la trompe où se trouve l’ovule fécondable. Encore faut-il qu’ils ne se soient pas allés vers l’autre trompe.... Ce que font la moitié d’entre eux. Et ce parcours du combattant ne demande pas seulement de la vitalité mais prend aussi un certain temps puisque les spermatozoïdes se déplacent à la vitesse moyenne d’un millimètre et demi par minute.

S’ils ne sont pas tous vaillants et performants, ils sont encore quelques milliers à pouvoir féconder l’ovule. Pourquoi un tel nombre quand on sait qu’un seul y parviendra ?

Des spermatozoïdes kamikazes

À la fin des années 80, en 1989 très exactement, le biologiste Robin Baker de l’Université de Manchester associé à Mark Bellis du centre Public Health Wales de Wrexham publièrent un article « Nombre de spermatozoïdes dans l’éjaculat humain variant suivant la théorie de la concurrence du sperme » (1) et avancèrent que les spermatozoïdes sont si nombreux car ils ont des profils et des missions différentes. Il y a d’abord les « fécondants », performants et sans défaut qui sont chargés d’arriver jusqu’à l’ovule et de le fertiliser. Ils ne forment qu’1 petit pourcent de l’ensemble des forces spermatiques. Il y a ensuite les « kamikazes » qui montent la garde et sont prêts à se sacrifier en attaquant les spermatozoïdes d’un mâle concurrent et enfin il y a les « bloqueurs » qui sont chargés de faire barrage aux spermatozoïdes d’un mâle concurrent. Ce qu’ils font en nouant leurs queues ensemble.

La thèse surprit le monde scientifique et ne fut guère partagée. Mais elle suscita un engouement dans le grand public quand en 1997, Joseph Baker publia « Guerre du sexe », un ouvrage dans lequel il expliquait les différents profils des spermatozoïdes comme bien d’autres comportements sexuels. C’est que la thèse de Baker et Bellis est une tentative de réponse à la question du nombre si élevé de spermatozoïdes présents dans chaque éjaculat.

Concurrence intra-utérine entre mâles

Sans doute la justification est-elle à rechercher dans nos origines. Sans doute faut-il remonter à ces temps très lointains où les femelles avaient des relations sexuelles avec plusieurs mâles. La quantité élevée de spermatozoïdes produits par le mâle augmentait alors ses chances de fertiliser l’ovule et de transmettre son patrimoine génétique en éliminant celui de ses concurrents car plus le sperme est abondant et riche en spermatozoïdes, plus il tend à diluer celui des autres mâles déjà présents, augmentant les chances de fertiliser la femelle. C’est ce que les scientifiques appellent la « concurrence spermatique » et qui a été mise en évidence en 1965 par Geoffrey Parker qui étudiait les insectes. Cette compétition a été reconnue comme une force importante de l’évolution pour bien d’autres animaux, rats chats, singes. L’est-elle pour l’homme ?

La question reste ouverte mais ces millions de spermatozoïdes pourraient bien attester que la concurrence ne se joue pas seulement entre mâles pour séduire la belle mais également entre spermes dans le corps de la femme.

(1)Number of sperm in human ejaculates varies in accordance with sperm competition theory, article paru dans « Animal Behaviour » en mai 1989.

 
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Signé Stéphane Bern