Sexe: pourquoi aimons-nous (un peu) la brutalité?

Sexe: pourquoi aimons-nous (un peu) la brutalité?

« Une claque sur les fesses ? Une petite claque – pas une douloureuse – fait monter mon excitation ! Et surtout j’attends que la main retombe une deuxième fois car l’attente, les secondes qui s’écoulent, dope l’excitation et décuple les sensations quand la claque tombe. C’est un jeu étrange que je ne m’explique pas et je ne sais pas comment les vivre ! Je n’ai pas peur, je n’ai pas mal, je ne suis pas masochiste mais de temps en temps, j’aime bien une claque sur les fesses quand je fais l’amour. »

« Moi quand je suis en confiance avec un partenaire, j’aime qu’il me mordille la nuque et me tire un peu les cheveux. Mais en même temps le corps à corps doit être lent. Il n’est pas violent ni douloureux. »

Jeux normaux et fréquents

Confidences anonymes de deux jeunes trentenaires ! Confessions non exceptionnelles. Les jeux amoureux qui incluent une légère forme de violence sont fréquents, partagés par beaucoup d’hommes et de femmes si l’on en croit les nombreuses études sexos faites sur le sujet. Ainsi en 2019 Menelaos Apostolou et Michalis Khalil publiaient les résultats de leurs recherches (1) menées en ligne auprès de 1.026 hommes et femmes. Les deux chercheurs de l’Université de Nicosie à Chypre ont établi que plus de 70 % des participant.e.s ont trouvé désirable un des 13 jeux sexuels agressifs ou humiliants qui leur étaient proposés. Ils étaient encore nombreux – 50 % – à juger trois de ces actes comme excitants.

Pourquoi diable pouvons-nous apprécier d’être claqué.e.s, fessé.e.s, insulté.e.s (en douceur et avec amour) ? Les sensations

Besoin de nouveauté

Une nouvelle étude (2) publiée dans « Evolutionary Psychological Science » répondra sans doute partiellement à la question. Les 734 étudiant.e.s interrogé.e.s par Rebecca Burch de l’Université d’État de New York et Catherine Salmon de l’Université de Redlands ont expliqué de telles pratiques par leur besoin de nouveauté ! Tout simplement. Ces jeunes gens ont confié avoir essayé par curiosité – on les cite – les fessées, griffures, insultes, poussées pelviennes plus appuyées, déchirement de vêtements pour casser la ritournelle habituelle. Occasionnellement, quelque 28, 22 fois par an, soit deux fois par mois, ils et elles s’adonnaient à de tels jeux sexuels qui avaient comme conséquences non des traumas psys mais quelques égratignures et ecchymoses. On souligne que les deux partenaires ont dit leur commun accord sur le déroulement de ces gestes même si les hommes avaient tendance à l’initier un peu plus souvent que les femmes. De même ces gestes faits dans l’intimité n’étaient pas associés à des violences dans les relations amoureuses.

Innover ! Changer les habitudes ! Telle serait la motivation principale. Elle est compréhensible tant il est vrai que répéter le même scénario sexuel peut mener à l’ennui érotique et à la perte du désir. Mais cela n’explique pas pourquoi tant de couples choisissent d’innover par une forme de violence consentie et non par de tendres massages ou en se déguisant en lapins roses !

Jalousies et plaisirs accrus

Si le désir d’essayer un rituel sexuel nouveau est le moteur premier, il semble que de tels jeux peuvent cacher d’autres motivations… Rebecca Burch et Catherine Salmon ont d’ailleurs observé que ces comportements sexuels brutaux augmentaient dans les situations impliquant de la jalousie sexuelle masculine. Le fait d’être séparé de sa.son partenaire est le deuxième élément qui donnait envie, en particulier aux hommes, d’avoir de telles relations. De leur côté, les femmes ont également déclaré atteindre l’orgasme plus rapidement lors de rapports sexuels violents. Leur plaisir était-il accru par les poussées pelviennes vigoureuses que les hommes disaient mener ? Ou par la nouveauté des comportements ? Ou par la puissance de l’excitation ? La jalousie des uns et le plaisir des autres… On se retrouve projeté aux temps très lointains des compétitions entre mâles pour une femelle !

Influence du porno

Cette explication évolutionniste n’empêche pas nos deux chercheuses américaines de se demander si la pornographie devenue si accessible aujourd’hui n’influence pas ces comportements ? On note au passage que des écrits fort anciens évoquent déjà les plaisirs sensuels amplifiés par des gestes d’une douce brutalité, comme « Les Confessions » de Rousseau. Mais revenons à la pornographie si décriée aujourd’hui. « Une grande question sans réponse est ce qui se passe derrière ces résultats. Est-ce un changement de génération ? Est-ce le résultat d’un meilleur accès à la pornographie et aux représentations de sexe violent ? D’autres recherches montrent que la génération Y et les plus jeunes sont plus susceptibles de signaler un plus grand éventail de comportements sexuels, et que de nombreux jeunes regardent de la pornographie, ce qui affecte leur propre comportement sexuel », a déclaré Rebacca Burch au magazine PsyPost.

Mais le porno n’est pas une création ex-nihilo. Il est une industrie qui ne fait que mettre en images les fantasmes de notre époque. Sa popularité ne serait pas aussi grande s’il ne répondait pas aux fantaisies sexuelles. Mais ces fantasmes ne sont-ils pas plus masculins que féminins ? Cette violence consentie n’est-elle pas imposée aux femmes par les hommes ? Maints sociologues de l’intime qu’il s’agisse de Michel Bozon ou d’Eva Illouz, nous disent combien la sphère intime résiste à l’égalité des sexes et qu’elle est encore et toujours le lieu de la domination masculine. Sans nul doute.

Mais la sexualité est aussi le lieu où peuvent s’exprimer nos sauvageries, ce terrain de jeu où on peut faire tout ce qui n’est pas permis. Pour peu bien sûr que les deux partenaires soient pleinement d’accord.

Joëlle Smets

(1)Aggressive and Humiliating Sexual Play : Occurrence Rates and Discordance Between the Sexes. Etude de Menelaos Apostolou & Michalis Khalil. Publiée dans Archives of Sexual Behavior en 2019. (2) The Rough Stuff : Understanding Aggressive Consensual Sex. Etude de Rebecca L. Burch et Catherine Salmon. Publiée en 2019 dans Evolutionary Psychological Science

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