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Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Yours is no disgrace »

Cette semaine, Marc Ysaye évoque un titre rock devenu culte : « Yours is no disgrace », Yes (1971).
Par Marc Ysaye
Temps de lecture: 3 min

Même si Yes ne le savait pas à l’époque, leur maison de disques Atlantic les aurait tout simplement laissé tomber si leur troisième album n’avait pas attiré un public beaucoup plus large…

Sorti le 19 février 1971, « The Yes Album » marque l’émergence véritable de Yes en tant que force progressive majeure. Il atteint la quatrième place au Royaume-Uni et entre dans le top 40 américain. L’album présente le guitariste Steve Howe, qui remplace Peter Banks et remodèle la trajectoire du groupe du jour au lendemain.

Son mélange d’attaque rock, de « finger picking country », de phrasé classique et de textures de « pedal steel » a élargi le vocabulaire tonal du groupe et donné une nouvelle dimension à ses compositions longues. Écrit et répété dans une ferme du Devon, qui deviendra plus tard la maison de Howe, l’album marque un bond en avant vers des structures plus expansives. « Yours Is No Disgrace », « Starship Trooper » et « Perpetual Change » dépassent la forme conventionnelle des chansons, préfigurant les grandes épopées qui suivront sur « Fragile », « Close to the Edge », « Tales from Topographic Oceans », « Relayer » et « Going for the one ».

Avec son Hammond B3, le claviériste Tony Kaye va ancrer le son avec une clarté musclée. Les lignes de basse mélodiques de Chris Squire évoluent avec une indépendance nerveuse. La batterie de Bill Bruford respire plutôt qu’elle ne martèle. Jon Anderson, crédité ici sous le nom de « John », livre des mélodies planantes qui élèvent la musique sans tomber dans l’excès. Ce sera la dernière apparition du génial claviériste Tony Kaye avec Yes jusqu’en 1983, faisant de cet album à la fois un aboutissement et un commencement.

The « Yes Album » diffère de ses deux prédécesseurs

Pour la première fois, tous les morceaux interprétés par le groupe sont des compositions originales. Yes mérite des éloges pour avoir mûri au point de pouvoir fournir suffisamment de morceaux propres. Les quatre longs morceaux de l’album sont soigneusement structurés et offrent une plus grande liberté instrumentale que leurs homologues plus courts. Souvent, un thème mélodique particulier, énoncé d’abord par un musicien, est repris par un autre, comme dans « Yours Is No Disgrace » et « I’ve Seen All Good People ».

L’organiste Tony Kaye, le guitariste Steve Howe et le bassiste Chris Squire jouent comme s’ils ne faisaient qu’un, se complétant mutuellement comme le ferait un groupe expérimenté. Squire mérite particulièrement d’être mentionné pour son travail créatif à la basse tout au long de l’album. Enfin, le jeu de batterie raffiné de Bill Bruford ne gêne jamais les autres musiciens.

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En ce qui concerne les voix, Yes a l’oreille pour l’harmonie et tire pleinement parti de cet atout. Squire et Howe complètent les délicieuses mélodies d’Anderson par des harmonies dans les aigus. À la première écoute, les voix de Yes peuvent sembler trop parfaitement assorties pour être appréciables, ce qui constitua à l’époque le principal obstacle à l’acceptation du groupe par le grand public. En effet, comme aucune voix grave ne vient contrebalancer les harmonies de Yes, certains ont refusé d’accepter le groupe et son style vocal inhabituel.

Pourtant, si Yes en était venu à changer de format en ajoutant un chanteur capable d’apporter une voix plus grave, le groupe aurait perdu alors son identité distinctive. Ce sont les vocaux aigus qui distinguaient Yes des innombrables autres groupes britanniques qui savaient également jouer comme des dieux, une qualité devenue trop peu courante de nos jours.

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