Le côté sombre de la jouissance

Le côté sombre de la jouissance

L’orgasme ! Il est le nouvel impératif catégorique de notre intimité. La jouissance symbolise aujourd’hui l’épanouissement intime, la maîtrise des corps et la rencontre des cœurs. Tout couple se doit de monter au 7 e ciel s’il se prétend heureux. Cette nouvelle norme peut être vécue comme un diktat, entraîner des effets pervers – la simulation notamment – et effacer bien des réalités. Ainsi l’orgasme peut ne pas engendrer les sensations de bien-être tout à la fois physiques et psychiques, corporelles et émotionnelles. Jouir peut n’être qu’une simple décharge physique. On parle alors non d’orgasme mais d’orgaste.

Orgasme versus Orgaste

Mais parfois même l’orgasme peut être associé à des émotions négatives et être mal vécu ! Les psys Sara B. Chadwick, Miriam Francisco et Sari M. van Anders de l’université du Michigan et de la Queen’s University de Kingston viennent de publier une intéressante étude « When Orgasms Do Not Equal Pleasure (1) et de démontrer que la jouissance n’est pas systématiquement synonyme de plaisirs et que la volupté suprême peut même être vécue comme une mauvaise expérience.

On ne s’attardera pas ici au côté tabou de leur recherche qui explore la possible jouissance lors de rapports non consentis. Le corps peut en effet réagir aux stimuli physiques au contraire du psychisme qui abusé et non respecté est traumatisé. Ce volet de la recherche est important qui casse le mythe qu’une femme qui jouit est forcément consentante mais on préfère se concentrer sur les sensations et émotions ressenties lors de rapports consentis. Même dans ce cadre, la jouissance peut être perçue comme non positive et même négative. Les trois psychologues ont interrogé pas moins de 726 personnes d’identités sexuelles différentes, des hétéros, homos, trans… qui avaient vécu des émotions négatives lors de leurs orgasmes et discuté avec 298 d’entre elles pour découvrir que l’apex physique du plaisir peut engendrer des effets négatifs sur les relations affectives et sexuelles quand ce n’est pas sur la santé psychologique de l’individu. Les mauvais orgasmes bouleversent, frustrent, déçoivent quand ils ne donnent pas le sentiment d’être trahis par le corps.

Des problèmes liés à la religion, les stéréotypes ethniques…

Les causes de ces mauvaises expériences sont multiples et variées : un mal-être par rapport à son identité sexuelle, les conflits d’identité de genre, un préjugé ethnique, une éducation religieuse, une pression du partenaire à jouir, un rapport non désiré qu’on accepte pour faire plaisir, une relation amoureuse difficile, des sentiments mitigés par rapport à l’autre…

Les 3 auteures ont ainsi reçu des confidences très différentes. Ainsi de nombreuses femmes leur ont confié qu’elles se sentent obligées d’avoir un orgasme pour protéger l’ego de leur partenaire masculin. Tant d’hommes perçoivent la jouissance comme la preuve qu’ils sont de bons amants. Une autre a évoqué la forte pression de sa partenaire très amoureuse qui veut qu’elle connaisse des orgasmes multiples à chaque rapport. « Souvent, si je ne venais pas ou pas autant qu’elle le voulait, elle était frustrée et elle m’accusait de ne pas être attirée par elle ou d’accorder trop d’importance à notre vie sexuelle. »

Des hommes et femmes bisexuels ont dit se sentir contraint à atteindre un orgasme avec des partenaires de sexe différent afin de « prouver » qu’ils étaient vraiment bisexuels. Pour certains transgenres, l’orgasme a été le rappel qu’ils sont dans le mauvais corps et dès lors mal vécu.

Un homme bisexuel a évoqué un rapport sexuel avec une femme vis-à-vis de laquelle il a peu d’attirance : « elle a fini par pleurer et m’a demandé pourquoi je ne pouvais pas avoir d’orgasme. Cela a vraiment tué l’ambiance. Ce n’a pas été une bonne expérience. L’orgasme était beaucoup moins agréable. Plus comme un soulagement que du plaisir. »

Une femme noire a confié que sa couleur de peau est associée par certains partenaires aux plaisirs et aux facilités orgasmiques. Elle est noire, elle doit dès lors jouir vite, facilement, souvent. L’orgasme devient déplaisant.

Des personnes ayant reçu une éducation religieuse très stricte ont dit combien ils culpabilisent de jouir et ressentent le plaisir comme honteux.

Ainsi jouir n’est pas forcément une expérience positive. Il n’est pas forcément synonyme de satisfaction sexuelle et d’épanouissement. L’orgasme ne rend pas automatiquement le sexe « génial ». Et l’obligation de jouir de notre époque peut avoir ses revers… « Notre étude souligne que des sentiments négatifs peuvent diminuer la qualité d’un orgasme lors d’un rapport consensuel en atténuant ou rendant négatif le plaisir physique et/ou psychologique associé à l’orgasme », concluent les auteures.

Ecouter ses envies et celles de son partenaire

Rien n’est simple en la matière et cette étude confirme combien la sexualité est complexe tant elle englobe le physique et le psychique. On peut jouir et ne pas être bien. Elle montre aussi combien un rapport sexuel est une rencontre avec l’autre et qu’il s’agit d’écouter ses envies et besoins mais aussi ceux de son partenaire. Certains participants ont d’ailleurs souligné que ces mauvais orgasmes ont été l’occasion de rediscuter avec leur partenaire de ce qu’elles attendaient d’une relation sexuelle ou ce qu’elles aimaient. La communication reste un élément essentiel dans une relation de couple. Il faut parler !« Pour une bonne sexualité, les personnes doivent écouter attentivement les besoins et les désirs explicites de leur partenaire, mais aussi les choses non déclarées qu’elles communiquent (par exemple, de manière non verbale, avec des gestes, etc.). Réfléchissez à des questions telles que : votre partenaire s’est-il détourné de vous ou n’a-t-il pas répondu lorsque vous avez tenté d’initier une relation sexuelle ? Ont-ils dit qu’ils avaient fini avec une relation sexuelle bien qu’ils n’aient pas l’orgasme ? », ont d’ailleurs déclaré les chercheuses à PsyPost. PsyPost.org est un site d’information en psychologie consacré à la publication de rapports de recherche sur le comportement humain, la cognition et la société.

(1) When Orgasms Do Not Equal Pleasure : Accounts of « Bad » Orgasm Experiences During Consensual Sexual Encounters dans Archives of Sexual Behavior, November 2019.

 
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