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Sylvie Tellier: «Je voulais devenir avocate»

Sylvie Tellier, l’emblématique Miss France et ancienne directrice du concours, publie « Couronne et préjugés », une mise au point cash.

Entretien - Temps de lecture: 5 min

Votre livre est le résultat d’une longue réflexion. Les éditeurs qui, depuis des années, vous avaient proposé de l’écrire avaient pourtant systématiquement essuyé un refus.

À chaque fois, on me demandait de raconter les coulisses de Miss France, mais cela ne m’intéressait pas, j’avais envie d’autre chose. J’avais pourtant commencé à plusieurs reprises à écrire quelques pages, en particulier dans les moments où j’étais en colère, comme une espèce de défouloir. Et puis, voici un an, l’idée m’est venue d’un témoignage sur toutes sortes de sujets, avec l’espoir de faire passer un message optimiste dont nous avons bien besoin. Un éditeur m’ayant donné carte blanche, j’ai enfin relevé le défi.

Plutôt que de sacrifier à la traditionnelle autobiographie, vous avez choisi de vous raconter à partir de préjugés qui ont régulièrement circulé à votre propos.

J’ai trouvé rigolo de répertorier tous ceux dont j’ai été victime, en tant que Miss, ou simplement en tant que femme, de les décortiquer, puis de les analyser avec le recul des années.

On a souvent assuré, à votre propos, que vous étiez née avec une cuillère d’argent dans la bouche.

Parce que, pendant 20 ans, j’ai dirigé le concours de Miss France, on en a déduit que j’avais grandi dans une famille privilégiée. Ce n’est pas le cas ! Je suis issue d’un milieu extrêmement modeste. J’ai la chance d’avoir une mère qui m’a appris l’art d’être élégante avec pas grand-chose. Elle avait 40 ans quand mes parents ont divorcé. Elle s’est retrouvée aux Sables-d’Olonne, seule et sans travail, pour élever ses trois enfants. À l’époque, les familles monoparentales étaient rares et les aides n’existaient pas. Maman a été engagée comme vendeuse dans une boutique de chaussures, ce qui nous a sauvés.

Vous avez contribué au budget familial en exerçant toutes sortes de petits métiers.

Il n’était pas question que j’ajoute à ses soucis financiers en lui demandant quoi que ce soit ! J’ai donc été, entre autres, ramasseuse de balles dans un club de tennis, animatrice dans des supermarchés, croupière dans un casino et même Mère Noël devant un grand magasin.

Au lendemain du bac, vous avez entamé des études de médecine.

Mon ambition n’était pas d’exercer cette profession. C’était une réponse à mon père qui ne m’imaginait pas capable d’obtenir le moindre diplôme supérieur. Par défi, j’ai décidé de suivre le chemin universitaire le plus long. J’ai finalement bifurqué vers des études de droit à Nantes, puis à Lyon.

Entre deux cours, vous avez participé à l’élection de « Miss Pays de la Loire », la région où vous avez grandi.

Je voulais gagner et j’ai fini première dauphine. La déception a été à la hauteur de mes espoirs. J’avais assisté, le 13 décembre 1997, devant ma télévision, à la victoire de Sophie Thalmann. Son élégance et sa grâce m’avaient donné l’envie de tout faire pour être un jour à sa place.

Le 8 décembre 2001, Sylvie Tellier remporte, à sa grande surprise, la couronne de Miss France.
Le 8 décembre 2001, Sylvie Tellier remporte, à sa grande surprise, la couronne de Miss France. - BelgaImage

Vous tentez à nouveau votre chance en vous présentant, en 2001, à l’élection de Miss Lyon.

L’une de mes sœurs, qui a repéré l’annonce de ce concours dans un journal local, me suggère de m’y inscrire. Je l’ai fait et j’ai gagné !

C’est ainsi que le 8 décembre 2001, vous vous retrouvez à Mulhouse, devant des millions de téléspectateurs.

Je suis alors convaincue que Miss Guadeloupe va remporter la couronne. Je me retrouve, à ma grande surprise, parmi les 12 finalistes. Lorsque le verdict tombe, je suis à la fois folle de bonheur, mais aussi profondément choquée. Je ne m’y attendais pas du tout ! Je venais de passer le concours d’avocate et d’obtenir une maîtrise, ainsi qu’un stage à Boston, qui devait débuter quelques semaines plus tard. Je voulais juste m’offrir un moment de folie. En quelques secondes, mon plan de carrière s’est trouvé totalement bouleversé.

Votre mère n’imaginait pas non plus votre victoire.

Elle était dans la salle et le brouhaha était tel qu’elle n’a pas entendu le résultat. Quelqu’un est venu lui glisser à l’oreille : « Je crois que c’est votre fille qui vient de gagner… » Elle a failli s’évanouir !

À partir de cet instant, vous avez été prise dans un tourbillon.

Ça a été une année de folie totale. La course à pied m’a permis de tenir le rythme des tournées et des galas. J’avais commencé à la pratiquer en suivant ma mère dans des marathons qui lui faisaient oublier ses soucis.

C’est ainsi que vous avez fait la connaissance de Geneviève de Fontenay.

Cette femme, que je considérais comme une icône avant de la rencontrer, a été très importante dans ma vie. Elle m’a enseigné la rigueur et l’exigence que demande ce concours, ainsi que ses conséquences. Tout allait si vite que je dormais parfois avec mon chignon, afin de gagner quelques minutes de sommeil. On a dit à son propos qu’elle était très dure. En fait, elle avait du « caractère ». Je ne le lui ai jamais reproché, bien au contraire. Mais je ne suis pas, non plus, du genre à me laisser faire.

Elle a assuré un jour que vous lui deviez la direction du concours Miss France.

Mon parcours et mes diplômes correspondaient au profil recherché pour la personne qui allait lui succéder. Xavier Couture, alors à la tête de la production, lui a téléphoné pour lui demander son accord sur mon nom. Elle a immédiatement donné son feu vert, parfaitement consciente que je n’allais pas laisser les choses en état et faire évoluer le concours.

Vous êtes, entre autres, à l’origine de la soirée d’élection au Palais des Festivals à Cannes.

Je suis parvenue à imposer l’idée, ce qui n’était pas gagné au départ. J’ai également développé, pour les postulantes, des tests de culture générale. Quand, pendant un an, on représente la France dans le monde, un minimum de connaissances et un sens de la logique me paraissent indispensables.

La rumeur a enfin assuré que votre départ de la direction de Miss France était la conséquence d’un licenciement.

J’ai quitté cette fonction de mon propre gré. Je gagnais très bien ma vie, mais j’avais le sentiment d’être parvenue au bout d’une aventure. J’ai d’autres challenges en tête, et ce livre est le premier, je l’espère, d’une longue série.

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« Couronne et préjugés », par Sylvie Tellier, éd. Fayard, 304 p., 24 euros.

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