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Marc Ysaye arrive dans «Soir mag»

Il connaît le rock comme personne. Il va en parler chaque semaine dans « Soir mag » et sur « Bel RTL ». Un nouveau challenge après « Classic 21 ».

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Entretien - Journaliste Temps de lecture: 6 min

Le 18 décembre, il animait son dernier numéro des « Classiques » sur sa radio fétiche. « J’ai reçu des centaines de likes et de messages de remerciements prouvant l’attachement du public à ce rendez-vous, ça m’a profondément touché », confie l’ex-boss de « Classic 21 » pas tout à fait parti il y a trois ans puisqu’il apparaissait encore le dimanche à l’antenne. Une page se tourne pour cet « enfant du rock » aux connaissances encyclopédiques, qui fêtera ses 69 ans ce 3 janvier. Il ne s’arrête pas pour autant : il tiendra une chronique dans « Soir mag » où il racontera l’histoire d’un tube rock comme il en a le secret, et deviendra surtout le nouveau Monsieur Rock de « Bel RTL ».

L’histoire du rock fourmille de détails, de tubes, d’anecdotes : c’est ce que vous allez nous raconter dans « Soir mag », pas seulement paroles et musique mais également le contexte social ?

L’histoire de tous ces tubes est écrite mais parfois mal connue. Je m’attache à la raconter avec le plus d’exactitude et d’objectivité possible. Je m’intéresse presque plus au contexte socio-économique de l’époque qui prévaut au moment où naît tel ou tel tube. Le rock ne monte pas en puissance par hasard. Toutes ces chansons n’arrivent pas du ciel. Une période en particulier m’interpelle, celle de la contre-culture américaine de 1963 à 1969 avec tous les changements sociétaux qui vont aboutir à Mai 68 en Europe et au festival de Woodstock aux États-Unis. C’est toute une jeunesse qui se manifeste et ce mouvement-là m’a toujours fasciné. Elle prend le pouvoir et on la prend en considération. Cela fait 55, 60 ans que j’écoute du rock et que je le regarde de près. Il n’y a rien à faire, toutes les révolutions dans le monde sont portées par la jeunesse, qu’elles soient politiques, sociales ou culturelles. Les autorités ont beau se battre contre cet état de fait, cela ne sert à rien car la jeunesse finit toujours par obtenir gain de cause et par prendre sa juste place. Je suis quelqu’un qui a toujours été ouvert à tous les courants musicaux, mais je crois aussi que le rock a été un courant fondateur, une lame de fond inédite. Le rock, c’est la prise de pouvoir par la jeunesse.

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Naissance de Marc Ysaye en 1954 en même temps que le rock : il a marqué votre personnalité ?

Complètement. Je découvre le rock à 12, 13 ans grâce à un gars formidable d’« Europe Nº1 », que les anciens connaissent sans doute encore, à savoir Michel Lancelot. Il animait une émission qui s’appelait « Campus », absolument fabuleuse. Cet homme a été très important pour moi parce qu’il m’a fait découvrir la musique et la manière de brosser une histoire. Il m’a ouvert aux plus grands artistes rock, à commencer par Bob Dylan. J’étais à l’internat. Je l’écoutais dans mon lit sur mon petit transistor à piles Philips. Je me suis alors dit : « Un jour, je ferai soit de la radio, soit de la musique. » Et j’ai fini par faire les deux ! J’ai commencé avec Machiavel comme batteur en 1975 puis j’ai suivi en entrant à « Radio 21 » en 1982. On dit toujours qu’un livre, un disque ou un film peuvent décider de votre destin ou changer une vie, eh bien pour moi, ce fut Woodstock. Cet événement m’a littéralement fondé.

Le dernier grand coup de pied dans la fourmilière, ce fut Nirvana, il y a plus de trente ans.

Quelle est votre période rock préférée ?

Je distingue trois périodes précises : 1954-1958 avec Chuck Berry, Elvis Presley, Little Richard, puis le milieu des années 60 avec la grande domination des Beatles/Stones jusqu’à, disons, 1975, et enfin la troisième dans les années 90 avec toute la vague grunge : Nirvana, Pearl Jam, qui m’ont enchanté. Depuis lors, je n’ai plus observé de véritable renouveau dans le rock. Le dernier grand coup de pied dans la fourmilière, ce fut Nirvana, il y a plus de trente ans. Je ne perçois plus cet engouement mondial, comme on en a connu dans les années 60 avec l’arrivée du rock qui balayait tout sur son passage.

Le rock était porteur de liberté, c’est pour cette raison que le pouvoir s’en méfiait ?

Ceux qui le trouvaient moche ou dangereux étaient de fameux abrutis. Comme tous ces mecs qui brûlaient les disques d’Elvis Presley sur la place du village parce que c’était le Diable. Le rock, effectivement, fut à un moment donné jugé subversif et dangereux dans les années 60. Il effrayait les milieux de droite, conservateurs, aux States. On avait peur du rock, de ses provocations. Dylan distillait des messages incroyablement forts. On avait peur de tous les groupes de la West Coast, de tous les bands psychédéliques. Mais de là à les interdire, comme l’ont fait certains pays très fermés, c’était fou. Ce n’était pas le cas dans les démocraties occidentales, mais je rappelle que les Stones étaient bannis en Espagne sous Franco jusqu’en 1975. C’est hallucinant.

Quel est le volume de votre discothèque, à vous l’enfant du vinyle ?

Je n’en ai pas tellement, 300 ou 400. Je les achetais avec mes sous, gamin. En radio, j’ai reçu des milliers de CD. Il ne me reste plus assez de jours à vivre pour tout réécouter. De temps en temps, je revérifie une info sur les pochettes. Elles étaient d’un apport précieux, bien avant les facilités actuelles d’internet.

« The rock must go on », mais comment ?

Soyons réalistes : le rock ces dernières années au niveau ventes est supplanté par le hip-hop. Je ne suis pas très fan, mais la jeunesse décide. Tous les festivals belges, Dour, Werchter, les Ardentes, qui passaient des groupes de rock il y a dix ans, diffusent de la musique urbaine. On ne va pas nier le million de gens de Tomorrowland, techno, rap, etc., plus « tendance ». J’écoute Orelsan en boucle mais en ce qui me concerne, je vote Beatles, Stones, Led Zeppelin et Pink Floyd.

Vous dites au revoir à la RTBF mais pas à votre passion, vous voulez écrire une nouvelle page avec « Bel RTL » ?

Je compte quarante ans dans le service public. Je suis extrêmement heureux d’avoir pu vivre toute cette aventure à la RTBF. Elle m’a fait confiance pour créer l’émission que je voulais faire, « Les Classiques », puis de lancer une radio que j’ai dirigée durant vingt ans. C’est exceptionnel. Je lui suis infiniment reconnaissant. On n’est pas fâché mais je suis un homme de challenge, à la recherche de nouvelles expériences. En voilà un qui s’ouvre et qui me tente, alors pourquoi pas ? J’avais annoncé dès le mois de juin que je ne désirais plus continuer. Sur ces entrefaites, j’ai reçu pas mal de propositions extérieures ; j’en avais déjà eu mais j’avais toujours refusé. Quarante ans, c’est le bon moment pour rebondir.

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