Le corps (musclé) des hommes

Le corps (musclé) des hommes

Le corps ! Il est aujourd’hui sacralisé et vénéré. Il se doit d’être séduisant pour exister sur le marché de l’amour. L’obligation concerne au premier chef les femmes qui toujours exposées aux regards masculins, sont astreintes à être et minces et musclées et jeunes et sexys. La liberté sexuelle et le marché de l’amour qu’il a engendré, ont enfermé les femmes dans les rôles d’objets sexuels et les ont contraintes à la séduction. «  La féminité est une performance visuelle », écrit la sociologue Eva Illouz dans son dernier ouvrage « La fin de l’amour » (édition Seuil). Et les industries de la mode et des cosmétiques comme celles de la pub ou du cinéma l’ont bien compris qui transforment leur corps en produits de consommation.

Assurer, rassurer et dominer

Les hommes semblent eux épargnés par ce diktat de l’apparence ; la société leur demandant avant tout de jouer les mâles, toujours calmes, toujours assurés, toujours rassurants, toujours compétitifs et bien évidemment dotés de certains moyens financiers. Il suffit de voir le couple formé par Donald Trump et Melania pour comprendre les différences des attentes sociétales vis-à-vis des hommes et des femmes. Pour séduire et conquérir, le corps d’un homme compte moins que pour une femme. Idem pour l’âge qui confère à l’homme l’assurance et l’expérience qu’on attend de lui. Et ces attentes leur épargnent bien des coups de blues et désarrois ; une étude australienne récente montrant que 50 % des femmes ressentent un profond malaise dans leur vie intime, notamment à cause de leur apparence(article ci-dessous : Sexe : le désarroi des femmes).

Manque de muscles et complexes

Mais les rôles de genre imposés aux hommes ne leur épargnent pas pour autant quelques complexes physiques. Eux aussi sont soumis à la dictature de l’apparence. Eux aussi doivent soigner leur corps pour plaire. Certes la pression esthétique est bien moindre que pour les femmes mais elle est réelle, engendrant même quelques frustrations comme on l’apprend dans une dernière étude (1) américaine publiée en février dernier dans le Journal of Social and Personal Relationships. Menée par Mark A. Flynn professeur adjoint à l’Université Emmanuel de Boston, Linda Lin et Emily Cotchett, elle montre que les hommes aussi - en tout cas, les 277 hommes de l’étude - sont insatisfaits de leurs corps et se rêvent plus musclés et plus costauds qu’ils ne le sont.

Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont montré à leurs participants âgés en moyenne de 36 ans de nombreux clichés présentant différentes silhouettes masculines, plus ou moins musclées. Les hommes devaient choisir d’une part des photos de corps auxquels ils s’identifiaient et d’autre part des images de corps idéal auquel ils aspiraient. Et la différence entre la réalité et l’idéalité fut telle qu’elle fut synonyme de mal-être selon les auteurs de l’étude.

Amies réelles ou virtuelles

Mais Mark A Flynn et ses deux collègues ne se sont pas contentés de ce constat qui confirme ceux d’études précédentes. Ils ont également demandé à leurs 277 hommes de désigner quelles images de silhouette représentaient le corps idéal pour leurs amis masculins, leurs amies proches, les hommes inscrits sur les réseaux sociaux et les femmes sur les réseaux sociaux. Et là surprise, c’est la perception qu’ont les hommes des préférences de leurs amies proches qui a une influence plus forte sur leurs sentiments d’insatisfaction physique. Tant au niveau de leur image globale corporelle que de leur musculature, c’est par rapport aux attentes de leurs amies réelles – et non virtuelles – qu’ils se sentent le plus mal à l’aise et insatisfaits.

No stress virtuel

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les réseaux sociaux dont on ne cesse de souligner l’impact croissant n’ont pas pris le pas sur les relations humaines. Les hommes semblent davantage craindre les jugements des femmes qu’ils rencontrent dans la vraie vie que ceux des personnes croisées virtuellement sur les réseaux.

Ils seraient ainsi encore épargnés par la dictature de l’image que les réseaux sociaux et applications de rencontre imposent. Ils ne semblent pas trop craindre de perdre de leur attractivité lors des « swipes » de Tinder. Au contraire des femmes…

(1)The relationship between men’s peer and social media muscularity ideal discrepancies and body satisfaction. Etude de Mark Allen Flynn, Emily Cotchett, Linda Lin. Publiée en février 2020 dans Journal of Social and Personal Relationships.

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