Sexe: des ados très conventionnels...

Sexe: des ados très conventionnels...

« Les garçons disent aux filles qu’ils les aiment alors qu’ils ne sont pas amoureux. »

« Les garçons se désintéressent d’une fille après avoir eu des relations sexuelles avec elle. »

« Les garçons ont des copines pour s’amuser plus que pour aimer. »

« Les filles devraient éviter les garçons parce qu’ils les incitent à avoir des relations sexuelles. »

« Les filles qui ont un petit ami sont irresponsables. »

« Les filles sont victimes de rumeurs si elles ont un petit ami. »

« Les filles ont souvent des « problèmes » lorsqu’elles ont un petit ami. »

On croirait les propos appartenant au passé. Pourtant ils sont actuels, datant de ce troisième millénaire ! Mieux encore, ce sont des ados âgés de 10 à 14 ans qui les ont proférés, les confiant lors d’entretiens menés lors de la première phase d’une vaste enquête internationale publiée en 2019 (1) ! Et ce sont d’autres jeunes du même âge qui ont plus ou moins confirmé de telles « vérités » et infirmé les autres. L’adolescence d’aujourd’hui perpétue ainsi les vieux stéréotypes de genre, confirme les rôles sexuels séculaires attribués aux hommes et aux femmes !

La sexualité naturelle des garçons

Et ce n’est pas la jeunesse d’un lointain pays non occidentalisé qui pense de la sorte. L’étude qui s’interroge sur les attentes communes aux différentes cultures en ce qui les comportements amoureux et sexuels des filles et des garçons, a été menée dans des cités aussi différentes que Gand en Belgique, Assiout en Égypte, Baltimore aux USA, Blantyre au Malawi, Cape Town en Afrique du sud, Cochabamba en Bolivie, Cuenca en Équateur, Edinbourgh en Écosse, Hanoï au Vietnam, Ile-Ife au Nigéria, Kinshasa en République Démocratique du Congo, Nairobi au Kenya, New Delhi en Inde, Ouagadougou au Burkina Faso et Shanghaï en Chine. Et le constat est sans appel : même s’il y a des différences entre les pays, quelle que soit la culture, les jeunes estiment que les garçons ont une sexualité « naturelle » et que ce sont eux, les garçons, les hommes, les mâles qui décident des jeux amoureux et prennent l’initiative. Les filles elles, n’ont pas ce pouvoir. Bien au contraire, elles doivent éviter les contacts avec les garçons car ils sont risqués. Ce sont elles aussi qui doivent assumer la responsabilité des conséquences des rapports sexuels…

Le pouvoir sexuel aux hommes

Ainsi cette dichotomie qui intègre des normes sociales traditionnelles accorde le pouvoir aux hommes et fragilise les femmes. « Les scripts sexués concernant les relations amoureuses ont créé des hiérarchies de pouvoir entre garçons et filles, qui favorisent les garçons » écrivent les auteurs de l’étude. Ils soulignent encore que ce double standard sexuel, toujours omniprésent, « a des implications profondes pour la santé et le bien-être des femmes et des filles, restreint leur autonomie tout en les exposant à des risques sexuels plus importants en raison d’un manque de connaissances et de préparation ».

On savait que les stéréotypes sexuels de genre existaient chez les adolescents et voilà que cette étude nous apprend qu’ils sont déjà présents chez les jeunes dès leur 10 ans. On s’en inquiétera car l’adolescence est une période critique en la matière. Certes les normes de genre, la conscience de ce qu’il faut faire et ne pas faire quand on est un garçon ou une fille, s’acquiert tout au long de la vie. Il suffit d’aller dans un magasin de jouets ou de vêtements pour voir combien ce conditionnement commence tôt. Mais la recherche suggère que ce conditionnement s’intensifie à l’adolescence. Les jeunes sont en effet à un moment important de leur vie, ils nouent plus de rapports avec les autres, socialisent davantage, construisent des amitiés, draguent, séduisent. Ils commencent à affirmer leur propre identité et leur personnalité. Ils construisent un système de croyance qui longtemps va les porter.

Pas de libération sexuelle

Ainsi avant même d’avoir commencé leur vie sexuelle, les filles comme les garçons de la planète Terre ont déjà intégré des rôles différents dans lesquels les sociétés enferment les filles, et les garçons d’ailleurs. On pensait que la révolution sexuelle avait bouleversé les normes et libéré les rapports sexuels, accordant plus de liberté aux secondes mais il n’en est rien. Aux quatre coins du monde, la sexualité des garçons est vue comme « naturelle » et celle des filles comme risquée. Doit-on s’étonner de cette réalité tant il est vrai que la domination masculine est universelle qui a impacté - et impacte toujours - les vies sociale, professionnelle, politique, familiale et sexuelle.

Vous vous demanderez peut-être comment une telle étude transculturelle a pu être menée ; chaque société ayant ses propres normes et valeurs. Les auteurs ont fait les choses comme il faut. Ils ont commencé par mener des entretiens approfondis avec 30 ados, autant de filles et de garçons vivant dans sept pays différents. Lors de ceux-ci, ils ont constaté que des affirmations revenaient fréquemment telles « C’est aux garçons d’initier une rencontre amoureuse », « Les filles doivent s’efforcer de garder les garçons à distance pour éviter des accidents ». « Les garçons s’intéressent aux filles sans pour autant être amoureux. » « Les garçons s’y intéressent pour devenir des hommes et pour impressionner leurs copains »…

De ces conversations, 33 affirmations récurrentes ont formé un premier questionnaire qui a été progressivement affiné. Il a été proposé d’abord à 944 jeunes ados de 14 pays puis encore 434 jeunes de 6 pays. On note encore que les questionnaires, protocoles, plans d’analyses et autres outils ont été contrôlés et approuvés par des organismes aussi importants que World Health Organization Ethical Review Board, the Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health IRB.

Une rigueur qui rend d’autant plus déprimants et inquiétants les résultats de cette vaste enquête internationale. De telles différences des rôles sexuels entre les garçons et les filles ont des conséquences sur la santé des dernières mais aussi leur bien être sexuel. Comment être épanouie dans sa sexualité quand on a une vision si passive et si dangereuse des rapports intimes ?

(1) Measuring gender norms about relationships in early adolescence : Results from the global early adolescent study. Etude de C. Moreaua, M. Lia, S. De Meyerc, Loi Vu Manhd, G. Guiellae, R. Acharyaf, B. Bellog, B. Mainai, j, K. Mmaria. Elle est parue en 2019 dans Population health SSM Popul Health.

 
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