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S’il fut un réalisateur qui défendit jusqu’au bout, et de façon on ne peut plus tenace, le « rêve américain », il s’appelait John Ford. Un « peï comme un bulding » dirait-on peut-être encore chez quelques vieux Brusseleirs. Une légende à lui tout seul, et pas que dans le domaine du western dont il fut l’un des « kings ». Bref rappel : natif de Portland dans le Maine, au nord de la côte est, il n’a jamais caché ses origines irlandaises, qu’il retrouve lors d’un voyage de plusieurs années au pays de l’IRA dont il restera un partisan carrément avoué dans sa lutte contre l’oppresseur britannique. Réalisateur phare lors du passage au parlant, il fait de « La chevauchée fantastique » un film culte réhabilitant le western passé de mode et un certain John Wayne qui deviendra son grand acteur fétiche au même titre que James Stewart et ses « Raisins de la colère » multi-oscarisés, alors qu’aux States, on attend leur entrée en guerre contre la « tache noire du IIIe Reich ». Dès Pearl Harbour, il emmène ses pairs de renom dans un soutien inconditionnel à l’effort de guerre. À Midway, en juin 1942, il prend une balle dans la hanche et perd l’usage de son œil gauche. Durant l’âge d’or californien, il revient au western avec d’immenses classiques dont le plus beau tel que reconnu aujourd’hui, « L’homme qui tua Liberty Valance », sortit sur les écrans en 1962.
Bien avant « Il était dans l’Ouest » de Sergio Leone (qui ne sortira que six ans plus tard), Ford évoque la fin de l’Ouest barbare et le triomphe des vrais hommes de loi avec un retour très rétro (sic) au noir et blanc alors qu’il avait généralement adopté le technicolor au long de la décennie précédente. Il faut y voir à la fois un hommage direct au « Train sifflera trois fois » de Fred Zinnemann datant alors de près de dix ans, et via le personnage de John Wayne, au « Rio Bravo » de Raoul Walsh sorti trois ans plus tôt. Cette fois-ci, l’avocat a pris le dessus sur le shérif mais avec le même sens du devoir. Dégoûté pas la politique avant même d’avoir commencé, le « bavard » pacifiste et prof d’écriture change d’avis lorsque le cow-boy lui explique qu’il n’a pas réellement tué le brigand, incarné par Lee Marvin d’un coup miraculé de sa vieille pétoire, mais que c’est lui-même, embusqué avec l’aide de son « Sergent Noir », qui l’a abattu d’un coup de carabine parfaitement maîtrisé. En ramenant face à face ces deux « monstres, le cinéaste a fait preuve d’une habileté aussi fantastique que sa « Chevauchée ». Un vrai testament sur ce « rêve américain » tant qu’il était encore un tantinet vivace.
« L’homme qui tua Liberty Valance », 13h35, Arte.









