Au tribunal pour harcèlement sexuel, Jean-Marc Morandini ne reconnait pas ses torts
Ce mardi et ce mercredi, Jean-Marc Morandini est au tribunal pour harcèlement sexuel et travail dissimulé.

Ce mardi 13 juin, l’animateur Jean-Marc Morandini a répondu pendant plus de trois heures aux questions de la cour de Paris. Accusé de « harcèlement sexuel » envers un jeune comédien et de « travail dissimulé » de cinq autres personnes de sa société de production, l’homme de 57 ans nie la gravité des faits.
Il est reproché à l’animateur de CNEWS d’avoir encouragé un jeune comédien, Gabriel P., à se dénuder devant la caméra et de lui avoir envoyé des photos et vidéos en plein acte sexuel. Lors du casting de la web-série « Les Faucons », qui s’est déroulée entre juin et septembre 2015, Jean-Marc Morandini se faisait passer pour une directrice de casting nommée « Catherine Leclerc ».
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Connaître ses limites
Le jeune comédien a donc reçu des mails de cette « Catherine », lui demandant des essais vidéos habillés avant de réclamer des scènes où il doit apparaître nu, en érection et jusqu’à l’éjaculation. La présidente de l’audience lui demande : « Neuf jours pour avoir cette vidéo. Pourquoi insister ? » À la barre, l’animateur répond : « Vous voyez qu’il n’y a pas d’insistance. C’est lui qui fixait les limites de ce qu’il avait envie de faire. » Pour lui, ce sont des questions qui lui permettent de savoir « ce qu’il a envie de faire ».
Il se justifie : « À chaque fois, on lui demande son avis, on fait attention à lui, on le protège. » Pour lui, il n’y a « jamais eu de gestes ou de propos déplacés ». Dans un mail envoyé par « Catherine » en août 2015, il demande : « Vous sentez-vous de faire une fellation à Jean-Marc Morandini qui n’est pas n’importe qui ? » La présidente revient sur cette demande. L’accusé explique : « C’était pour savoir ce qu’il se sentait de faire, savoir quelles étaient ses limites. » Il indique que cette scène était virtuelle et qu’il n’aura pas demandé de la faire. Il a posé la question « pour le faire progresser ». L’assesseur s’agace : « J’ai quand même du mal à comprendre comment faire une fellation à quelqu’un qu’on connaît à peine va améliorer son jeu d’acteur. »
« Maman »
Sur l’invention du personnage de « Catherine », le cinquantenaire se justifie qu’il ne souhaitait pas que son nom apparaisse sur le site du casting, « sinon les candidats auraient répondu à cause de ça ». Il ajoute un argument : « Tous les personnages virtuels sont des femmes. Le bot de la sécurité sociale, c’est une femme, Alexa de Google, c’est une femme. »
L’assesseur propose une autre lecture : « On peut se dire qu’une femme suscite moins de méfiance chez les jeunes hommes ou c’est du mauvais esprit ? » Mais l’intéressé réfute. Pour la signature de « Maman », Jean-Marc Morandini l’utilisait comme « blague ». Mais le jeune homme ne le voyait pas comme ça.
Selon les enquêteurs, ce « personnage totalement fictif » constituait une « figure maternelle et sécurisante inspirant confiance ». C’était le cas pour le jeune comédien, sans agent et sans formation, qui faisait ses premiers pas dans le milieu du cinéma. « Catherine » l’incitait « à toujours repousser ses limites dans l’acte de nature sexuelle, sous le prétexte allégué de travailler sa posture de comédien. »
Une enquête des Inrocks, publiée en 2016 aurait poussé Gabriel P. a porté plainte, selon l’accusé. « Il n’y avait aucun problème. Et, à partir de cet article, il y avait des problèmes avec tous les acteurs. Cette journaliste leur a monté la tête. »
« L’impensable »
Pour Gabriel, interrogé en fin de journée, il pensait vraiment s’adresser à une directrice de casting. « C’est tellement impensable, lunaire, qu’une personne manipule pour arriver à ses fins, que jusqu’au dernier moment, je me suis dit que je me faisais des idées », confie-t-il. Avec le temps, il se « rend compte à quel point l’impensable est là. »
Il continue : « Je ne pensais vraiment pas que quelqu’un puisse fabriquer un faux profil pour arriver à ses fins, jusqu’à la fellation. » Certain que cette affaire lui portera préjudice, il s’emporte : « On se dit ’il s’est masturbé, il est con celui-là’. Mais les gens ne se rendent pas compte de la pression psychologique qu’il y a derrière, de l’emprise. »
Un rebondissement a mis un froid dans la salle. L’animateur explique qu’un avocat lui a demandé 60.000 euros pour que Gabriel retire sa plainte. Le plaignant n’a pas l’air au courant, et le tribunal demande alors l’identité de cet avocat. Jean-Marc Morandini ne répond pas. Il affirme qu’il est dans la salle et finira par montrer du doigt l’avocat des parties civiles, Arash Derambarsh. Ce dernier ne défend pas Gabriel, et le conseil dément.
Jean-Marc Morandini risque trois ans de prison et 45.000 euros d’amende.
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