Une IA prédit la mort: «Ça peut être utilisé contre nous»
Des chercheurs d’une université danoise ont élaboré un modèle surnommé « calculette de la mort », qui prédit les étapes de la vie jusqu’à sa fin. L’outil est impressionnant mais surtout, il existe déjà probablement.

Des chercheurs du Danemark ont réussi à concevoir un système utilisant l’intelligence artificielle pour calculer notre fin de vie. Le concept est finalement assez simple puisqu’il voit la vie comme une succession d’événements prévisibles. Cette intelligence, nommée life2vec, est basée sur les données anonymisées des quelque six millions de Danois rassemblées par l’institut national de statistiques.
L’analyse des séquences permet d’en prédire la suite jusqu’à la fin. Sur la mort, l’algorithme a raison dans 78 % des cas, sur les migrations, dans 73 %. « Avec une très jeune cohorte de personnes âgées entre 35 et 65 ans, on essaie de prédire, en se fondant sur une période de huit ans – 2008 à 2016, si la personne va mourir dans les quatre ans à venir, jusqu’en 2020. Le modèle fait ça très bien, mieux que n’importe quel autre algorithme », détaille Sune Lehmann, professeur à l’Université technique du Danemark (DTU), et l’un des auteurs de l’étude publiée dans la revue Nature Computational Science, qui se garde d’utiliser sa formule sur des cas personnels.
Cette tranche d’âge, où les décès sont habituellement peu nombreux, permet, selon les chercheurs, de vérifier la fiabilité du programme. Mais l’outil n’est pas prêt à être utilisé par le grand public car il comporte encore des biais. « Pour le moment, c’est un projet de recherche qui explore le champ des possibles (…), on ne sait pas s’il traite tout le monde de manière égale », explique M. Lehmann.
Une lutte face aux Gafam
Pour l’universitaire, le projet présente un contrepoids scientifique aux algorithmes développés par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). « Ils peuvent aussi construire des modèles de ce type, mais ils ne les rendent pas publics, n’en parlent pas », dit-il. « On peut espérer qu’ils les mettent au point seulement pour nous faire acheter plus de produits », ajoute le chercheur.
Pour lui, c’est « important d’avoir un contrepoids public et ouvert pour commencer à comprendre ce qu’on peut faire avec des données de ce genre ». D’autant plus que des algorithmes de ce type sont déjà certainement utilisés dans le domaine de l’assurance, avance l’experte en éthique des données Pernille Tranberg.
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« On est certainement mis dans des groupes (…) et ça peut être utilisé contre nous dans la mesure où ça peut nous obliger à payer une police d’assurance plus élevée, nous interdire un prêt à la banque ou l’accès aux soins publics car on va mourir de toute façon », énumère-t-elle. Des biais absents du projet de recherche, qui n’est pas destiné à une utilisation individuelle, grâce à l’anonymisation de ses sources. « Il n’y a pas d’exemple de fuites de données » personnelles avec l’institut national de statistiques, et « les données ne sont pas individualisées », souligne Mme Tranberg. Toutefois, avec le développement de l’intelligence artificielle, « tout s’accélère ».
Le projet « montre simplement que nous avons beaucoup de données au Danemark et qu’on peut les utiliser car nous les humains allons tous dans la même direction », ajoute Mme Tranberg.
La « calculette de la mort », « pourrait prédire les résultats en matière de santé. Il pourrait donc prédire la fertilité ou l’obésité, ou peut-être qui va avoir un cancer ou pas. Mais il pourrait aussi prédire si vous allez gagner beaucoup d’argent », ajoute Sune Lehmann.









