L’Eurovision a changé la vie de Barbara Pravi: «C’est incroyable»

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Barbara Pravi lors d’une représentation pendant Roland Garros, en juin dernier.

Sa deuxième place dans le fameux concours, avec la chanson « Voilà » et ses envolées à la Piaf, a un goût de victoire. «  Il y a encore deux ans, la rentrée était un moment d’angoisse », confie-t-elle à l’AFP. «  Là, je me sens privilégiée, c’est une période un peu bénie, c’est incroyable. Jamais je n’aurais imaginé que je tournerai bientôt dans le monde, que mon album serait attendu ».

L’auteure-compositrice-interprète a pu mesurer sa nouvelle notoriété en vacances cet été au Portugal. «  Je remarque maintenant les regards, les chuchotements où on prononce mon nom, ça fait tout drôle », narre-t-elle. «  Une fois, en terrasse, je buvais un verre et trois personnes sont venues me dire en anglais qu’elles étaient heureuses d’avoir pris leurs billets pour mon concert en avril 2022 à Lisbonne, alors qu’avant je n’étais pas connue au Portugal ».

Pas de risque qu’elle ne soit qu’un feu de paille. La brune bouclée, pas encore trentenaire, a mûri son premier album pendant sept ans. Soit, en gros, la période depuis laquelle elle est entrée dans le paysage musical. La jeune femme a fait ses gammes en sortant ces dernières années ses propres singles ou en composant pour d’autres (passant d’un artiste grand public comme Yannick Noah à l’électro-pop branchée de Terrenoire, par exemple).

« C’est un chemin »

L’artiste donne à entendre les voix et les voies qu’une femme peut prendre au fil de l’existence avec « On n’enferme pas les oiseaux », qui sort vendredi (chez Capitol, disque principalement peaufiné avec son vieux complice Igit, et Vincha, jeune plume sollicitée récemment par Julien Clerc).

À l’écoute, c’est comme un long-métrage qui se déploie. «  J’ai construit cet album comme une histoire, chacun se fait son propre imaginaire, c’est un chemin ». Les scènes défilent entre élans amoureux (« Le jour se lève »), quête de liberté (« Saute »), affirmation de soi (« La femme », auquel répond en contre-champ « Mes maladroits »).

Les épreuves d’une vie sont toujours là. Dans ses compositions d’avant l’Eurovision, Barbara Pravi se mettait déjà à nu, entre violences conjugales (« Le Malamour ») ou avortement (« Chair »). Ici, c’est la maladie d’Alzheimer qui dessine un morceau poignant (« La ritournelle ») et laisse présager une interprétation habitée sur scène.

«  Les gens vont venir au concert et vont s’attendre à être bousculés. Pour ‘La ritournelle’, il va falloir travailler mes émotions, pour ne pas que j’explose, car ça touche quelque chose de très sensible, je parle de ma grand-mère, le nombre des enfants dans la chanson correspond à la réalité », éclaire-t-elle.

Instruments-personnages

L’habillage musical se révèle organique, avec de belles respirations de piano et de cordes. «  C’est une référence à Prokofiev (compositeur majeur du XXe siècle), l’idée que tous les instruments sont comme des personnages, sur ‘La ritournelle’ le piano se tord ainsi à un moment ».

Des arrangements qui prendront tout leur relief sur scène, dans une tournée XXL qui lui offre un beau clin d’œil avec deux dates dans la salle parisienne du Trianon, où elle fut serveuse dans une autre vie.

«  C’est là où j’ai appris à changer un fût de bière, à faire un mojito, là où j’ai renversé ma première commande sur un client ; je suis encore pote avec des gens qui travaillaient là-bas ». Une tranche de vie qui se retrouve dans « Je sers », une de ses anciennes chansons, souvenir de carnets noircis derrière son bar, futurs morceaux.

«  C’était il y a 10 ans, pile poil, j’avais 18 ans : repasser dans cette salle maintenant, sur scène, j’y vois presque du mystique (rires) ».

AFP