Philippe Besson: «Écrire fait de moi un homme malade»
« Un soir d’été », son dernier roman, vient tout juste de paraître. Au cœur d’une promo marathon, Philippe Besson a pris le temps de répondre à nos questions. Interview leçon d’écriture.

«Un soir d’été» est votre 25e roman. Comment naît, à chaque fois, une nouvelle idée?
C’est assez curieux. Il y a des concepts, des thématiques qui dansent dans ma tête. Des envies d’aborder certains sujets mais… il faut que ça germe. Pour être tout à fait exact, il faut que se produise… un accident! Un exemple, pour que vous me compreniez: «Ceci n’est pas un fait divers», paru, l’an dernier, traite de violences faites aux femmes. Il y a longtemps que je voulais explorer cette piste. Un jour, en séance de dédicaces, un garçon, très touchant, commence à me raconter sa vie. Et il a cette phrase, étonnante: «Au fait, je ne vous ai pas dit, mon père a tué ma mère». Pour moi, «l’accident» venait de se produire. J’allais parler de violence conjugale à travers les yeux d’un fils. A ce moment-là, tout va très vite. Si «l’accident» est bon, d’emblée, tout me paraît limpide, toutes les pièces du canevas trouvent leur place. Le livre est quasiment écrit!
Vraiment? Le plus difficile est donc… l’idée?
Absolument! L’idée et la façon de la raconter! J’ai envie de dire… là où je vais poser ma caméra. J’ai une très grande facilité, je pense. Pour moi, l’écriture n’est pas fastidieuse. Les mots arrivent seuls. Avant de publier mon premier livre, j’ai échangé, durant 10 ans, une correspondance, avec un ami très proche. Ces 10 ans ont été, pour moi, de véritables leçons d’écriture. Lorsque j’ai rédigé mon premier roman, je savais donc comment faire. J’avais appris le geste!
On écrit beaucoup sur le «style Besson». Vous, comment le qualifieriez- vous?
Il est simple. Direct. Mon obsession est la sobriété. Je suis un écrivain du sensible, du sensoriel, du sentimental. J’aime les huis-clos. Dans mes romans, il y a souvent 2 ou 3 personnages, rarement plus. J’accorde également beaucoup d’importance aux ambiances. Comme Duras, mon modèle, ou Sagan, que j’idolâtre. Comme elles, j’aime la paresse, l’indolence, écrire sur un presque rien qui va faire toute la différence.
Comme Sagan vous êtes d’ailleurs publié chez Julliard?
Et ce n’est pas un hasard! Quand j’ai débarqué dans le milieu de l’édition, en 2000, je ne connaissais personne. J’ai donc envoyé mon premier manuscrit à différentes maisons, dont Julliard. J’ai reçu plusieurs réponses positives, dont Albin Michel. Et j’ai choisi Julliard pour Françoise Sagan. J’y ai vu un signe. Ça fera bientôt 25 ans que ça dure. Et je leur suis toujours fidèle. Comme dans la vie d’ailleurs, je suis un homme très fidèle (Rires)
Vous avez des rites d’écriture?
J’adorerais. Mais, je n’ai aucune discipline. J’écris le jour, j’écris la nuit. Dans mon bureau, dans des hôtels, dans des trains... Sur du papier, sur un clavier. Parfois, j’écris; parfois, je n’écris pas. En revanche, quand j’y suis, c’est obsessionnel. Je ne fais plus que ça. Je n’ai qu’une seule marotte, une superstition, en fait. Je ne parle jamais de mes livres à qui que ce soit, même pas à mon compagnon, même pas à mon éditeur, avant d’avoir posé le point final. Quand j’écris, j’entre dans une chambre, une chambre d’écriture. Elle est stérile. Divulguer quoi que ce soit serait comme faire entrer un virus dans une chambre de malade. Au fond, quand j’écris, je suis un homme malade. Et seule l’histoire qui est en train de naître décidera du moment de ma guérison!
A lire : « Un soir d’été », par Philippe Besson, Ed Julliard, 208 pages, 20 €









