Marc Ysaye et ses grands classiques du rock: «White Room»
Cette semaine, Marc Ysaye évoque un titre rock devenu culte : « White Room », Cream (1968).

« Wheels of Fire » est le troisième album de Cream. Il a rapidement été no 1 aux USA, puis en Europe. Cream restera comme le premier « supergroupe » de l’Histoire puisque chacun de ses membres est déjà starisé au moment où le groupe est fondé en 1966 : Eric Clapton, Jack Bruce et Ginger Baker. Au passage, ils lanceront aussi la mode des « power trio ».
Cream fut parfois décevant sur disque par le passé, les fans purs et durs avaient senti que leur esprit et leur essence n’avaient pas été correctement capturés en studio.
Un disque abouti
« Wheels Of Fire », double album tant attendu par les fans, suffira à redonner foi au disciple le plus errant. Pour une fois, il n’y a pas de maillons faibles, ni aucun des défauts de production, d’ingénierie, de choix du matériel ou de capacité de jeu qui conspirent généralement à dévaloriser les groupes lorsqu’ils confient leur musique à la postérité dans un studio d’enregistrement.
Il n’y a ici aucun problème pour les auditeurs, aucune crainte de se méprendre sur leurs intentions. Il n’est pas nécessaire de « pénétrer dans leur esprit ». Cream produit ici une musique simple, passionnante et honnête. La communication est immédiate, car les capacités d’Eric Clapton, Jack Bruce et Ginger Baker ne font aucun doute. Même l’album enregistré en studio, contenu dans une pochette au design criard, résiste à la tentation de se livrer à des gadgets inutiles tout en profitant pleinement de l’opportunité d’utiliser intelligemment des instruments supplémentaires. Les morceaux « live », enregistrés au Fillmore Auditorium de San Francisco, sont tout simplement brillants et présentent quatre « vitrines » dont un légendaire solo de batterie de 15 minutes de Ginger Baker sur « Toad ».

Une critique fréquente que l’on faisait à Cream à l’époque était que chaque « star » jouait pour elle-même, alors incapable d’œuvrer en tant que groupe. Certes, mais des morceaux comme « As You Said », écrit par Peter Brown, qui contient de nombreuses paroles intrigantes, révèlent que Cream joue ici avec retenue et goût, Ginger se limitant à un charley et des balais doucement fluides accompagnant la voix de Bruce, une guitare acoustique et un violoncelle. Ce titre est d’une rare modernité. Radiohead n’est pas loin.
Les contributions de Jack Bruce au trio ont été énormes à travers son écriture, son chant et, bien sûr, son superbe jeu de basse.
L’un des très bons morceaux est selon moi « Those for the days ». La palme, et personne ne s’y trompera, reviendra à « White Room », où Clapton envoie des solos avec un dynamisme à faire frissonner, Jack arrache les entrailles des paroles, et Ginger est plus que métronomique.
Les paroles s’écrivent à partir de phrases de quatre syllabes inspirées par l’attente dans une gare anglaise. « White Room » est particulière pour sa signature rythmique en 5/4 durant l’introduction et le pont. Le titre sera un immense succès en single et sera diffusé en boucle sur toutes les radios. Il l’est toujours aujourd’hui. À noter que Clapton ne compose aucun titre sur l’album. Un signe que la fin se rapproche ? Oui ! L’album suivant s’appellera d’ailleurs… « GoodBye ».









