Huit choses à savoir sur Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’IA pour écrire son livre « C’était ça ou mourir »

1. Soupçon artificiel
Du triomphe à la tempête, en quelques jours. Le 21 septembre, le compte X « Balance ton Claude » affirme que le roman de Thélyson Orélien, phénomène de librairie depuis sa sortie, « C’était ça ou mourir », a été « presque intégralement » écrit par une intelligence artificielle, sur base du logiciel de détection d’IA Pangram. Soumis par l’AFP à huit détecteurs, des extraits divisent : certains concluent à l’IA, d’autres à l’inverse hésitent ou démentent. La nouvelle, largement relayée par la presse du monde entier, a néanmoins fait l’effet d’une bombe dans le monde littéraire et au-delà. Avec une question au futur : acceptera-t-on que nos bouquins soient écrits par autre chose que l’imaginaire et la plume propres à un auteur ?
2. Parole vivante
Thélyson Orélien, auréolé du prix Fnac, fait partie des sélections pour les prix Renaudot, Fémina ou Médicis. Il figurait aussi parmi les favoris du Goncourt, mais il a été radié de la liste, au vu de la polémique en cours. Pourtant, l’auteur canado-haïtien nie tout usage de l’IA et dénonce une volonté de le « faire taire ». « J’ai toujours aimé la création et l’écriture, je ne vois pas pourquoi je ferais appel à une machine », a-t-il dit à « Libération ». Il promet un dossier préparé avec les Éditions du Boréal pour « prouver » qu’il a écrit de sa main « C’était ça ou mourir ». « Les images, les répétitions et les rythmes sont une parole vivante, qui est mienne. Mes traditions sont haïtiennes et caribéennes. » Grasset, qui édite Thélyson Orélien en France, dénonce « une campagne de haine ».
3. Passé recomposé
Le 23 septembre, un second front s’est ouvert au Canada. Selon « La Presse », une chronique qu’il y a signée en 2013 serait dans sa « quasi-totalité » une « traduction légèrement remaniée » d’un article du « Philippine Star ». Radio-Canada et « La Presse » ont révélé d’autres plagiats, tandis qu’une nouvelle primée d’un prix au Canada en 2010 contient des phrases extraites du livre « Le Matin des magiciens », de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960. Depuis, les éditions du Boréal ont suspendu la tournée promotionnelle canadienne de l’auteur, incapables « d’infirmer ou de confirmer » les allégations. « Je suis prêt à m’exprimer quand tout sera calme », assure Thélyson Orélien. Il devait répondre aux questions de Soir mag le 2 octobre. L’entretien est remis sine die…
4. Fils des Gonaïves
Troisième de cinq enfants, il est né aux Gonaïves en 1988 et a grandi au Cap-Haïtien, berceau de l’indépendance de l’île, dans une famille protestante où l’on parle créole. Son père, comptable passionné de théologie, impose la lecture quotidienne de la Bible et lui fait découvrir Homère et Dumas. Sa mère encourage ses premiers poèmes. « Je viens du conte », dit-il.
6. Miraculé du wifi
À Port-au-Prince, où le courant saute sans cesse, il écrit à la lueur d’une lampe à kérosène. Un jour, il s’endort dessus et se brûle. Il en garde une cicatrice au bras. Le 12 janvier 2010, la maison où il vit s’effondre lors d’un séisme. Lui est dehors, à capter le wifi d’en face, et survit. La nuit suivante, il lit René Depestre. « Il m’a donné la force. » Grâce à de la famille au Canada, il obtient un visa. « Je suis né Thélyson en Haïti, mais je suis né écrivain au Canada. »
7. Mille exils
En Floride en 2017, il voit la police de l’immigration interpeller des sans-papiers présumés. Un homme abandonne sa voiture en pleine route pour s’enfuir. Le déclic. Ainsi naît le Jonas Dorléon de « C’était ça ou mourir », professeur de 29 ans chassé de Port-au-Prince par les gangs, avec un recueil de Depestre au fond d’un sac plastique. Douze pays, 12.000 kilomètres, jusqu’à la frontière canadienne. « Soir mag » en a fait la chronique pour un précédent numéro et… a adoré, avant que le soupçon IA ne s’en mêle.
8. Sorti du lot
Ce texte est un ovni, son auteur un quasi-inconnu. Le manuscrit de « C’était ça ou mourir », il l’a envoyé spontanément aux Éditions du Boréal, qui l’ont repéré dans la pile. Voilà pour son premier roman. Et avant même sa parution, les droits se sont arrachés à l’étranger, du jamais-vu en 63 ans d’histoire de la maison canadienne. Grasset l’emporte en France, Scribner le publiera aux États-Unis en 2028. Il est en cours de traduction dans 35 langues… « La vedette, c’est le texte, ce n’est pas moi », insistait Thélyson Orélien. C’est désormais le texte qu’on soupçonne. Ici, on vous promet en tout cas un portrait express garanti sans intelligence artificielle, pour un texte nettement moins poétique que le bijou suspect de l’écrivain haïtien…








