Sexe en tous genres

Sexe en tous genres
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Je suis une femme ; je suis donc attirée par un homme ! Forcément ! Naturellement ! Je suis un homme ; je suis donc attiré par une femme. Tels ont été longtemps les impératifs sexuels de la société occidentale soucieuse d’assurer sa perpétuation.

Mais les choses sont bien plus complexes et l’humanité amoureuse bien plus riche et diverse. La binarité a longtemps dominé notre façon de penser et voir le monde ; cette conception s’invitant dans notre intimité. Comme le note la philosophe Camille Froidevaux-Metterie dans « La révolution du féminin » (éd. Folio essais) le dualisme corps-esprit a dominé la philosophie occidentale depuis l’Antiquité grecque, constituant le socle d’une longue série de binômes hiérarchisés : passion versus raison, apparence versus réalité, nature versus culture, passivité versus activité... et bien évidemment femme versus homme.

Mais cette simplification a volé en éclats au XXe siècle et dans le domaine sexuel qui nous occupe ici, il a montré que l’identité de genre comme l’orientation sexuelle sont multiples et complexes !

Adieu la binarité de genre

L’identité de genre d’abord ; on parle aujourd’hui d’« identité de genre » et non d’ « identité sexuelle ». Petit rappel de ce qu’est le genre. Le genre n’est pas le sexe mais en simplifier, la construction sociale du sexe. Ainsi au genre masculin et au genre féminin, chaque société et chaque époque attribuent des rôles, comportements, activités et attributs différents quand ce ne sont pas des émotions, désirs et pensées. Au premier, l’Occident a été longtemps attribué la raison, l’intelligence même, l’action, l’efficacité, la combativité, la force, le courage, la loyauté, l’assurance, la perspicacité et au second, la sensibilité, la fragilité, l’émotion, le soin aux autres, le relationnel, la discrétion, l’humilité, la douceur, la patience.

Cis-genre ou transgenre

Mais tout cela a bougé et continue d’évoluer. Pour revenir à l’identité de genre, certaines personnes peuvent avoir un sexe biologique et ressentir appartenir à ce même genre. On parle alors de personnalités « cis-genres », cis venant du latin et signifiant du « même côté ». On peut donc avoir un sexe de femme et ressentir être du genre féminin. Par contre on peut avoir un sexe biologique d’homme ou de femme et avoir un sentiment d’appartenance à un autre genre. C’est le cas des « transgenres ». D’autres encore refusent l’imposition sociale de la binarité de genres et revendiquent un « genre fluide ». Ou ne se reconnaissent pas exclusivement dans les genres féminin ou masculin tels que la société les définit ; on parle de genre fluide. Ou affirment être sans genre ; il s’agit des « agenres ».

Hétéro, homo et autres

De même l’orientation sexuelle est multiple ! On peut être attiré par des personnes de l’autre sexe ; on parle d’ « orientation hétérosexuelle ». On peut être attiré par des personnes du même sexe ; il s’agit d’une « orientation homosexuelle ». Mais on peut aussi changer ses attirances : être à un moment de sa vie attiré par les hommes puis par les femmes. On parle de « préférence fluide ». Ou être attiré par les deux sexes ; il s’agit des « bisexuels ». Ou être attiré par une personne quel que soit son sexe ; on parle alors de « pan sexuel ». Ou ne pas ressentir d’attirance sexuelle tout en pouvant éprouver des sentiments de tendresse pour la personne ; ce sont les « asexuels »  ! Ou ne pas connaître de sentiment amoureux comme les « aromantiques ». Ou refuser tous les catégories et classifications qu’elles concernent l’identité ou l’orientation, tels les « queer »  ; on rappelle qu’au départ, au milieu des années 80, quand le mouvement « queer » s’est créé pour affirmer sa critique de l’hétérosexualité comme système de pouvoir, le terme était une insulte qui signifiait « bizarre », « étrange ».

Une biologie non binaire

On découvre ainsi que pour l’identité de genre comme pour l’orientation sexuelle, les choses sont multiples. Même en ce qui concerne la dimension biologique du sexe, les choses sont aussi plus nuancées qu’on voudrait le croire car certains enfants naissent avec des sexes qui ne correspondent pas aux normes définies par la société comme étant celles des garçons ou des filles et ont un pénis trop petit ou un Clitoris trop grand ou des taux hormonaux comme des caractéristiques génétiques qui ne correspondent à aucun des deux sexes reconnus. Il s’agit des « intersexes » qui selon certaines études formeraient pas moins d’1,7 % des naissances ; 2 % selon d’autres études. En Belgique, ces enfants furent longtemps opérés très jeunes pour que leur sexe corresponde aux normes en vigueur parfois en forçant la décision des parents.

Les combats LGBTQI+

Et aujourd’hui cette multiplicité s’exprime car sans doute notre société accepte davantage les différences. Cette acceptation est aussi le résultat du combat des groupes LGBTQI + qui militent activement pour faire reconnaître leurs existences et leurs droits. Mais ce qui est sûr, c’est que cette complexité des choses n’est pas d’un effet de mode ou l’invention de notre époque. Auparavant, comme l’explique la sociologue de genre Gabrielle Richard dans l’ouvrage « Hétéro, l’école ? « (éd. remue-ménage), les identités LGBTQI existaient mais « à force de répressions et de contrôle social, ces communautés ont été reléguées dans l’ombre. Les autorités médicales, policières et juridiques ont tantôt successivement, tantôt simultanément, criminalisé et marginalisé les personnes issues de la diversité sexuelle ». L’hétérosexualité a été valorisée et présentée comme le seul modèle naturel car il garantissait la reproduction de l’espèce

Chez nous, cela bouge mais beaucoup de jeunes qui ne se reconnaissent pas dans l’identité de genre ou l’hétérosexualité ont encore des difficultés à le dire et taisent leurs différences. Les études montrent une plus grande vulnérabilité des jeunes qui ont des identités de genre ou des préférences sexuelles différentes de la norme. Elles craignent d’être rejetées, harcelées, discriminées.

Violences subies

Si chez nous, la situation évolue dans le sens d’une acceptation, il fait reconnaître que ce n’est pas le cas partout.

Pas moins de 70 états membres de l’ONU continuent de criminaliser les actes sexuels consentis entre adultes de même sexe. Quelque 32 états ont des lois qui restreignent la liberté d’expression en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre. 41 états font obstacle à la formation, à la création ou à l’enregistrement d’ONG liées à l’orientation sexuelle. En Tchétchénie, les homosexuels sont emprisonnés quand ils ne sont pas tués par leur propre famille. En Iran, en Afghanistan, en Arabie Saoudite, au Soudan, en Somalie, au Nigeria et en Mauritanie, l’homosexualité est punie de mort. Au Brunei, les homosexuels sont condamnés à la lapidation. Au Brésil, une personne LGBTQI est assassinée toutes les 25 heures. Aux USA, les meurtres LGBTphobes ont presque doublé entre 2016 et 2017.

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