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Comment lutter contre les dérives de la voyance ?

Si la voyance peut apporter une aide dans un moment de doute, l’exploitation de la vulnérabilité des clients est un risque. Comment y voir plus clair ? Témoignages.
Temps de lecture: 5 min

Quand elle pousse la porte d’un salon de voyance il y a quelques années, Alice (prénom d’emprunt) est loin de s’imaginer l’enfer dans lequel elle s’engage… « J’avais 20 ans et je venais d’apprendre que j’étais enceinte. Mon petit ami n’était pas prêt à assumer, nous confie la mère de famille. J’étais totalement perdue, alors j’ai eu l’idée de me rendre chez un voyant qui avait pignon sur rue. J’avais besoin de pouvoir me raccrocher à quelque chose. Il m’a exposé des éléments assez vrais sur ma vie, ce qui m’a mise en confiance. »

De vaines « promesses »

La jeune fille pense alors que ce voyant va faire revenir son amoureux, c’est du moins ce qu’il lui prétend… Désespérée, elle veut y croire… Mais pour cela, l’homme lui affirme qu’il doit venir chez elle pour que son action soit plus « forte ». « Je vivais chez mes parents. Il m’avait dit que je devais être seule. J’ai donc organisé le rendez-vous quand il n’y avait personne à la maison. Dans ma chambre, il a installé des bougies, de l’encens, une statuette de la Vierge. La mise en scène était maîtrisée… »

Tellement désireuse de retrouver son amoureux, Alice obtempère à ce que lui dit l’individu : prendre une douche et s’enduire d’une lotion particulière pour attirer le cœur et l’esprit du futur papa. Alice s’exécute. Elle n’a que 20 ans, elle est jeune, fragile, vulnérable, naïve… « De retour dans ma chambre où il avait créé comme un petit temple, il m’a dit de m’allonger et de penser très fort à celui que j’aimais, que grâce à ce qu’il allait me faire, mon copain reviendrait. J’étais comme hypnotisée, j’obéissais, je ne parvenais plus à réfléchir, j’étais en réalité sous emprise ! ». Alice est sur le lit, l’homme la viole, elle ne parvient pas à bouger, son corps se fige. Après l’agression, il lui ordonne de ne rien dire à personne sinon sa prédiction ne se réalisera pas… Il va même jusqu’à exiger d’être payé pour la « séance » de voyance !

Alice n’a jamais déposé plainte personnellement par « peur » dit-elle. « II connaissait mon adresse et beaucoup de choses sur moi. » Elle a tout de même osé se confier à ses parents. Son père a alors dénoncé les faits à la police, mais Alice n’a jamais eu de retour…

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« Ils se trompent aussi ! »

Devenue adulte, elle reste « curieuse de tout », nous livre-t-elle. Elle a consulté d’autres voyantes à certaines étapes de sa vie. « J’ai vu un magnétiseur qui me réclamait des sommes folles, j’ai perdu près de 1.000 euros. Mais aujourd’hui, même si je reste attirée par les dons de certaines personnes, je suis beaucoup plus vigilante. »

Avec le recul, Alice a appris à mieux cibler ses recherches en arts divinatoires : « Si j’avais des conseils à donner pour éviter les pièges ? Ne jamais faire de séances chez vous, contrôler le prix, vérifier les avis, utiliser les dons de voyance comme un soutien et pas comme une vérité. Aujourd’hui, je retiens 60 % tout au plus de ce que l’on me dit car, malgré leurs capacités, ils se trompent aussi ! »

Plus d’un Belge sur dix aurait déjà eu recours à la voyance au moins une fois dans sa vie. Si nombre de praticiens partagent leur don avec bienveillance et honnêteté, la fragilité, lors d’une épreuve, peut malheureusement rendre crédule face à des pseudo-marabouts qui parviennent à faire avaler des balivernes.

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Aucun cadre légal

En Belgique, tout le monde peut s’improviser voyant, même sans en avoir la moindre compétence… Aucun cadre n’existe, et c’est là que le danger guette ! Les escroqueries aussi. Il y a quelques mois encore, une voyante d’origine française a arnaqué une femme du Brabant wallon. Montant du préjudice : 6.000 euros. Toutes les économies de la victime y sont passées. L’enquête a permis de remonter jusqu’à cette prétendue voyante qui sévissait par téléphone en demandant à sa proie de verser de l’argent sur un compte allemand. L’arnaqueuse française (qui ne s’est pas présentée au tribunal) a été condamnée par défaut par la justice belge à huit mois de prison ferme et au remboursement de la somme perçue.

Mais la honte s’empare souvent des personnes lésées et déjà fragilisées. Rares sont celles qui osent déposer plainte ! Le parcours judiciaire qui attend les victimes, long et fastidieux, s’avère souvent rédhibitoire quand la vie supporte déjà un lourd fardeau…

Le risque d’arnaque est réel mais peu de victimes osent porter plainte.
Le risque d’arnaque est réel mais peu de victimes osent porter plainte. - BelgaImage

« Garder son discernement »

À 44 ans, Barbara (prénom d’emprunt), elle, a consulté une voyante au moment de son divorce. Elle se sentait dans le brouillard, ne savait pas si elle prenait la bonne décision, craignait pour l’équilibre émotionnel de ses enfants et le sien en changeant de vie. « Je suis allée voir une dame recommandée par le bouche-à-oreille. Elle m’a prédit des choses : selon elle, j’allais retrouver rapidement une vie harmonieuse, recevoir un « cadeau » financier et retrouver le vrai amour de manière fulgurante », se souvient Barbara. Avant de poursuivre : « Je vous avoue que rien ne s’est passé comme elle me l’a dit. Alors, ai-je été arnaquée ou pas ? Très honnêtement, je ne dirais pas cela ! Elle m’a consacré du temps, elle m’a écoutée et a mis à ma disposition les outils dont elle disposait. Je suis très ouverte au monde de la voyance, des cartes, des énergies… Je suis sûre que cela peut réellement apporter un plus, des pistes de réflexion et permettre d’évoluer en travaillant sur soi. Mais je reste convaincue que l’on ne doit jamais mettre son propre pouvoir entre les mains d’une voyante, ou de quiconque d’ailleurs. On peut aller y chercher des éclairages, des pistes, mais en gardant toujours son discernement, son intuition, son libre arbitre et, surtout, ne jamais perdre de vue que l’on est responsable de sa vie et de ses choix ! »

« C’est bluffant »

Si elles peuvent faire vriller des personnes vulnérables, les croyances peuvent aussi ouvrir des pistes de réflexion ou de réconfort. C’est le cas de Jacques (prénom d’emprunt), 59 ans. Homme d’affaires, il s’est retrouvé dans une situation professionnelle complexe. « Après avoir tout analysé, je ne voyais pas d’issue, nous livre Jacques. Je suis quelqu’un de très rationnel et cartésien. Mais face à cette situation que je ne maîtrisais pas et dans laquelle je ne parvenais plus à voir clair, j’avais besoin d’avoir des réponses et des perspectives. Je me suis lancé dans cette voie de la voyance. Au début, j’ai été très prudent ! Je n’ai donné aucun indice pour tester les aptitudes de la voyante. J’ai été immédiatement bluffé par des éléments de mon passé et de mon présent qu’elle m‘a donnés… Elle a même identifié une fracture osseuse que j’avais eue il y a des années ! Cette personne a ensuite été très précise sur des événements de ma vie à venir, allant même jusqu’à me donner des périodes datées pour des évolutions. Jusqu’à présent, tout s’est révélé juste. C’est bluffant. Alors, est-ce vraiment une vision de l’avenir, une clairvoyance face à la personne ou une connaissance élevée en sciences humaines ? Finalement, peu importe, cela m’a coûté 50 euros la séance et cela a surtout évité bien des séances chez un psychologue ! »

Y croire ? Ne pas y croire ? Face à aux tensions qui traversent la société actuelle, de plus en plus de gens se raccrochent à une dimension ésotérique pour garder le cap. Le nombre d’abonnés aux sites de voyance, d’horoscope, de cartomancie, etc., explose. 2026 serait d’ailleurs synonyme d’un nouveau cycle énergétique. L’année du Cheval qui a démarré marquerait l’élan, l’action, la liberté, l’expression de soi, après le cycle du Serpent qui privilégiait l’introspection, le lâcher-prise et la mue intérieure ces neuf dernières années. Ce type de « message » a envahi la Toile en ce début d’année.

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