Thierry Luthers : « Rechercher une tombe s’apparente souvent à un jeu de piste »

Le 16 octobre dernier est paru aux éditions Chronica « Stars pour toujours. Sur les tombes de 300 légendes du cinéma et de la chanson ». Thierry Luthers publie ce nouvel ouvrage sous la forme d’un guide qui recense les tombes de 300 stars du cinéma et de la chanson en Belgique, en France, en Suisse et au Luxembourg. Le journaliste nous partage sa passion et nous révèle quelques anecdotes.
D’où vient votre intérêt pour les tombes ?
C’est une vieille histoire. Pour trois raisons, je pense. D’abord, j’ai une formation d’historien qui me pousse naturellement vers une recherche et une sauvegarde du patrimoine. Deuxièmement, j’aime bien la dimension ludique de cette passion. Parce que rechercher la tombe d’une personne connue s’apparente souvent à un jeu de piste et quand on la retrouve, c’est assez jouissif. Enfin, troisièmement, il y a peut-être en moi un lien psychologiquement complexe avec la mort. C’est une passion qui m’a déjà conduit à écrire pas mal de livres sur le sujet.
Comment avez-vous sélectionné ces 300 artistes ?
J’ai fait une sélection totalement arbitraire et subjective, mais assumée. Il y a des célébrités qui me paraissaient totalement incontournables comme Johnny Hallyday et Joe Dassin qui étaient mes idoles d’adolescent. Yves Montand, Bourville, de Funès, Serge Reggiani, Philippe Noiret… tous ces artistes me paraissaient incontournables. Mais j’ai aussi voulu mettre en évidence des gens moins connus, comme des starlettes qui ont eu des destinées hollywoodiennes extrêmement courtes. Ainsi Bella Darvi ou l’Allemande Christine Kaufmann, qui a été l’épouse de Tony Curtis mais a été enterrée dans le caveau de sa mère en Normandie. J’ai aussi retenu des gens qui se sont un peu compromis pendant la guerre. Pas mal d’artistes français ont eu, de près ou de loin, une attitude pas tout à fait irréprochable vis-à-vis de l’ennemi. Je pense à la chanteuse Léo Marjane, à André Claveau… Et puis, il y a de très grandes vedettes qui sont tombées complètement dans l’oubli. Comme Henri Garat qui était un acteur et chanteur français de l’entre-deux-guerres, véritablement adulé. Les fans et les femmes se jetaient sous les roues de sa voiture. Et il est mort dans l’oubli total. Il a une tombe très mal entretenue au Père-Lachaise.
J’ai voulu aussi ne pas oublier la Belgique. C’est pour ça que je parle dans mon livre de Pierre Rapsat, Lou Deprijck, Maurane, Claude Barzotti, Jean Vallée, des chanteurs et chanteuses surtout. Évidemment, il y a aussi Annie Cordy qui est enterrée à Cannes dans un caveau de famille. Et j’ai voulu aussi mettre en valeur le patrimoine funéraire de la Suisse qui est assez impressionnant parce qu’il y a beaucoup de stars hollywoodiennes qui reposent en Suisse comme Audrey Hepburn, Richard Burton, David Niven et Charlie Chaplin.
Vous êtes-vous rendu sur chacune des 300 tombes que vous avez inventoriées ?
Quasiment. J’avoue que je ne suis pas allé sur celle de Jacques Brel aux Marquises. C’est quand même très loin mais j’ai fait Johnny aux Antilles. Et j’ai aussi mis en valeur quelques tombes à Hollywood dont celle de Joe Dassin qui est enterré dans un magnifique cimetière qui s’appelle le Hollywood Forever Cemetery. C’est donc un panorama assez large qui englobe chanteurs et chanteuses, acteurs et actrices et réalisateurs et réalisatrices de cinéma.
Avez-vous quelques anecdotes à nous raconter sur certaines de ces personnalités ou de ces tombes ?
Il y a des choses étonnantes. La grande star hollywoodienne Yul Brynner a une petite tombe, une urne en fait, dans une abbaye de Touraine, à Luzé, dans l’Indre-et-Loire. C’est assez amusant de voir que l’urne de cet acteur russo-américain se trouve là. C’est parce qu’il a longtemps habité en France et qu’il connaissait un moine orthodoxe qui vivait à Luzé. Charlie Chaplin a, lui, une histoire incroyable. Il est enterré à Corsier-sur-Vevey, non loin du Lac Léman, où il habitait. J’explique dans le livre que son cercueil a été kidnappé en 1978, quelques semaines après sa mort, par des gangsters qui réclamaient une rançon. Les deux gangsters ont assez vite été arrêtés et ils ne savaient plus où ils avaient mis le cercueil. Il a fallu faire des recherches avec des sonars pour le retrouver et on a réenterré Chaplin dix mètres plus bas, sous trois couches de béton pour être sûr que son cercueil ne soit plus jamais dérobé.
Autre anecdote, dans mon livre, il n’y a ni Jean Gabin, ni Michel Piccoli, ni Jean-Paul Belmondo parce qu’en fait, ils n’ont pas de tombe. Ils ont été incinérés et leurs cendres ont été dispersées. Il y a aussi deux cas assez particuliers, des stars dont on ne peut pas voir la tombe. Alain Delon qui repose dans une chapelle privée de sa propriété de Douchy, en Touraine. Et Sacha Distel qui repose dans le sud de la France, dans une chapelle privée de la propriété de sa belle-famille. Il y a d’ailleurs des cas semblables aux États-Unis puisque, par exemple, on ne peut pas avoir accès à la tombe de Michael Jackson.
Certaines tombes vous ont-elles particulièrement marqué ?
La tombe de Joe Dassin m’a beaucoup marqué parce que j’ai eu beaucoup de mal à la retrouver. C’est pour ça que mon livre se veut un peu un guide, pour expliquer aux gens comment retrouver ces tombes. J’ai aussi toujours beaucoup d’émotion devant la tombe de Pierre Rapsat à Ensival. Et bien sûr, celle de Johnny parce que c’était mon idole. Il est enterré dans un cimetière très particulier, au bord de l’océan. Ce cimetière dans le sable a un cachet particulier, même si je trouve personnellement la tombe de Johnny un peu kitsch, trop chargée de fleurs et d’amulettes diverses.
Et vous, avez-vous déjà pensé à l’épitaphe que vous voudriez voir figurer sur votre tombe ?
J’aimerais bien la mention « Journaliste et artiste ». C’est un peu le résumé de ma vie. Mais j’aimerais surtout être inhumé puisque j’ai consacré une grande partie de ma vie littéraire, si je peux dire, à m’intéresser aux tombes. Ce serait donc incongru que je n’aie pas, moi-même, une tombe même s’il y en a de moins en moins.

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