C’est quoi le carcinome dont le pape est atteint ?

Le cancer du poumon de Léon XIV, dont il ne souffrait d’aucun symptôme (ni toux persistante, ni essoufflement inhabituel, ni douleur thoracique), a été découvert par hasard au cours d’une série d’examens médicaux de routine (et non lors d’un programme de dépistage organisé), ce qui lui a permis de bénéficier d’une prise en charge très précoce. Le Pape présentait en effet un nodule, plus précisément un adénocarcinome pulmonaire, heureusement localisé. Dès la découverte de celui-ci, le Saint-Père a été opéré à l’hôpital Gemelli de Rome. Ses chirurgiens, le Dr Luigi Carbone et le Dr Stefano Margaritora, ont décidé, plutôt que de prélever uniquement le nodule, de pratiquer l’ablation du lobe inférieur du poumon droit. Seuls les résultats définitifs des analyses en cours pourront déterminer l’étendue de la maladie et la nécessité éventuelle de traitements complémentaires à la chirurgie. Si le Pape est resté près de trois heures au bloc opératoire, l’intervention en tant que telle n’aura pris que 90 minutes. Le souverain pontife n’a eu aucune difficulté à se réveiller et a pu retourner dans sa chambre. Ce n’est qu’à l’issue de l’opération que la nature maligne de la lésion s’est révélée, à la suite de l’examen histologique réalisé en cours d’intervention.
Le nodule, c’est quoi ?
« Un poumon est rempli d’air. Il peut arriver que des amas de cellules s’installent et prennent alors la place de cet air ; c’est ce qu’on voit au scanner et qu’on appelle “nodule”, nous explique le Pr Frank Aboubakar, pneumologue spécialisé dans les cancers du poumon aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. Dans 95 % des cas, ces cellules sont bénignes. Ce sont par exemple des cellules inflammatoires (virus, augmentation des globules blancs révélateurs d’une pneumonie…). Les cellules cancéreuses peuvent aussi venir d’ailleurs, via la circulation sanguine ; elles prennent la place de l’air et grandissent dans les poumons. Ce sont alors souvent des métastases provenant d’un autre cancer. »
Lorsqu’un cancer du poumon est suspecté, le pneumologue pratique un examen préalable mini-invasif (ponction ou biopsie), à l’aide d’une caméra qui passe par les bronches (avec un guidage GPS) ou par l’extérieur avec une aiguille, en passant entre les côtes, sous anesthésie locale, avec un guidage par scanner réalisé par le radiologue. C’est cette biopsie que le pathologiste regarde au microscope pour établir le diagnostic de cancer. Quand le cancer est très localisé – comme c’est le cas pour le Pape – le traitement chirurgical devrait suffire. Par sécurité, des tests sont réalisés avant l’opération afin d’évaluer si la capacité respiratoire que le patient conservera après la chirurgie lui permettra de poursuivre ses activités habituelles sans limitation importante.
Le chirurgien peut être amené à pratiquer l’ablation d’un petit fragment du poumon, un segment, une subdivision d’un lobe, voire un lobe entier (le lobe droit dans le cas de Léon XIV). « Si le patient est une personne en bonne santé, qui n’a a priori pas fumé, sa convalescence après sa sortie de l’hôpital ne devrait durer que trois ou quatre semaines avant qu’il puisse à nouveau s’adonner à une activité physique douce comme la marche ou la natation, précise le Pr Aboubakar. En revanche, s’il s’agit d’un fumeur, avec une capacité respiratoire plus limitée et d’autres problèmes de santé, la convalescence peut prendre deux fois plus de temps, avec parfois une revalidation. »
Le cancer du poumon du fumeur et celui du non-fumeur ne sont en effet pas pareils. Chez le non-fumeur, c’est généralement une mutation déjà présente dans les cellules du poumon, causée notamment par la respiration chronique de particules fines (si l’on a habité longtemps par exemple près d’une autoroute, à proximité de ports ou de zones agricoles intensives), qui génèrent d’abord une inflammation pulmonaire favorisant la multiplication de ces cellules pulmonaires déjà porteuses de mutations. Dans les deux cas – fumeur ou non-fumeur – la chirurgie est le traitement de choix pour un nodule pulmonaire cancéreux localisé. « Inutile de paniquer, rappelez-vous que dans 95 % des cas, les nodules sont localisés et se révèlent bénins. Et même lorsqu’un nodule pulmonaire s’avère cancéreux, s’il est découvert à un stade très précoce, la chirurgie seule permet déjà la guérison de 90 % des patients », sourit le pneumologue.









