«J’étais à moitié morte»: les révélations de Britney Spears dans ses mémoires
« La Femme en moi », aux éditions JCLattès (« The Woman in Me » aux éditions Simon & Schuster aux États-Unis), sort mardi dans les librairies d’une vingtaine de pays.

De son enfance dans le sud des États-Unis à l’infantilisation permanente qu’elle a vécue, en passant par sa rupture avec Justin Timberlake : voici quelques moments forts tirés des mémoires de Britney Spears, que l’AFP a pu lire avant leur sortie mardi.
Violences familiales
« A la maison, j’avais peur », écrit la chanteuse dès les premières pages de son livre, « The Woman in Me » (éditions Simon & Schuster aux États-Unis et JCLattès en France, sous le titre « La femme en moi »).
La raison ? Son père, Jamie Spears, qui a régenté tous les aspects de sa vie personnelle et professionnelle pendant treize ans. Décrit comme alcoolique et violent, il n’a eu de cesse, au fil des années, de la « rabaisser ». C’est dans ce contexte qu’elle raconte commencer à boire à l’âge de 13 ans, avec sa mère.
La chanteuse remonte le fil familial pour tenter d’expliquer l’origine de cette violence. Comme lorsqu’elle revient sur sa grand-mère paternelle, Jean. Internée par son grand-père, elle se suicida à l’âge de 31 ans sur la tombe de son nourrisson.
Syndrome « Benjamin Button »
Rester éternellement la jeune fille de 17 ans qui s’est imposée dans le coeur de millions de personnes au moment de son tube « Baby One More Time » : voilà envers quoi la chanteuse a lutté pendant des années. Dans le même temps, elle reconnaît avoir souffert du syndrome « Benjamin Button ».
Référence au film éponyme avec Brad Pitt, inspirée de la nouvelle du même nom écrite par F. Scott Fitzgerald, qui met en scène un homme qui naît vieux et qui rajeunit au fil des années. C’est précisément ce que la star dit avoir vécu à plusieurs moments de sa vie.
D’abord lors de sa rupture avec Justin Timberlake, où elle se cloître chez elle, ne quittant plus son lit, telle une enfant, pendant des jours. Puis à la naissance de ses enfants, où elle raconte avoir le sentiment de « redevenir un bébé ». Plus globalement, le fait d’avoir été sous tutelle l’a considérablement infantilisée, au point de ne pas savoir être une « femme adulte ».
Justin Timberlake
Il a été son grand amour. Pourtant, la pop star n’a jamais livré au public les détails de leur séparation. C’est désormais chose faite dans le livre où elle explique avoir été « dévastée » lorsque Justin Timberlake a rompu « par texto » avec elle.
Lorsqu’il met en scène leur rupture dans son clip « Cry Me a River », allant jusqu’à choisir une actrice ressemblant à Britney Spears, elle se tait, encaisse en silence alors qu’elle est jetée en pâture aux médias. La cause ? Elle aurait trompé son partenaire. Si elle admet avoir trompé le chanteur une seule fois, cela était, selon elle, monnaie courante chez lui.
Décrite par les médias comme une « trainée », elle est contrainte, par son père, de donner une interview à la journaliste américaine Diane Sawyer qui lui demande ce qu’elle a fait à Timberlake pour lui causer « tant de douleur ».
« J’ai eu l’impression d’avoir été exploitée », écrit-elle. « Piégée devant le monde entier ».
La tutelle
« Britney Spears, c’est moi », lui dira son père lorsqu’elle tente de remettre en cause la tutelle qui lui a confisqué treize ans de sa vie. « Si je n’étais pas en état de prendre des décisions, pourquoi m’estimait-on capable de me produire en public ? », écrit-elle en référence aux 200 shows qu’elle a donnés, sous tutelle, lors de sa résidence à Las Vegas.
« Pendant deux ans, je n’ai quasiment rien mangé d’autre que du poulet et des légumes en conserve. (.) Je suppliais pour un hamburger ou une glace », raconte-t-elle.
Elle évoque longuement son internement en 2019 dans le livre. Sous antidépresseurs et lithium, « j’étais à moitié morte », écrit-elle. « J’avais l’impression qu’on voulait me tuer », dit-elle encore. Et de louer « une force en (elle) » qui lui a permis de tenir et se rebeller.
« Réduite au silence » durant treize ans par sa famille, qui l’avait mise sous tutelle, Britney Spears reprend, à 41 ans, la parole à tous ceux qui la lui avaient confisquée, dans des mémoires sans concessions aux accents féministes.
Ce texte, que l’AFP a pu lire, répond à un objectif pour la chanteuse, libérée de cette tutelle qui a réglé le moindre aspect de sa vie pendant 13 ans : se réapproprier sa propre histoire.
« Je n’ai pas écrit ce livre dans le but d’insulter qui que ce soit !!! C’est le passé, je n’aime pas les titres de presse que je suis en train de lire », a-t-elle écrit vendredi sur son compte Instagram.
Cash sans jamais être cru, le livre n’occulte rien, de l’ascension de l’interprète de « Toxic » jusqu’à sa descente aux enfers en 2007 et cette longue tutelle, qui la privait de toute liberté.
Le récit, au style très oral, sans prétention littéraire, laisse le lecteur sidéré. Sans tabou, la pop star se dévoile entièrement. « C’est le texte d’une femme debout », déclare à l’AFP la PDG des éditions Lattès, Véronique Cardi, qui publie le livre en France.
Les stigmates de son enfance
Grâce aux précommandes, le livre est déjà en tête des ventes sur Amazon aux États-Unis, en France ou encore en Espagne.
Tout au long de ses près de 300 pages, la chanteuse raconte comment cette tutelle dictée par son père (avec le soutien de sa mère et sa soeur) a brisé « la femme en elle ».
Le récit s’ouvre sur son enfance. Elle raconte le stigmate de « grandir pauvre » avec un père alcoolique, qui terrorise la maisonnée. « Le désaccord n’était pas toléré », écrit-elle. « La tragédie, c’est ma famille ».
Et d’évoquer le destin de sa grand-mère paternelle Jean, que son mari a fait interner et qui s’est suicidée sur la tombe de son nourrisson, au terme de huit années d’un deuil insupportable.
De cette femme qu’elle n’a pas connue mais dont on lui dit qu’elle lui ressemble, la chanteuse se sent proche. Elle le ressent encore plus alors qu’elle est internée de force et, elle aussi, gavée de lithium.
Avant cela, à 11 ans, elle enchaîne les cours de danse à New York, au point « de ne pas avoir une minute pour être une enfant », écrit-elle.
La suite, tout le monde la connaît. Elle accède à la notoriété avec « Baby One More Time ». S’ouvre la plus belle période de sa vie, quand elle vit avec le chanteur Justin Timberlake.
Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’elle tombe alors enceinte et avorte, à contrecoeur.
« Traînée »
Le couple ne résistera pas à des infidélités. Mais tandis qu’elle les tait, lui s’en plaint publiquement. Il met en scène sa vision de l’histoire dans son clip « Cry Me a River », avec lequel il gagne une notoriété mondiale.
Soudainement, l’image de la gentille collégienne change, écrit-elle : elle devient une « traînée », à laquelle les médias demandent des comptes sur cette rupture.
La « descente aux enfers » a lieu en 2007. La chanteuse, mère de deux enfants très jeunes, avec le danseur Kevin Federline, est soumise à une pression constante des paparazzis. Et le couple bat de l’aile.
Elle se rase la tête dans un salon de coiffure de Los Angeles, devant les caméras. « C’était une façon de dire ‘Fuck you’», lance-t-elle.
Épuisée, « en mille morceaux », elle accepte d’être internée. Que faire d’autre ? se demande-t-elle dans le livre. Elle l’accepte pour pouvoir retrouver ses fils un jour.
Mais elle enchaîne les concerts. « J’étais venue au monde pour alimenter leur compte en banque », dit-elle à propos de sa famille. En 2019, elle est à nouveau internée de force. Mais, cette fois, aidée de ses fans, elle se révolte. Et en 2021, les juges cassent la tutelle.
Sa vraie vie commence. Son envie ? « Remettre de l’ordre dans ma vie spirituelle et prêter attention aux petites choses », écrit-elle. Sa carrière musicale attendra.








