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Mentissa sort un deuxième album : « J’ai toujours besoin d’être validée »

La Belge Mentissa sort un deuxième album : plus intime, plus sombre, plus libre aussi.
Entretien - Journaliste Temps de lecture: 4 min

Quelles leçons avez-vous tirées du premier album ?

De manière très naturelle, j’ai emmené beaucoup de choses avec moi de mes premiers pas dans la musique. En trois ans, il s’est passé plus de choses qu’en dix ans. J’adore apprendre, donc j’ai beaucoup emmagasiné et je me suis demandé : « Que garder de tout cela ? ». Avant tout, c’est que je peux avoir confiance en moi, en mes choix, en mon instinct. J’ai aussi compris que les gens ont besoin d’authenticité. J’avais tendance à vouloir tout embellir et contrôler. J’ai compris que je pouvais lâcher. C’est bien aussi les moments de maladresse, les bugs en concert où tu pars en roue libre et où au final, tu es toi-même. C’est ça que les gens aiment et veulent : la sincérité, les imperfections…

Qu’embellissiez-vous par exemple ?

Moi déjà. En interview, je me présentais de manière formelle, alors qu’en réalité, je suis folle (elle éclate de rire). Sérieusement, j’ai une part d’ombre que je cachais, je ne montrais que mon côté « happy ». J’avais besoin de me protéger, surtout au début, parce que je ne savais pas où je mettais les pieds. On n’est pas câblé pour tout d’un coup être sous le feu des projecteurs…

La garde baissée, vous dévoilez un passé sombre, mais qui vous a construite. Comment mettre des mots sur cela ?

Il y a pas mal de chansons que j’ai co-écrites ou écrites. « La fille de ma mère », je l’ai écrite seule. J’avais envie de raconter les choses avec mes mots. Je me disais : «  Sur scène, il faut que je croie aux mots que je chante. » Le risque, avec des paroliers, c’est que, parfois, leurs mots ne collent pas avec toi. Je voulais que ce soient mes mots. Quitte à ce que ce soit moins joli, moins poétique… J’ai donc écrit seule au début, en explorant les thèmes que je voulais aborder. Puis, j’ai fait appel à Vianney et Noé Preszow pour peaufiner le tout. Ça aide d’avoir quelqu’un avec du recul, qui ne connaît pas ton histoire. Et puis, entre raconter une histoire et la mettre en musique, il y a tout un travail à faire sans dénaturer le propos et en faisant en sorte que le message passe chez tout le monde.

L’album s’appelle « Enfants difficiles », vous en étiez une ?

On m’a souvent qualifiée de telle, oui. Est-ce que je l’étais ? Je ne sais pas. J’avais un fort tempérament. Je l’ai encore, d’ailleurs (rires). J’étais très têtue. Ce que je retiens, c’est que cette étiquette que les profs m’ont donnée, peut-être à tort, peut-être à raison, m’a suivie toute ma vie et a fait que je me suis créée. À l’adolescence, je voulais faire tout l’inverse. J’ai tout fait pour ne pas déranger, ne pas sortir des cases, rentrer dans le moule, etc. C’est de là aussi que vient ce manque de confiance en moi, qui fait que j’ai toujours besoin d’être validée, voire sur-validée par les autres. Quand je suis arrivée dans l’industrie musicale, je faisais très attention à tout. Et c’est devenu pesant. Je me suis interrogée : « Pourquoi tu es comme ça ? Pourquoi tu te mets autant de pression à être parfaite ? ». Et j’ai compris que ça venait de là.

Cet album, c’est donc un pied-de-nez…

Et une espèce de libération. Je peux me dire que je n’ai plus envie d’être parfaite. Difficile ou pas, maintenant, j’ai envie de transformer ça, de donner à cette expression qui m’a fait beaucoup de mal une connotation plus positive. Et me la réapproprier. J’ai peut-être été une enfant difficile. En fait, j’ai surtout eu une enfance difficile et j’avais aussi envie, par la chanson « Les enfants difficiles », qu’on prête plus attention à ces enfants un peu turbulents. Qu’on essaie de les comprendre avant de les juger ou de les punir. Cette notion de la punition, ça m’a beaucoup traumatisée quand j’étais très jeune. En fait, j’étais juste une enfant très sensible qui ressentait des grandes émotions qu’elle n’arrivait pas à extérioriser.

Vous évoquez plusieurs fois votre enfance, vos blessures familiales, mais vous contrebalancez avec des mélodies douces, parfois dansantes. Un équilibre facile à trouver ?

Pour moi, c’était important, cet équilibre parce que, c’est un peu ce que je suis finalement. Je suis très sociable, solaire, souriante… Et à la fois, je sens en moi une énorme part sombre et j’avais envie qu’on retrouve ça dans l’album. Et comme je savais que je traitais de sujets vraiment pas joyeux, j’avais besoin de contrebalancer. J’adore les contrastes. Ça me fascine.

Mentissa, « Enfants difficiles » (Pias) ; 11/07, LaSemo, 12/07, Baudet’Stival, 05/09, Les Solidarités, 15/10, Cirque Royal…

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