Programme télé de ce vendredi 7 août : notre sélection

Il doit fêter ce 16 août ses 87 ans et son nom résonne toujours aux quatre coins de la planète avec une chanson qui a en effet… fait le tour du monde. Car la bio de Rocco Granata se confond avec celle de Marina, son « amour de jeunesse ». L’histoire d’un de ces nombreux immigrés italiens venus alimenter les charbonnages de notre pays meurtri par la dernière guerre. Au début des années 50, un accord est passé entre la Belgique et l’Italie, pour l’« importation » de milliers de travailleurs transalpins sans emploi, bientôt entassés dans notre bassin minier à « remettre en route ». Comme le papa de Salvatore Adamo, venu de Sicile dans le Borinage, celui de Rocco Granata arrive de Calabre dans notre partie « néerlandophone ». Enfin, pas tout à fait, car le limbourgeois fait partie de ces nombreux patois tenaces et progressivement intégrés dans l’actuelle « tussentaal » sournoisement érigée par les Flamands en réaction aux francophones bilingues. (Ost)racisme ? Jawel menîîîr ! Grand historien de notre septième art « in onze twee talen » depuis ses « Daens » et « Sœur Sourire », Stijn Coninx de Neerpelt est aussi ardent défenseur de notre Cinémathèque royale et son Musée du Cinéma. Il est… ardemment soutenu par nos frères Dardenne.
Dans ce « Marina » de 2013, c’est donc tout un pan d’histoire belgo-italienne qui est reconstitué. Ces travailleurs n’étaient pas les bienvenus dans ce Limbourg raciste dont les nombreux ex-collaborateurs – on les surnommait « inciviques » à l’époque ! – avaient mal perçu la traîtrise du peuple italien au sein de l’Axe. L’auteur ne prend aucune pincette pour évoquer des conditions de vie infâmes. C’est dans ce contexte que grandit le jeune Rocco, au sein de baraquements tellement insalubres qu’il fallait parcourir 100 mètres pour trouver des « toilettes ». La naissance de la chanson elle-même est insolite. Le miracle ? Un accordéon offert au jeune artiste par un spécialiste bienveillant. Rocco et son quintette animent les soirées d’arrière- « tavern ». La jeune Helena dont il est épris se présente sur la piste et le soupirant lui improvise cette « Marina » tirée d’une marque de cigarettes ! En 1959, le succès de cette face B en dialecte calabrais inonde les ondes nationales, au point que de nombreuses natives du millésime reçoivent ce… très joli prénom. Des millions de disques vendus et des reprises par les Dean Martin, Dalida, Louis Armstrong et on en passe. Sans compter un remix lequel, en 1989… refait un tube. Rocco Granata incarne lui-même le commerçant instrumentiste face à l’Hasseltois Matteo Simoni et à l’Anversoise Evelien Bosmans, pour sept Ensor et trois Magritte. Ah, dernière précision : « Marina » ne manque pas d’humour… non plus.
« Marina », 20h45, La Une ***.







