L’amour fragilisé par les nouvelles sexualités

L’amour fragilisé par les nouvelles sexualités

Le « polyamour » ou les relations amoureuses et sexuelles avec plusieurs personnes en même temps. La « partouze » ou la sexualité collective. Le « gang bang » ou la mise à disposition d’une personne pour un nombre indéfini d’autres. Le « candaulisme » ou le fait de prendre du plaisir à voir son ou sa partenaire faire l’amour avec une ou d’autres personnes. L’« exhibitionnisme » ou la pratique au cours de laquelle une ou plusieurs personnes se montrent ou se regardent en face-à-face à travers une image ou un écran dans des positions qui visent à provoquer désirs et plaisirs sexuels. Le « triolisme » ou la relation sexuelle à trois. Le « bukkabe » ou l’éjaculation collective par un groupe d’hommes sur une femme ou un homme. Le « BDSM » ou le bondage domination sado masochisme. Le « trouple ou la relation amoureuse et sexuelle à trois… Dans son ouvrage, « Les nouvelles hétérosexualités », le sociologue français Daniel Welzer-Lang passe en revue les nouveaux comportements et dispositions sexuelles après une première partie consacrée aux multiples identités sexuelles. Tous remettent en question les amours traditionnelles d’un homme et d’une femme s’aimant et se désirant pour l’éternité…

Comment expliquez-vous ces nouveaux comportements ?

Ces comportements sexuels apparaissent car la vision du couple a changé. Le couple est tellement investi aujourd’hui qu’il est fragilisé. Les hommes et les femmes qui décident d’unir leur vie amoureuse sont très exigeants ; ils veulent être de bons amants, les meilleurs amis, des parents exemplaires. La charge qui pèse sur le couple est très lourde alors que les sollicitations diverses et variées augmentent. Les couples traditionnels craquent.

La société a changé également qui ne voit plus la sexualité de la même façon.

C’est exact. De nombreux éléments contribuent à ce changement. La pilule arrive en France en 1967 ; l’avortement est autorisé en 1975, le féminisme monte, les femmes revendiquent leur part de plaisir, le religieux perd de l’influence et les gens vivent beaucoup plus longtemps.

Mais ces nouveaux comportements sexuels ne sont-ils pas extrêmement minoritaires ?

Sans doute mais ils questionnent tout le monde alors qu’auparavant ce n’était pas le cas. De même la question du binarisme des genres interpelle beaucoup les jeunes. Chez les seniors, elle ne se pose pas ; il va de soi qu’on est un garçon ou une fille. Mais chez les jeunes, ce n’est pas le cas. Ils sont nombreux à s’interroger sur leur identité de genre et à ne pas se reconnaître dans le genre masculin ou féminin.

Même s’il est difficile de définir strictement l’homosexualité – à partir de quel moment est-on homosexuel ? – on estime que cette orientation homosexuelle concerne en moyenne 3 % des personnes. Avez-vous des études qui permettent de quantifier ces nouveaux comportements sexuels ?

Non, il n’est pas possible de les chiffrer tant le secret dans ce domaine est important. Je vous donne un exemple : dans les saunas gays, l’après-midi, vous trouverez beaucoup d’hétérosexuels qu’aucun de leurs amis n’imaginerait dans un tel endroit. Ces dernières années, j’ai rencontré également beaucoup de garçons qui se revendiquaient comme hétéros mais qui disaient « aimer la bite ».

À lire votre ouvrage, on a l’impression d’une société libérée. Pourtant celle-ci devient également plus morale et puritaine.

Il est vrai qu’on assiste à un retour de l’ordre moral, sans doute porté par l’inquiétude qu’engendre la mondialisation. Mais en même temps, les pratiques sexuelles sont de plus en plus diversifiées. C’est complexe et paradoxal.

Quand vous décrivez les pratiques libertines, poly amoureuses et BDSM, vous précisez que la femme est toujours un objet esthétique soumis aux plaisirs masculins et que souvent l’homophobie y règne. Même dans ces comportements non-normatifs, la domination des hommes persiste ?

La domination masculine existe encore ; on ne déconstruit pas si facilement 50 siècles de machisme. Certains hommes ne veulent pas perdre les privilèges qu’ils ont eus pendant si longtemps et ils résistent à la montée de l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais la domination masculine s’effrite. De nombreux indicateurs le montrent comme le pourcentage d’hommes battus qui est de 20-25 %. Ou le fait que dans les clubs libertins, autrefois beaucoup d’hommes s’échangeaient leurs femmes alors qu’aujourd’hui, on voit de plus en plus de femmes autonomes et libres venir seules. Elles sont jeunes et ont l’impression de s’affranchir de la domination des hommes et de pouvoir « délirer » comme eux. De même les pratiques BDSM, évoluent. Auparavant les hommes dominaient la plupart du temps et aujourd’hui beaucoup de femmes sont les dominantes et elles peuvent mettre les sexes des hommes dans des cages de chasteté.

Ouvrir son couple à ces nouveaux comportements n’est-il pas dangereux ?

Je suis sociologue mais je donne également cours dans la formation de Sexologie clinique. Des sexologues me disent recevoir des couples qui connaissent des problèmes en raison de leurs pratiques libertines. Mais souvent ceux-ci avaient des problèmes avant de telles pratiques. D’autres disent en effet que les comportements sexuels libertins ou autres créent entre eux une complicité érotique.

Vous nous faites comprendre que le grand perdant de ces nouvelles relations amoureuses est l’amour. N’est-ce pas regrettable ?

Les nouveaux comportements sexuels brisent la chaîne qui liait automatiquement sexe et amour. L’amour n’est plus une donnée de base ; il ne s’impose plus comme exclusif, centré sur une seule personne et comme éternel, devant toujours durer. C’est à chacun de reconstruire les liens entre sexe et amour. Il faut bien se rendre compte que les représentations traditionnelles de l’amour ont produit la soumission des femmes, les violences qu’elles ont subies, l’homophobie comme les phobies par rapport aux LGBTQI, lesbiennes gays, trans, queers et intersexes.

« Les nouvelles hétérosexualités » est paru aux éditions érès, 205 p., 12,50 euros

 
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