L’édito de Pierre De Vuyst : des princesses en treillis

Trois jeunes femmes, trois futures reines, trois militaires. L’image aurait semblé improbable il y a un demi-siècle. Aujourd’hui, elle paraît naturelle. Elisabeth de Belgique, Leonor d’Espagne et Catharina-Amalia des Pays-Bas ont appris ou apprennent à commander des hommes, à vivre la discipline, à porter l’uniforme. La finalité est symbolique avant tout. Elles deviendront un jour cheffes des armées de leur pays, mais elles n’auront jamais à les conduire au combat. Cependant, ces princesses en treillis racontent surtout leur époque. Il y a trente ans, au moment où disparaissait le service militaire en Belgique, devenir soldat n’était plus un premier choix, mais relevait presque de l’anachronisme. Aujourd’hui, en Belgique, le prince Gabriel embrasse la carrière sous les drapeaux, des jeunes étudiants hésitent entre l’école de commerce et l’École royale militaire. Pour une génération Z (1997-2012) qui a grandi avec les crises, les pandémies et la guerre aux portes de l’Europe, l’uniforme n’évoque plus seulement le devoir. Il promet aussi un métier, une stabilité, un cap.
Le monde a changé. Les conflits en Ukraine et au Proche-Orient, les budgets militaires qui s’envolent, les démonstrations de force devenues ordinaires : l’Europe redécouvre que la paix n’est jamais un acquis. Ces trois princesses ne sont pas que le signe d’une monarchie redevenue plus guerrière, elles sont le reflet d’un continent qui se réarme, moins par goût des armes que par crainte de devoir s’en servir. Symboles de paix et d’unité depuis 80 ans en Europe, les monarchies sont le reflet de leur temps. Et leurs enfants doivent à nouveau apprendre à faire la guerre.









