Quand le sexe retarde la ménopause

Quand le sexe retarde la ménopause

Bouffées de chaleur, sautes d’humeur, coups de blues quand ce n’est pas anxiété et irritabilité, nuits difficiles entrecoupées de moments d’éveil, transpirations excessives entre les draps : les joyeusetés de la ménopause sont pléthore. Et pour couronner le tout, l’intime est perturbé par la sécheresse vaginale qui peut transformer les rapports sexuels en moments inconfortables et même douloureux. Face à ces problèmes, il n’est pas facile de conserver le désir qui déjà se fragilise par la (mauvaise) image qu’on a de soi. Se sentir désirable avec un corps et un visage fatigués par les années – la ménopause survient entre 45 et 55 ans pour la majorité – est un défi pour bien des femmes dans une société qui valorise tant la jeunesse… Combien de quadras et quinquas vivent-elles encore de fréquents ébats ?

Pourtant une sexualité vivante peut retarder cette période délicate de la vie féminine ! Les anthropologues britanniques Megan Arnot et Ruth Mace de l’UCL, l’University College of London, viennent de publier en ce mois de janvier 2020 une étude (1) qui tend à le montrer. Les deux auteures y expliquent qu’elles se sont intéressées à la problématique car elles étaient troublées par le fait constaté dans certaines études que les femmes en couple avaient une ménopause généralement plus tardive que les célibataires ou divorcées. Elles ont voulu savoir pourquoi et se sont demandées si c’était le simple fait de vivre aux côtés d’un homme et de ressentir ses phéromones qui en était la cause ou si c’était le fait d’avoir des rapports sexuels qui expliquait une fin plus tardive de la fertilité d’une femme.

Pas moins de 2936 femmes interrogées

Pour tester leurs deux hypothèses, les deux anthropologues ont ainsi analysé les données rassemblées par l’étude SWAN (Study of Women’s Health Across the Nation) menée auprès de quelque 2936 Américaines âgées de 42 à 52 ans qui pendant dix ans, ont précisé quels étaient les changements biologiques et psychologiques qui se produisaient parallèlement à la ménopause. On note que les femmes ayant participé à l’étude étaient de toutes les origines ethniques, aussi bien afro-américaines que chinoises, japonaises, hispaniques ou caucasiennes et n’étaient pas ménopausées au début de l’étude. Certaines (46 %) étaient péri-ménopausées, présentant des troubles dans leurs cycles menstruels et des premières bouffées de chaleur tandis que les autres étaient en pré-ménopause sans symptôme apparent. Sur ce large échantillon, 45 % ont expérimenté une ménopause naturelle à environ 52 ans. Les deux anthropologues chercheuses se sont plus particulièrement intéressées à leurs comportements sexuels : que faisaient-elles dans l’intimité de leur chambre à coucher – ou ailleurs d’ailleurs ? Avaient-elles des rapports vaginaux ? Oraux ? À quelle fréquence ? Se masturbaient-elles ?

Megan Arnot et Ruth ont alors constaté que peu importe leur âge, les femmes qui déclaraient vivre une relation sexuelle étaient 28 % moins susceptibles de souffrir de ménopause que les femmes ayant des relations sexuelles moins d’une fois par mois.

Quant à une influence des phéromones, les auteurs l’ont éliminée, notant au passage que cette hypothèse pourrait être fondamentalement erronée car il n’existe aucune preuve concluante que les humains produisent des phéromones ou qu’ils sont capables de les détecter.

Un compromis adaptatif

Mais pourquoi une activité sexuelle retarderait-elle la ménopause ? Les anthropologues britanniques tentent une explication basée sur un « compromis adaptatif » ! Elles avancent qu’avoir des relations sexuelles pourrait signaler au corps qu’il existe une possibilité de tomber enceinte. « Un compromis adaptatif peut se produire entre un investissement énergétique continu dans l’ovulation et l’arrêt de la capacité de reproduction. Pendant l’ovulation, la fonction immunitaire de la femme est altérée, ce qui rend le corps plus sensible aux maladies. Par conséquent, si une grossesse est peu probable en raison d’un manque d’activité sexuelle, il ne serait pas avantageux d’allouer de l’énergie à un processus coûteux, surtout s’il existe la possibilité d’investir des ressources dans des parents existants. L’idée que les femmes cessent d’être fertililes afin d’investir dans la parenté est connue sous le nom d’hypothèse de grand-mère, qui prédit que la ménopause a évolué chez l’homme pour réduire les conflits reproductifs entre différentes générations de femmes et permettre aux femmes plus âgées d’ investir dans leurs petits-enfants. Il peut être coûteux pour une femme de cesser la fonction ovulatoire si les chances de devenir enceinte sont encore élevées. En d’autres termes, si elle est toujours en mesure d’avoir des relations sexuelles, il peut être préférable de maintenir la fonction de son cycle menstruel pendant un peu plus longtemps. »

Vous l’avez compris, si à l’approche de la quarantaine, vous avez peu de relations sexuelles, votre corps ne recevra plus les signaux physiques d’une possible grossesse et il pourrait dès lors lui sembler plus intéressant de ne plus investir ses ressources dans l’ovulation pour vous permettre de vous occuper de vos petits enfants. À l’inverse, si vous avez encore des relations sexuelles régulièrement, votre corps s’adaptera et vous permettra d’ovuler un peu plus longtemps....

(1) « Sexual frequency is associated with age of natural menopause : results from the Study of Women’s Health Across the Nation » étude de Megan Arnot et Ruth Mace, publiée le 15 janvier 2020 dans The royal society Publishing

 
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