Les nominations aux César, consolation pour les films qui ont bravé la pandémie

César 2020
César 2020

Au total, 133 films français ont été recensés par l’Académie des César, profondément remaniée après une crise historique l’an dernier. Ils sont passés entre les gouttes, pendant les quelques mois d’ouverture des salles (de janvier à début mars, puis entre les deux confinements, de fin juin à octobre).

Les valeurs sûres

Qui pour succéder aux «Misérables» de Ladj Ly ? Après une année catastrophe pour le 7e art, les César mettront peut-être sur les rangs des valeurs sûres de la comédie absurde, comme Albert Dupontel pour «Adieu les Cons» ou le duo Benoît Delépine/Gustave Kervern pour «Effacer l’historique». Deux films qui ont réussi à faire rire sous les masques chirurgicaux.

D’autres postulants sont sur les rangs, comme François Ozon («Eté 85»), habitué des nominations mais éternel déçu à l’heure des récompenses, ou l’actrice deux fois couronnée Isabelle Huppert, mi-flic mi-dealeuse dans la comédie «La Daronne», pour lequel elle a dû apprendre à prononcer la langue arabe...

On citera également «Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait», d’Emmanuel Mouret sur les vicissitudes de l’amour, qui a remporté les «Lumières» de la presse internationale, un prix donnant souvent le ton pour les César. Ou encore deux films à la carrière brisée par un confinement: le biopic «De Gaulle» avec Lambert Wilson, «ADN» de l’actrice et réalisatrice Maïwenn. Ce drame mêle la petite et la grande histoire, la famille et les relations franco-algériennes.

Les belles surprises

Dans la catégorie «personne ne les avait vus venir», l’acteur et réalisateur Jean-Pascal Zadi a été le succès public de l’été, avec plus de 700.000 entrées avec «Tout simplement noir». Une nomination serait une suite logique pour cette comédie à sketchs, politique mais pleine de dérision, qui s’attaque aux clichés sur les Noirs, par un artiste qui ne vient pas du sérail.

Jusqu’ici peu connue du grand public, Caroline Vignal s’est elle aussi imposée, avec plus de 700.000 entrées pour sa comédie «Antoinette dans les Cévennes», portée par Laure Calamy... et l’âne Patrick. Le film devrait logiquement se tailler une place dans les nominations. Côté documentaire, «Un pays qui se tient sage» de David Dufresne, procès en règle des violences policières en France, devrait retenir l’attention, tout comme «Adolescentes» de Sébastien Lifshitz, qui pourrait poursuivre sa carrière, après avoir remporté fin janvier le prix Louis-Delluc.

Dans un tout autre genre, l’acteur Nicolas Maury a su émouvoir en passant à la réalisation avec «Garçon chiffon» tandis que la cinéaste Maïmouna Doucouré a frappé fort avec «Mignonnes» et ses bluffantes actrices adolescentes, dénonçant à la fois l’hypersexualisation des enfants et le poids des traditions. Et sa présélection aux Oscars pourrait donner envie aux Académiciens de se repencher sur «Deux», premier long-métrage de l’Italien Filippo Meneghetti, un drame resté confidentiel sur une thématique peu explorée: la vieillesse et l’amour entre femmes âgées.

Une nouvelle ère ?

Très attendues par la profession, ces nominations, à l’issue du premier tour de vote des 4.300 membres issus de la profession, sont aussi les premières d’une nouvelle ère pour l’Académie des César, qui doit donner des gages de son profond renouvellement.

Fondée il y a 45 ans, sa direction a explosé en vol à l’approche de la remise des prix 2020, minée par l’entre soi et l’opacité. Avant le coup de grâce lors de la cérémonie - le César du meilleur réalisateur décerné à Roman Polanski, accusé de viol, pour «J’accuse» - provoquant la fureur et le départ de l’actrice Adèle Haenel.

La nouvelle direction, sous l’égide de Véronique Cayla, a tout revu: Polanski ne fait plus partie des membres, les Césars se veulent démocratiques et paritaires. La cérémonie, prévue le 12 mars, aura valeur de test, sous la présidence de Roschdy Zem, avec Marina Foïs en maîtresse de cérémonie, Laurent Lafitte et Blanche Gardin à l’écriture des sketchs.

 
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