Une étudiante belge sur cinq a subi une tentative de viol: les révélations choquantes d'une nouvelle étude

Une étudiante belge sur cinq a subi une tentative de viol: les révélations choquantes d'une nouvelle étude

Est-ce la conséquence de la déferlante MeToo ? Sans doute ! Notre époque traque plus que jamais les agressions sexuelles dont les femmes sont les objets et qui furent longtemps banalisées au point que l’on parle de culture du viol pour qualifier les comportements de la société occidentale. Ces violences se passent partout, dans les foyers, les rues, les transports en commun, les bureaux, les usines, les boîtes de nuit. Et les campus universitaires ne sont guère épargnés. Bien au contraire ! Alors que ces lieux rassemblent des jeunes gens éduqués et formés, les universités sont les cadres de nombreux comportements de harcèlement comme l’ont montré maintes études réalisées outre Atlantique. Celles-ci soulignent que les jeunes filles de 18 à 24 ans sont deux à quatre fois plus susceptibles de se faire agresser et que pas moins de 20 % des étudiantes signalent avoir eu au moins une expérience sexuelle non voulue pendant leurs études à l’université.

Étonnamment en Europe, peu de travaux se sont intéressés à la problématique. Mais au 10e Congrès international francophone sur l’agression sexuelle qui s’est tenu à Montpellier en juin dernier, le Professeur belge Serge Garcet attaché au département de criminologie – victimologie de l’Université de Liège a présenté les résultats d’une étude qu’il a entreprise avant l’affaire Weinstein. Menée auprès de 497 jeunes étudiants de différentes facultés de l’université liégeoise, « Pratiques sexuelles forcées et agressions sexuelles dans un échantillon d’étudiants universitaires francophones » confirme l’ampleur du phénomène déjà observé dans le monde anglo-saxon.

Voici ces chiffres :

23 % des étudiantes ont vécu une tentative de relation sexuelle non désirée avec pénétration, contre 14 % pour les étudiants.(*)

6 % des étudiantes ont subi une relation sexuelle non désirée.

3,5 % des étudiantes ont connu une situation dans laquelle une personne a tenté d’obtenir un geste sexuel par la menace de contraintes physiques.

53 % des étudiants (tous sexes confondus) ont déjà été touchés au niveau des fesses.

25 % des étudiants (tous sexes confondus) ont été touchés au niveau des parties génitales.

74 % des comportements de harcèlement sont posés par un proche de la victime, habituellement en soirée ou au domicile de la victime ou de l’auteur.

L’alcool diminue les défenses de la victime

« Ces pourcentages sont élevés car les campus universitaires rassemblent des personnes jeunes qui font souvent la fête et consomment une quantité importante d’alcool », explique Serge Garcet. « Or l’alcool diminue les défenses de la victime et désinhibe l’agresseur qui se sent plus légitime dans ses demandes sexuelles. L’imprégnation alcoolique joue un rôle important puisque près de 65 % des agresseurs et des victimes étaient sous l’emprise de l’alcool lors des faits. 16 % des étudiants interrogés reconnaissent également avoir été incités à consommer jusqu’à l’ivresse dans le but d’obtenir de leur part des gestes à caractère sexuel, dont près de 4 % pour des rapports sexuels génitaux. Le conseil de faire boire les filles pour les avoir dans son lit est bien connu et parfois même suggéré par certaines confréries étudiantes. Ces données interpellent car ces comportements de harcèlement sont le fait de jeunes gens éduqués et de familles généralement socialement et économiquement aisées. »

Le psychologue de l’Université de Liège qui est aussi expert auprès des tribunaux s’est également intéressé à la tolérance que les étudiants avaient par rapport à ces violences sexuelles et là aussi, les mauvaises surprises sont au rendez-vous. Il a en effet montré qu’elle variait en fonction des sexes. Un étudiant masculin ne voit pas nécessairement ses comportements sexualisés comme des agressions ce qui amène à une banalisation de ce type de comportements. Ainsi pas moins de 38,83 % des étudiants admettent toucher parfois ou souvent les fesses et 22,33 % les parties génitales !

Les stéréotypes de genre subsistent

« Ces chiffres font réfléchir : près de 40 % des étudiants mettent la main aux fesses sans que cela ne leur pose problème… Il est triste de voir que les stéréotypes de genre subsistent encore et toujours », commente Serge Garcet. « Les garçons ont une plus grande tolérance par rapport à des comportements de harcèlement. J’ai également constaté qu’ils trouvaient normal de forcer une fille à avoir des rapports sexuels s’ils avaient dépensé de l’argent en l’invitant au restaurant ou à boire un verre, s’ils pensent que la fille les a excités sexuellement, qu’elle a laissé le garçon lui toucher la poitrine ou les fesses ou encore s’ils étaient en couple depuis un certain temps. Ils n’ont pas encore intégré que même si une fille a accepté de sortir avec eux ou même de se retrouver dans leur logement, elle peut refuser à tout moment la relation. Le propos « quand c’est non, c’est non », n’est pas encore intégré. Mais ils ne sont pas les seuls à vivre ces stéréotypes de genre ; les filles les véhiculent également même si c’est souvent à leurs dépens. Nombreuses sont celles encore qui acceptent une série de comportements abusifs et trouvent qu’il est normal de vivre un rapport sexuel même si elles n’en ont pas totalement envie. »

Pour s’attaquer à ces comportements, harcèlements et violences sexuelles, Serge Garcet défend l’éducation sexuelle.

(*) « Il est difficile dans les différentes études de différencier clairement ce qui est de l’ordre du viol avec pénétration orale, vaginale ou anale des autres comportements d’agressions. En clair le garçon qui caresse les parties génitales et les seins en cherchant à arriver à la pénétration est une expérience sexuelle non voulue et s’il n’y arrive pas… une tentative de relation sexuelle, » commente Serge Garcet pour expliquer que certaines études parlent d’« agressions sexuelles » et d’autres de « tentatives de rapports sexuels ».

 
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