La France se prépare à la visite du pape Léon XIV

Prudent mais ferme, mesuré et conciliateur, technophile défenseur d’une IA éthique : Léon XIV, qui entretient avec la France des liens généalogiques et spirituels, imprime progressivement son style à la tête de l’Église catholique.
Devenu le 8 mai 2025 le premier pape américain de l’Histoire, Robert Francis Prevost a rapidement été salué pour sa capacité de synthèse, forgée par une expérience de terrain de 20 ans au Pérou et une fine connaissance des arcanes du Vatican.
Sa visite en France (25-28 septembre) suscite un vif enthousiasme médiatique et populaire, alimenté en partie par ses origines cosmopolites. Entre ses racines monégasques, espagnoles, italiennes, canadiennes et créoles, son patronyme trouve racine dans l’Hexagone : sa grand-mère paternelle, née au Havre, avait émigré aux États-Unis au début du XXe siècle.
S’il lit et comprend le français, Léon XIV le « parle mal » et « je ne suis pas sûr qu’il connaisse très bien l’Histoire de France », explique à l’AFP Martin Dumont, secrétaire général de l’Institut de recherche pour l’étude des religions et auteur du livre « La France dans la pensée des papes ».
Mais il manifeste une sensibilité à la spiritualité française et à plusieurs de ses figures, comme Thérèse de Lisieux (1873-1897), Charles de Foucauld (1858-1916) ou Sœur Emmanuelle (1908-2008), relève-t-il.
Décrit comme prudent, calme et méthodique, cet intellectuel brillant et polyglotte, visage souriant encadré par des lunettes rectangulaires, s’est progressivement affranchi de son image d’homme réservé.
Il n’hésite plus à dénoncer la corruption devant les dirigeants africains au pouvoir depuis des décennies, défendre les migrants ou répondre aux critiques acerbes de Donald Trump, qui l’avait taxé en avril de « faible » et « nul en politique étrangère ».
IA et « Six-Seven »
Léon XIV « attire la sympathie. (…) Au début il paraissait presque effacé et finalement on a vu le personnage se révéler », ajoute M. Dumont. « Et c’est un pape américain aussi, il a réussi très rapidement à prendre les codes de la communication moderne, ce qui n’apparaissait pas forcément chez François », son prédécesseur argentin.
À bientôt 71 ans, ses passions – il joue au tennis, nage, supporte l’équipe de base-ball des White-Sox de Chicago – se doublent d’un rapport décomplexé à la technologie : montre connectée sous sa soutane, il se prête volontiers au jeu des adolescents en mimant la gestuelle du « Six-Seven », virale sur les réseaux sociaux.
Mais au-delà du style, le 267e pape cherche surtout à inscrire son pontificat dans les enjeux des mutations contemporaines. Publiée en mai, sa première encyclique, qui appelle à mettre l’IA au service de la dignité humaine, a rencontré un important écho bien au-delà des milieux catholiques.
« C’est un scientifique, un mathématicien, quelqu’un qui réparait des voitures, des ordinateurs. Avec l’encyclique Magnifica Humanitas, il entre vraiment dans les problèmes de notre époque, notamment ceux liés à la technique », explique à l’AFP Véronique Lecaros, auteure du livre « Léon XIV, portrait d’un pape péruvien ».
Sur la scène internationale, il a fait sienne l’obsession de François pour la paix, multipliant les appels à la négociation et proposant la médiation du Saint-Siège entre Moscou et Kiev, tout en adoptant un ton plus ferme à l’égard de l’invasion russe.
« Son opposition à Trump contribue à le rendre populaire, cela en fait une figure de résistance au danger du populisme autoritaire », souligne Charles Mercier, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE).
« Universel »
Né le 14 septembre 1955, ce benjamin d’une fratrie de trois garçons jouait au prêtre avec des confiseries en guise d’hosties qu’il distribuait aux enfants du quartier.
Ordonné prêtre en 1982 après des études de théologie, il s’engage dans l’ordre mendiant de Saint-Augustin, dont il devient le supérieur de 2001 à 2013, visitant les communautés aux quatre coins du monde.
Envoyé comme missionnaire au Pérou – dont il adopte la nationalité –, il y noue des liens étroits avec la population locale, une expérience qui lui vaut d’être salué comme le « moins américain des Américains ».
« J’éprouve un grand amour » pour les États-Unis, mais « je me considère davantage comme le pape » et comme « pasteur universel », confiait-il en août à la chaîne américaine NBC.
Cette dimension internationale, combinée à sa fine connaissance des rouages romains, a fortement pesé lors du conclave de 2025.
Créé cardinal par François en 2023, Mgr Prevost tenait alors les rênes du puissant dicastère pour les évêques. Dans la Curie romaine, il s’était bâti la réputation d’un médiateur habile, capable de concilier courants progressistes et conservateurs.
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